Il a fait de l’art son exutoire. À seulement 23 ans, Sylvain Dielh revient de loin. Originaire du centre Finistère, le jeune homme, après avoir « pété un câble » selon ses mots, passe un an à partir d’octobre 2024 au centre de réadaptation psychosocial de Plougonven, où on lui diagnostique officiellement une schizophrénie. Un diagnostic – loin d’être un « gros mot » pour le jeune homme – qui lui permet surtout de comprendre ce qu’il ressent.

Dans son appartement de Saint-Martin-des-Champs, des dizaines de tableaux sont entreposés, en vue d’être finalement donnés dans les rues de Morlaix.Dans son appartement de Saint-Martin-des-Champs, des dizaines de tableaux sont entreposés, en vue d’être finalement donnés dans les rues de Morlaix. (Le Télégramme/Antoine Decléty)Trois formats de ses tableaux existent : mini, moyens et grands. Ici, quatre mini-formats en attente d’être donnés.Trois formats de ses tableaux existent : mini, moyens et grands. Ici, quatre mini-formats en attente d’être donnés. (Le Télégramme/Antoine Decléty)Un personnage devenu « sa mascotte »

Mais depuis bientôt trois mois, Sylvain Dielh s’est lancé à corps perdu dans son art. Bénéficiaire de l’Allocation adulte handicapé (AAH), c’est dans son appartement de Saint-Martin-des-Champs qu’il confectionne entre « quatre et huit créations par jour : des tableaux petit, moyen et grand format à la peinture ou au marqueur acrylique ou même parfois à l’encre de Chine », précise-t-il. Tous représentent soit des fleurs, soit un personnage, qu’il réplique de manière récurrente et à l’envi sous toutes ses formes en piochant dans un éventail varié de couleurs. « Chaque tableau est unique, chacun à sa particularité », souligne-t-il. Chevalets, toiles, peinture… Le jeune homme finance tout le matériel sur fonds propres.

[Ce personnage] me ramène à la période où je sortais d’hospitalisation, encore sous traitement lourd, et où j’avais sans doute aussi le regard un peu perdu.

Ce personnage, « un peu devenu ma mascotte » n’a pas de nom et est représenté sans bouche ni nez, avec un regard hagard. Et ce n’est pas un hasard. « J’ai très mal vécu la période du Covid-19, d’où l’absence de bouche et de nez », dit-il. Quant au regard « perdu » de son personnage, le jeune homme s’y retrouve. « Ça me ramène à la période où je sortais d’hospitalisation, encore sous traitement lourd, et où j’avais sans doute aussi le regard un peu perdu », ajoute Sylvain Dielh. Un personnage dont l’histoire est lourde de sens, et que le jeune homme a voulu répandre autour de lui. Des tableaux le représentant, le jeune homme en compte des dizaines, à ce jour, dans son appartement.

Chaque mercredi et chaque samedi, c’est la même routine. Sylvain Dielh prépare son sac en y entreposant dix œuvres qu’il s’apprête à chaque fois à déposer dans des lieux de Morlaix.Chaque mercredi et chaque samedi, c’est la même routine. Sylvain Dielh prépare son sac en y entreposant dix œuvres qu’il s’apprête à chaque fois à déposer dans des lieux de Morlaix. (Le Télégramme/Antoine Decléty)« Rendre mon art accessible »

Pour ce faire, Sylvain Dielh a décidé de se lancer sur les réseaux Instagram et TikTok sous le pseudonyme Dielhsjm. À la mi-juillet, le Saint-Martinois a lancé son concept, lui-même inspiré par des créateurs de contenu sur les réseaux sociaux : offrir ses œuvres, chaque semaine, en les cachant dans les rues de Morlaix. « Je passe souvent par le port, la Manu’, ou la place de l’hôtel de ville », confie-t-il. De plus en plus reconnu par des fidèles des réseaux, le jeune homme en offre « assez souvent en mains propres. La dernière fois, j’en ai donné quatre comme ça », image Sylvain Diehl. À chaque tournée, le jeune homme publie une vidéo sur ses réseaux sociaux.

Via les réseaux sociaux, Dielhsjm s’est déjà fait un nom dans la petite sphère morlaisienne. Les mercredis et samedis, quelques fidèles attendent à des endroits stratégiques de la Cité du viaduc afin d’essayer de le rencontrer et de récupérer une œuvre, comme ici avec SamuelVia les réseaux sociaux, Dielhsjm s’est déjà fait un nom dans la petite sphère morlaisienne. Les mercredis et samedis, quelques fidèles attendent à des endroits stratégiques de la Cité du viaduc afin d’essayer de le rencontrer et de récupérer une œuvre, comme ici avec Samuel (Le Télégramme/Antoine Decléty)

À ce stade, Dielhsjm a ainsi réussi à fédérer plus de 900 abonnés sur TikTok et plus de 3 000 sur Instagram. Et si à ce jour, le Saint-Martinois n’en a déposé « que » 70, l’objectif est bien plus grand : « J’aimerais en déposer 1 120 tableaux au total d’ici l’été 2027. « C’est un moyen pour moi de rendre mon art accessible et de remercier l’association Les Moyens du Bord. » La structure, installée à la Manufacture des Tabacs, a accueilli le jeune homme pour un service civique de huit mois. « Ce sont eux qui m’ont montré que l’art pouvait être une issue de secours », sourit Sylvain Dielh. Pour la première fois, le jeune artiste exposera ses œuvres à Morlaix, au sein de la galerie Couleur des arts, du 2 au 26 septembre prochains.