Dernier volet de notre série « Dans l’atelier de… » avec Isabelle Marsala. La peintre montpelliéraine, dévoile ses portraits féminins emblématiques aux couleurs primaires, dans son atelier de la rue Marcellin-Albert à Celleneuve. Ses voyages et rencontres nourrissent son art, où chaque toile raconte une histoire unique.

Il suffit de flâner dans le quartier de Celleneuve pour se rendre jusqu’à la petite rue Marcellin-Albert. C’est là, derrière la double porte verte du numéro 10 que se dissimule l’écrin abritant les œuvres de la peintre Isabelle Marsala.

Dès l’entrée, les couleurs chatoyantes et la chaleur qui s’en dégage saisissent le visiteur. De part et d’autre, des toiles disposées à terre ou sur des étagères comme dans un magasin de vinyles sont prêtes à être dévoilées au fur et à mesure de la découverte. Un cabinet de curiosité abritant les souvenirs de l’artiste donne également le ton.

Comme dans une boutique de vinyles.

Comme dans une boutique de vinyles.
Midi Libre – TOM SERRANO

Un espace en longueur avant d’atteindre l’atelier.

Un espace en longueur avant d’atteindre l’atelier.
Midi Libre – TOM SERRANO

Le lieu est tout en longueur. Quelques notes de musique sorties d’une ancienne radio résonnent un peu plus loin. Dans le prolongement, l’atelier se dessine peu à peu. Une pièce baignée de lumière se dévoile. En arrière-plan, une baie vitrée laisse entrevoir un jardin d’hiver plutôt luxuriant en cette période estivale, tel un tableau vivant parmi les autres toiles. Des pinceaux par dizaines, des feutres, des tubes sont installés çà-et-là.

Des pinceaux par centaines.

Des pinceaux par centaines.
Midi Libre – TOM SERRANO

Des statuettes en attente d’être pimpées et colorées.

Des statuettes en attente d’être pimpées et colorées.
Midi Libre – TOM SERRANO

Sur le côté, un accordéon attend d’être saisi pour fredonner quelques sonorités, des statuettes de toutes sortes sont prêtes à être pimpées et colorées. Les peintures inondent les murs. Au centre, sur l’établi, reposent deux toiles en préparation.

Sur l’établi, deux toiles sont en cours de création.

Sur l’établi, deux toiles sont en cours de création.
Midi Libre – TOM SERRANO

Isabelle Marsala est dans son élément. L’atelier à son image. Accueillante, souriante et solaire, elle est plutôt du genre expressive et animée. Et se livre sans détour.

Isabelle Marsala se livre dans chacune de ses toiles.

Isabelle Marsala se livre dans chacune de ses toiles.
Midi Libre – TOM SERRANO

La naissance d’une passion

D’autant que la peinture n’arrivera pas de suite dans sa vie. Après le théâtre enfant, la photo ado, elle sera surtout connue pour son magasin de disques et son label indépendant à Montpellier. Où elle s’adonnera quand même à la conception de pochettes et affiches.

Elle viendra réellement à la peinture après un accident du travail. « J’étais projectionniste de cinéma à Clermont-l’Hérault et j’ai fait une chute sur ma main… Je m’en voulais d’être tombée. » Pour sa rééducation, elle choisit un atelier dessin et peinture. « On m’a dit que j’avais un truc avec les couleurs. » Un encouragement qui retentit encore en elle, comme une autorisation de foncer dans cette nouvelle destinée.

En 1988, elle se lance alors à corps perdu dans la peinture. D’abord dans des œuvres bâties autour de photographies qu’elle agrémente de couleurs très pop. « Déjà petite, selon ma grand-mère, je colorisais tous les livres… »

Mais la véritable bascule s’opère en 1999. Elle décide d’explorer ce qu’elle a au fond d’elle, ce besoin d’exprimer : et ces visages de femmes bien particuliers, qui caractérisent son art aujourd’hui, prennent vie.

Une artiste voyageuse guidée par l’inspiration et les rencontres

Elle glane son expérience partout. Au fil de voyages, d’une résidence d’artistes en Roumanie dont elle garde des souvenirs fabuleux à un séjour à Java où elle a pu peindre avec de la cendre. « Je m’étais réfugiée dans un hôtel après l’explosion d’un volcan, c’était incroyable. » Elle s’inspire, affine sa technique en Indonésie, à Cuba, au Laos, au Cambodge… Mais aussi auprès de ses proches. « Je prends tous les bons tuyaux qu’on me refile. Un jour, on m’a dit que je dessinais les mains trop petites par rapport au visage, j’y ai remédié », explique-t-elle d’un clin d’œil.

Selon ses dires, Isabelle Marsala travaille tout le temps, tous les jours, et toujours en musique. « Je suis obligée, je suis quelqu’un de speed humainement mais qu’est-ce que je suis lente pour peindre », sourit-elle.

Chaque toile raconte une histoire

Chaque tableau est une part d’elle-même : « Je dois fouiller en moi. Je rentre en histoire avec la toile. C’est le chemin qui m’intéresse. » Comme si elle y déposait un peu d’elle, de fragments de vie, de pensée, de joie, de colère… « Et parfois, une toile résiste… »

Quant à ces femmes qui naissent sous son pinceau, elles ont presque toutes cette marque de fabrique qui s’articule dans l’harmonie des couleurs primaires : du jaune pour la peau, du bleu pour les yeux et ce rouge pour souligner les lèvres. Pour terminer par ce grain de beauté au-dessus de la bouche, semblable à un point final.

Tableaux, affiches, peintures… inondent l’espace.

Tableaux, affiches, peintures… inondent l’espace.
Midi Libre – TOM SERRANO

Les pigments servent à l’artiste.

Les pigments servent à l’artiste.
Midi Libre – TOM SERRANO

« Ce ne sont pas des portraits, ce sont des histoires, des icônes, des symboles, des saintes aussi, même si je suis plus athée que croyante… », tient-elle à souligner.

Des visages féminins peints sur tous les supports.

Des visages féminins peints sur tous les supports.
Midi Libre – TOM SERRANO

Quant à son œuvre favorite, elle préfère rester philosophe : « Une toile, c’est fait pour partir. » Mais quand on lui dit : « Vous savez j’ai une toile de vous et je l’aime toujours autant », elle trouve que c’est ça, le plus beau compliment. « Ça veut dire que j’ai mis beaucoup de choses dedans. »

Bio express

Née en 1958 à Paris, « un pur hasard puisque ma famille est d’ici, dans le Sud », elle s’installera réellement à Montpellier à partir de ses 18 ans.

À partir de 1988 quand elle se consacre pleinement à la peinture, elle va travailler avec d’autres artistes. En 1994, elle fonde l’Atelier du Garage dans le quartier des Beaux-Arts, qu’elle partage pendant des années avec le peintre Jean-Paul Bocaj, « mon frère de pinceau », comme elle aime le dire. Ce lieu accueille des artistes de tous bords et devient un lieu une référence à Montpellier et alentour.

Un temps élue de la majorité sous le mandat de Philippe Saurel, puis de l’opposition à la mairie de Montpellier, elle assumera sa tâche, même si elle semble meurtrie par cette expérience.

En 2015, elle inaugure son nouvel atelier LePetitAlbert à Celleneuve.