L’apnée obstructive du sommeil concernerait près de 6 millions de Français, selon l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), et plus de la moitié des personnes atteintes ne seraient pas diagnostiquées. Or, non traitée, cette pathologie a de lourdes conséquences : augmentation du risque d’hypertension artérielle, diabète, maladies cardiovasculaires, infarctus… Le repérage précoce des patients atteints constitue donc un enjeu majeur de santé publique. C’est précisément pour améliorer ce dépistage que la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) Pays d’Azur vient de lancer une expérimentation dans trois communes des Alpes-Maritimes (Mougins, Mouans-Sartoux et La Roquette-sur-Siagne), où les pharmaciens sont invités à repérer les patients à risque avant de leur proposer un dépistage.
Appli mobile
« Nous proposons aux patients ciblés de répondre d’abord à un questionnaire. Lorsque cela est pertinent, nous leur expliquons comment procéder au dépistage à leur domicile, via l’application mobile Apneal. Il suffit de fixer le smartphone sur le thorax pour une nuit d’enregistrement. J’ai moi-même essayé pour pouvoir rassurer pleinement les clients réticents ou inquiets. Les résultats sont ensuite transférés au médecin généraliste des patients qui pourra décider d’une orientation vers un spécialiste », explique Éric Paradeise, titulaire à la pharmacie des Cèdres, à Mouans-Sartoux. En principe payante, cette application est proposée gratuitement aux patients le temps de l’expérimentation.
Outiller les pharmaciens
Au-delà de l’innovation technologique, cette initiative illustre l’évolution du rôle du pharmacien dans le repérage des pathologies chroniques. Elle s’inscrit d’ailleurs dans les orientations nationales établies par la feuille de route interministérielle 2025-2026 en faveur d’un sommeil de qualité. Cette dernière prévoit en effet d’« outiller les pharmaciens d’officine », ainsi que d’autres professionnels de santé, afin de favoriser un repérage précoce des troubles du sommeil. Si les résultats sont concluants, le modèle testé dans les Alpes-Maritimes pourrait donc préfigurer une généralisation du dépistage en officine, contribuant à réduire le sous-diagnostic d’une pathologie encore largement méconnue.