Pionnier du Pop Art en Europe, Peter Stämpfli est décédé vendredi passé à l’âge de 88 ans. Formé à l’Ecole des Beaux-Arts de Bienne, le peintre suisse s’est surtout fait connaître à la fin des années 1960 pour ses automobiles étincelantes et son travail autour du pneu. Un artiste au parcours singulier.

Des pneus, peints jusque dans les moindres détails, de toutes les tailles, comme un symbole ultime de la société de consommation posé sur une toile blanche. La civilisation de la voiture a toujours fasciné Peter Stämpfli, au point d’en faire le motif le plus reconnaissable de son art.

Le pionnier du Pop Art en Europe est décédé vendredi à Paris à l’âge de 88 ans. De Deisswil (BE) à New York, en passant par Paris, retour sur le parcours d’un artiste singulier.

Le rêve d’être peintre

Né en 1937 à Deisswil dans le canton de Berne, Peter Stämpfli se forme à l’Ecole des Beaux-Arts de Bienne. Sur son site officiel, l’artiste confie avoir toujours rêvé d’être peintre: « À l’âge de 5 ans, je copiais des cartes postales de Cézanne, Utrillo… Les tableaux anciens m’ennuyaient. Par contre, les expositions d’artistes contemporains m’intéressaient, parce que j’y trouvais déjà la couleur, une explosion que moi, enfant, je cherchais ensuite à traduire dans de petits tableaux à la gouache. »

>> A écouter, une longue interview de Peter Stämpfli en 2015 : Peter Stämpfli, peintre / Comme il vous plaira / 116 min. / le 15 novembre 2015

Adolescent, il fréquente l’atelier de Max von Mühlenen à Berne, un ancien élève du peintre et théoricien André Lhote. En 1958, Peter Stämpfli a 21 ans quand il découvre la Kunsthalle de Bâle et les expressionnistes abstraits américains tels que Pollock, Kline et Rothko. Pour lui, le choc est énorme, il décide de monter à Paris en 1959. Sa carrière commence sur un heureux malentendu, comme il le racontait à la RTS en 2015. Frappant aux portes des ateliers de Montmartre en recherche d’un local, il se retrouve, alors que ce n’était pas lui que l’on attendait, installé au Bateau-Lavoir, un lieu mythique, qui a accueilli des noms aussi célèbres que Picasso, Utrillo ou Braque.

Fustiger la société de consommation

A partir des années 1960, Peter Stämpfli commence à exposer dans de nombreuses galeries. Au fil des années, il intègre les collections du MoMA à New York ou celles du Centre Pompidou à Paris. Son art est pop, ses couleurs éclatantes, car après avoir appris en imitant Pollock ou Rothko, le voici qui isole son sujet sur un fond blanc. Des sujets pop, dans l’air du temps où l’on commence à fustiger la société de consommation. Warhol peint des boites de soupe, Stämpfli découpe des publicité dans des magazines et les reproduit. Il dit vouloir « faire une sorte de dictionnaire des objets, des gestes quotidiens. »

"Royal, 1971", une oeuvre de l'artiste suisse Peter Stämpfli, présentée à Art Basel en 2017. [AFP - Fabrice Coffrini] « Royal, 1971 », une oeuvre de l’artiste suisse Peter Stämpfli, présentée à Art Basel en 2017. [AFP – Fabrice Coffrini]

En 1964, l’artiste s’empare de la voiture. Il peint des automobiles rutilantes, aux couleurs éclatantes, jamais dans leur ensemble. Peter Stämpfli se concentre sur les calandres, les roues, il zoome, s’approche de son sujet pour mieux en cerner les détails. En 1969, il signe « Grand Prix », une toile d’un demi-cercle de 5 mètres de long représentant un demi-pneu peint jusque dans ses moindres détails. .

En 1970, il représente, avec Walter Voegeli, la Suisse à la 35e Biennale de Venise. Et plus tard, il commence a exposer ses dessins, ses pastels. Obsessionnel, mais ouvert et curieux, Peter Stämpfli se marie à Anna-Maria Torellò, une Catalane, et tombe en amour avec Sitgès, une ville située à une vingtaine de kilomètres de Barcelone. Le peintre y crée une fondation consacrée à l’art moderne. Collection unique en Catalogne, la Fondation d’art Stämpfli présente dans l’ancien marché aux poissons 81 œuvres données par une soixantaine d’artistes de vingt nationalités.

Pierre Philippe Cadert/sc