Après avoir pris place dans l’espace business du stade, l’homme de 45 ans s’est posé pendant plus d’une heure pour évoquer son travail, sa méthode, sa vision et ses ambitions. Sans langue de bois.

Son arrivée »Ça a fonctionné car ça ne l’avait pas fait en 2023″

Très vite, Frutos s’est senti chez lui Boulevard Zoé Drion. Dans un club où il n’avait pourtant aucune affiliation particulière dans sa première vie de joueur. « La famille de ma femme est de Charleroi, tempère-t-il. J’ai aussi été champion sur ce terrain comme joueur, exclu également comme coach en 2020 (il était adjoint de Kompany). Je me rappelle surtout que c’est le seul endroit où les stewards étaient chaleureux quand on sortait du bus pour se rendre dans le vestiaire visiteur. C’était fou. »

S’il précise que ce fut « facile de s’adapter », pourquoi dès lors ça ne s’était pas conclu entre les deux parties quand ils avaient déjà discuté une première fois pour une collaboration au début de l’année 2023 ?

« À cette époque, ni le club, ni moi-même n’étions prêts. Puis avec le temps, Charleroi a voulu se structurer avec le plan 2027-2030 et moi, j’ai su faire mes preuves en appliquant mes idées à la Louvière. »

Ses premières mesures »Ajuster différents départements pour obtenir une synergie totale »

Lors des premières semaines, l’ancien attaquant s’est attelé à réaliser un audit profond et complet pour dresser l’état du matricule 22.

« Certains secteurs performaient de manière extraordinaire sur une courte période mais ce n’était ni assez, ni régulier pour atteindre la marche supérieure », explique-t-il.

Mais, concrètement, comment cela se matérialise ? « Nous avons dû ajuster différents départements pour obtenir une synergie totale. À titre d’exemple, Mehdi (Bayat) avait investi beaucoup d’argent dans la nutrition mais ça ne se voyait pas au niveau du rendement des joueurs car il manquait une interaction sociale entre toutes les cellules. »

De quoi expliquer l’arrêt de la collaboration avec Véronique Liesse, la diététicienne historique des Zèbres, remplacée par Hugo De Winter ? « Véronique, c’est le top niveau au point où Hugo s’est inspiré d’elle quand il a étudié. Le problème, c’est qu’elle n’habitait pas en Belgique. Si elle avait été là au quotidien, ça aurait été extraordinaire. »

guillement

Véronique (Liesse), c’est le top niveau mais elle n’habitait pas en Belgique. Du coup, le rendement dans la nutrition ne se voyait pas.

Comme preuve que l’hyper-professionnalisation passe par un principe sacro-saint : la communication. « Je suis passé par des endroits où l’on avait un chef cuistot qui cuisinait bien, des docteurs qui travaillaient bien mais personne n’échangeait. Sans cette coordination entre toutes les parties, c’est comme si tu avais une voiture de course avec un moteur et un châssis magnifique mais avec un pneu dégonflé. tu ne peux pas rouler à la vitesse que tu devrais atteindre. »

L’appui de Mehdi dans ses décisions »De grands efforts d’investissement pour doubler le staff »

Est-ce dans ce but de créer une organisation fluide, sans grain de sable pour enrayer la machine, que Frutos a recruté, outre De Winter, deux autres Loups en la personne de Lois Viroux, responsable de la méthodologie, et Mickael Seoudi, adjoint de Kohnen.

« Oui car je les connais et on gagne beaucoup de temps dans le processus », confirme-t-il sans langue de bois. Mais le dirigeant a aussi pioché ailleurs pour renforcer les personnes qui entourent Kohnen.

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Pourquoi recruter des gens de la Louvière ? je les connais et on gagne beaucoup de temps dans le processus.

Pour préparer les gardiens, Anthony Corre est arrivé de Guingamp afin de remplacer Laurent Deraedt alors que Philippe Gavro a suppléé Rudger Van Snick, dont le départ vers le Amed Sk n’était lui pas prévu.

Le staff a également été complété en quantité avec des analystes vidéo. « Mehdi a réalisé de grands efforts d’investissement pour pratiquement doubler le staff de l’équipe première mais aussi des U23. Ils sont vraiment une priorité. Notre volonté, c’est de pousser les jeunes de l’académie et leur donner l’occasion de s’installer au sein de notre noyau A. »

Les prérogatives partagées entre le coach et lui »Le club décide comment on s’entraîne »

Un mois après avoir pris ses fonctions, l’ex-Anderlechtois a personnifié la responsabilité sportive des Zèbres en annonçant en conférence de presse le licenciement d’Hans Cornelis et en présentant Kohnen.

Lors de la préparation, on l’a aussi souvent vu derrière mais proche du banc de son T1. Empiète-t-il sur le travail de son entraîneur ?

« Demandez à Fred Taquin. À la RAAL, je n’ai jamais parlé avec lui avant qu’il ne choisisse son 11 de base. Par contre, une fois qu’il l’avait décidé, je lui posais 10 000 questions et je l’embêtais, mais la décision lui revenait. »

Comment les prérogatives sont-elles alors réparties ? « L’objectif est de construire une structure culturelle propre à Charleroi. Elle doit aussi être performante et ne doit pas dépendre d’un coach. Pour être concret, le club gère la vie quotidienne comme les journées de travail ou de manière plus globale la gestion de la présaison ou de la nutrition. »

De quoi laisser au coach le temps de « décider des ingrédients pour qu’il puisse représenter sur le terrain le style de jeu choisi par la direction avec ce modèle suivant défini par le club : un football positif, dominant, offensif et agressif défensivement parlant avec beaucoup d’intensité. »

Une dernière question nous obsède. A-t-il pensé à endosser la fonction de T1 qu’il a connue comme intérimaire à Anderlecht en septembre 2017 ? « J’adore le terrain mais non, je ne me vois plus comme coach. Je suis plus fort dans ce que je fais maintenant. »

guillement

Demandez à Fred Taquin. Je n’ai jamais parlé avec lui avant qu’il ne choisisse son 11 de base.

Les ambitions pour la saison »Surperformer et faire mieux que la saison passée »

Qu’en est-il des ambitions pour la saison à venir alors que Charleroi a déjà perdu deux cadres avec Etienne Camara et Yacine Titraoui ? Les dirigeants ont également su se montrer inflexibles lorsque les équipes intéressées ne mettaient pas la somme demandée, à l’image du transfert manqué d’Aiham Ousou vers Ludogorets.

« Mehdi a toujours été clair. Si quelque chose convient à toutes les parties, c’est OK mais ça ne se fera pas au détriment de notre club. Nos très bons joueurs peuvent être vendus, au juste prix. »

Qu’est-ce que Charleroi va viser cette année ? « Il faut comprendre les moyens financiers alloués puis avoir des attentes raisonnées. On est le 10e budget du pays. L’objectif doit être de surperformer et de faire mieux que la saison passée. »

Avec une compétition pour la première fois sans playoffs, le Sportif voudra donc être dans la colonne de gauche. Et montrer que son slogan Work Hard, Play Strong, Dream Big (Travailler Dur, Jouer Fort, Rêver Grand) n’est pas que des mots.