Alors que l’actualité est lourde et que beaucoup cherchent un
refuge chez eux, le regard de la décoratrice américaine
Sheila Bridges attire plus que jamais. Depuis plus
de trente ans, cette figure du design d’intérieur
a imposé des décors colorés, cultivés, remplis d’objets qui
racontent une histoire. Ses intérieurs refusent la neutralité
rassurante et assument l’audace, sans jamais perdre de vue le
confort.
Face à cette période troublée, elle résume sa mission en
quelques mots : « Étant donné l’état du monde aujourd’hui, et des
États-Unis en particulier, je veux que mon travail et mes produits
aident à apporter de la joie aux gens. Au bout du compte, cela me
procure beaucoup de plaisir de créer des choses qui apportent de la
joie dans la vie des gens », explique Sheila Bridges dans une
interview accordée au magazine Homes and Gardens. Des mots qui
prennent tout leur sens quand on regarde ses projets.
Sheila Bridges, une enfance stylée qui a façonné un design
d’intérieur audacieux
Née à Philadelphie, elle a grandi dans une maison en pierre
restée dans la famille jusqu’à ses cinquante ans. Ses parents y
mêlaient modernité des années 1970, clins d’œil aux années 1960,
mobilier moderniste et quelques antiquités. « Mes parents avaient un
sentiment de fierté pour leur maison et pour l’idée d’être
propriétaires, et ils étaient simplement intéressés par le fait de
créer une belle maison », raconte-t-elle, même si leurs goûts
étaient éloignés des siens.
Après des études de sociologie, Sheila Bridges
s’est installée à New York et a lancé sa propre agence dans les
années 1990, portée par la confiance de clients comme le producteur
Andre Harrell. L’un de ses appartements fera la une d’un grand
magazine et marquera un tournant dans sa carrière. « Oui, la
sociologie est l’étude de l’interaction sociale et du comportement,
et une grande partie de cela correspond à ce que nous faisons dans
nos maisons », explique-t-elle.
Pour Sheila Bridges, la maison doit consoler et refléter une
vie
Dans ses propres intérieurs, à Manhattan comme dans sa maison du
nord de l’État de New York, la décoratrice vit entourée des objets
de son enfance. Elle a conservé le fauteuil de bureau de son père,
une horloge de grand-père des années 1960 au dessin très moderne,
de nombreuses œuvres d’art collectionnées par sa mère, grande
amatrice d’art afro-américain, et même un dessin encadré qui
décorait sa chambre de petite fille.
Cette fidélité aux souvenirs nourrit sa définition du foyer.
« Conceptuellement, la maison est un lieu qui vous fait vous sentir
à l’aise et réconforté, qui vous donne un sentiment
d’appartenance », décrit-elle. Elle aime être entourée d’objets qui
la font se sentir bien, qui l’inspirent et reflètent son expérience
de vie, qu’il s’agisse d’un vase chiné à Paris, d’un objet rapporté
de Suède ou trouvé un samedi dans les rues de New York.
Harlem Toile et un maximalisme joyeux
pour remplir les espaces de personnalité
Symbole de cette approche narrative, son motif Harlem
Toile est né d’un besoin très personnel. « Quand j’ai conçu
Harlem Toile, c’était il y a plus de vingt ans », confie-t-elle.
Elle cherchait une toile pour sa propre maison, aimait les toiles
françaises mais ne trouvait aucun motif qui lui parlait vraiment ;
elle a donc imaginé ses propres scènes de vie, inspirées de
Philadelphie et de Harlem. Aujourd’hui, ce papier peint et ce
textile sont devenus une porte d’entrée vers le bon design pour des
personnes qui ne peuvent pas se payer ses services, tout en offrant
à de nombreuses personnes noires le plaisir de se voir représentées
au quotidien.
Aujourd’hui, elle assume un véritable
maximalisme : « Je pense que plus c’est plus
maintenant, même si bien sûr cela dépend des circonstances »,
sourit-elle. Objets, couleurs et motifs s’accumulent pour créer des
pièces intensément personnelles.