Pour préserver son cerveau, il faut impérativement prendre soin de ses vaisseaux. En effet, tout ce qui abîme les vaisseaux sanguins du cerveau (lésions, épaississement, obstruction…) prive les cellules du cerveau d’oxygène et peut mener à une neurodégénérescence susceptible d’altérer les fonctions cognitives en précipitant leur déclin.
Et le sujet est très sérieux, à en croire une nouvelle étude publiée dans Neurology Open Access. Selon ses résultats, les personnes qui ne présentent pas certains facteurs de risque précis à l’origine d’une détérioration des vaisseaux sanguins vivraient beaucoup plus longtemps sans démence que les autres.
Manger équilibré, rester actif, entretenir sa vie sociale… Ces conseils restent essentiels, mais ils ne suffisent plus à eux seuls. Dans ses nouvelles recommandations, l’Organisation Mondiale de la Santé peaufine sa stratégie de prévention de la démence et met en lumière des leviers d’action longtemps négligés. Une évolution qui pourrait changer notre façon de protéger notre cerveau au fil des années…. Lire la suite
Pour le mettre en évidence, les auteurs ont mené une étude impliquant 12 409 Américains âgés de 55 ans en moyenne et qui ne souffraient pas de démence. Ils ont cherché à savoir lesquels souffraient de diabète et d’hypertension (tension supérieure à 140/90 mmHg) et fumaient, et lesquels ne présentaient pas ces trois facteurs de risque. Le diabète, l’hypertension et le tabagisme sont, en raison de leurs effets néfastes sur les vaisseaux sanguins, des déterminants parfaitement établis du risque de démence.
Les participants ont été suivis durant 26 ans en moyenne. Au cours de cette période, 3 008 personnes ont développé une démence et 5 238 sont décédées avant d’en avoir développé une.
Jusqu’à 13 ans de plus sans démence
Selon les calculs des chercheurs, les personnes qui ne présentaient ni diabète, ni hypertension, ni tabagisme au début de l’étude ont vécu près de 13 ans de plus sans démence que celles qui souffraient de diabète et d’hypertension et qui fumaient.
Autrement dit, après le début de l’étude, les participants sans aucun des trois facteurs ont vécu en moyenne 30,1 ans sans démence contre seulement 17,5 ans pour ceux qui présentaient les trois facteurs de risque.

Comment l’hypertension artérielle favorise-t-elle les démences ?
L’hypertension artérielle est une maladie très fréquente : près d’1 adulte sur 3 serait touché en France. C’est une maladie chronique qui prédispose les patients atteints à d’autres types de pathologies, cardiovasculaires ou neurodégénératives. Bien que leurs liens avec la survenue de démences soient déjà établis, les effets de l’hypertension artérielle sur le cerveau sont méconnus. Quel est le rôle de la pression artérielle sur les fonctions cognitives ? Quelles sont les régions du cerveau impactées par l’hypertension artérielle ?… Lire la suite
« Nos résultats confirment que la prévention de l’apparition de facteurs de risque à l’âge mûr constitue une stratégie pour retarder le début de la démence et préserver la santé cérébrale, a déclaré Josef Coresh, chercheur à la NYU Grossman School of Medicine à New York et co-auteur de l’étude. Il est crucial de trouver des moyens de prévenir ou de retarder la démence à mesure que la population vieillit, car les traitements restent limités. »

Le secret des personnes qui vivent plus longtemps sans démence ? Elles n’ont pas développé certaines maladies chroniques et ne fument pas. © PonyWang, iStock
Des écarts frappants selon le sexe et la couleur de peau
Les chiffres montrent par ailleurs qu’hommes et femmes ne sont pas égaux vis-à-vis de ces facteurs de risques, les secondes vivant en moyenne plus longtemps sans démence que les hommes. Par exemple, celles qui avaient les trois facteurs de risque ont vécu 18,1 ans sans développer de démence après le début de l’étude, contre seulement 16,6 ans pour les hommes.
Il existe également des inégalités entre les Blancs et les Noirs, les premiers vivant plus longtemps sans démence (19,6 ans) que les seconds (16 ans).

Pourquoi certaines personnes vieillissent mieux que d’autres ?
Pourquoi certaines personnes semblent-elles vieillir plus lentement que d’autres ? Cette question intrigue les scientifiques depuis des décennies. Une étude révolutionnaire de l’Université de Stanford apporte un nouvel éclairage sur ce mystère en identifiant quatre « ageotypes » distincts. Ces profils de vieillissement pourraient transformer notre compréhension du processus de sénescence et ouvrir la voie à des interventions personnalisées…. Lire la suite
« Les personnes présentant les trois facteurs de risque étaient plus susceptibles de développer une démence ou de décéder plus tôt d’autres causes, ce qui se traduisait par une survie globale plus courte et moins d’années vécues avec des capacités cognitives et mémorielles intactes », explique le Dr Josef Coresh.
La principale critique que l’on peut faire à cette étude est qu’elle repose sur une évaluation unique des facteurs de risque, et qu’elle n’a pas tenu compte de leur possible évolution dans le temps. Quoi qu’il en soit, elle constitue un signal clair pour une meilleure prévention des facteurs de risque de démence.
« Nous espérons que ces résultats encourageront les gens à arrêter de fumer, à surveiller leur glycémie et à contrôler leur tension artérielle à l’âge mûr, poursuit le Dr Coresh. Bien entendu, d’autres habitudes saines, comme une meilleure alimentation et une activité physique accrue, sont également importantes. »
