Comment expliquer le succès des chats, véritables stars du web ?

Mais quand un problème finit par être identifié, il est rarement anodin. « Je vois très souvent des bouches complètement atteintes. Des animaux chez lesquels il faut enlever vingt ou trente dents. Pour les propriétaires, c’est toujours un choc. »

« Tant qu’il mange… »

« On entend tout le temps : « Il mange encore donc tout va bien », sourit le vétérinaire. Je pose systématiquement la même question : « Quand vous avez mal aux dents, vous arrêtez de manger ? ». La réponse est toujours non. » Comme les humains, les animaux s’adaptent : ils mâchent différemment, avalent plus vite ; gobent littéralement les croquettes, privilégient certains aliments — mais ils continuent généralement à manger.

Chez le chat, la situation est encore plus trompeuse. « Les chats montrent très peu leur douleur. Dans la nature, afficher une faiblesse n’est pas une bonne stratégie. Une fois que le propriétaire remarque quelque chose, c’est souvent déjà avancé. « 

Derrière les gencives rouges ou la mauvaise haleine se cachent des inflammations chroniques, des infections profondes ou des dents déjà condamnées.

Le vrai problème n’est pas le tartre

Autre idée reçue tenace : « Quand on parle d’hygiène bucco-dentaire animale, beaucoup pensent immédiatement au détartrage. Mais le tartre n’est pas le problème, le problème, c’est la plaque dentaire ».

La jalousie n’est pas seulement réservée aux humains: vos chiens et chats peuvent également être jaloux

Soit, cette fine couche de bactéries qui se dépose sur les dents, exactement comme chez l’humain. « Vingt minutes après un brossage, une nouvelle pellicule commence déjà à se former. Après une journée, les bactéries s’y attachent. Quelques jours plus tard, elles sont déjà organisées en colonie. » Autrement dit, un détartrage occasionnel ne remplace pas une hygiène régulière. « Beaucoup de gens me disent : « On lui a fait détartrer les dents il y a deux ans ». Vous n’oseriez jamais dire cela à votre propre dentiste. »

« Le loup ne se brosse pas les dents… »

Pourquoi brosser les dents d’un animal alors que ses ancêtres sauvages ne l’ont jamais fait ? « Les loups ne vivent pas quinze ans sur un canapé avec des soins vétérinaires et une alimentation régulière », répond le spécialiste.

Nos animaux vivent plus longtemps que jamais et bénéficient d’une médecine de plus en plus avancée. Ils développent donc aussi davantage de maladies liées au vieillissement. « Si nous arrêtions tous de nous brosser les dents aujourd’hui, nous ne mourrions pas demain. Mais nous finirions par perdre nos dents beaucoup plus tôt. C’est exactement la même chose chez les chiens et les chats. »

Ne sortez surtout pas la brosse à dents ce soir

Cet article vous donne envie de vous y mettre dès maintenant ? Mission accomplie. Par contre, retenez-vous : ça ne se fera pas du jour au lendemain. « C’est souvent la première erreur des propriétaires, constate le vétérinaire. Ils sortent de consultation motivés, achètent une brosse à dents et essayent le soir même. » Et généralement, l’expérience tourne court. « Imaginez que quelqu’un arrive chez vous ce soir et commence à vous brosser les dents sans prévenir : vous n’allez pas apprécier. » Pour un chien ou un chat (comme pour l’humain), la bouche fait partie de la sphère intime, rappelle-t-il. L’animal doit donc apprendre progressivement à accepter cette manipulation. Le maître mot : patience. « On ne brosse jamais les dents d’un chien ou d’un chat du jour au lendemain. »

Comment s’y prendre ? Étape par étape. « D’abord, on montre la brosse à dents, puis on récompense ; le lendemain, même chose. Ensuite seulement, on touche brièvement une babine, le lendemain une dent avec le doigt… puis deux, puis trois… Il faut avancer étape par étape. Toujours dans le calme, toujours avec quelque chose de positif à la clé. »

Chez certains chiens, l’apprentissage prend quelques jours, chez d’autres, plusieurs semaines. « Ça peut prendre entre une semaine et trois mois. » Pour les chats, il faut souvent davantage de temps. « Un chat qui décide qu’il n’aime pas quelque chose devient beaucoup plus difficile à convaincre. » Mieux vaut donc avancer lentement que vouloir brûler les étapes.

Et si l’idée de brosser les dents de son chat vous paraît encore un peu excessive, le Dr Debosschere ne s’en offusque pas. « Il y a trente ou quarante ans, beaucoup de gens ne se brossaient pas les dents correctement non plus. Les habitudes changent, cela prend simplement du temps. »

Pourquoi on entend rarement parler de l’hygiène buccale des animaux?

Pourquoi on ne me l’a jamais dit? P le Dr Yves Debosschere, la réponse est simple : la dentisterie vétérinaire accuse un sérieux retard. « Les vétérinaires ne sont pratiquement pas formés à cette discipline », explique-t-il. Un déficit loin d’être propre à la Belgique. À Gand, trois heures de cours y sont aujourd’hui consacrées : « C’est comme demander à un généraliste de devenir dentiste du jour au lendemain. « 

Brossage des dents chez les chatsBrossage des dents chez les chatsPour le spécialiste Yves Debosschere, la Belgique accuse un sérieux retard. ©EdA — Caroline Beauvois

Longtemps, les soins se sont limités au détartrage, une approche dépassée. « Le tartre n’est pas le problème, c’est la plaque dentaire. » La compréhension des maladies bucco-dentaires a profondément évolué, mais leur prévention reste peu intégrée à la pratique quotidienne. Autre frein : le temps. Une consultation en dentisterie peut durer près d’une heure, bien loin du rythme d’une consultation généraliste. Expliquer le brossage, repérer les signes d’alerte ou accompagner les propriétaires demande de la pédagogie, dit-il.

Le changement est toutefois en marche. Les vétérinaires parlent davantage d’hygiène buccale, désormais reconnue comme un facteur de santé globale, notamment chez les animaux déjà malades. « En médecine humaine, il a fallu quarante ans pour passer du curatif au préventif. En médecine vétérinaire, nous sommes au début de cette révolution. »

Avec quelle brosse à dents?

Bonne nouvelle, pas besoin d’investir dans un arsenal sophistiqué. « Une brosse à dents pour bébé humain fonctionne parfaitement. C’est plus adapté que celle qu’on met sur le doigt et c’est beaucoup moins cher. »

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Le dentifrice, en revanche, doit être adapté aux animaux. « N’utilisez jamais de dentifrice humain, ça contient du fluor. Les chiens et les chats l’avalent et c’est toxique. » Poulet, malt, poisson… les goûts varient selon les marques et les préférences des animaux. Mais là encore, le vétérinaire relativise : « Le dentifrice n’est pas le plus important. Ce qui compte vraiment, c’est le frottement. »

Et les Dentastix dans tout ça?

Mauvaise nouvelle pour les propriétaires qui espéraient une solution miracle : les bâtonnets à mâcher, poudres dentaires ou additifs à mélanger dans l’eau peuvent donner un coup de pouce, mais ils ne remplacent pas une brosse à dents. « Tout ce qui est une aide est une aide, résume le Dr Yves Debosschere. Mais ce n’est pas quelque chose qui va remplacer le brossage des dents. » Pour le spécialiste, ces produits peuvent compléter une bonne hygiène bucco-dentaire, mais ils ne suffisent pas à éliminer efficacement la plaque dentaire, véritable responsable de la maladie parodontale.