Les indicateurs de l’IRM se rapprochent même de ceux de 1976, année de référence en Belgique. Avec une différence, souligne le climatologue. « En 1976, c’était vraiment un événement isolé. Maintenant, ce sont des événements à répétition. »
Une réalité qui a déjà eu un impact énorme sur les animaux d’élevage. En Wallonie, on estime ainsi la mortalité en hausse de 24,5 %. Un chiffre qui pourrait encore augmenter. « Les prairies sont grillées, et nous devons déjà nourrir nos bêtes avec le fourrage d’hiver. Il n’y en aura pas assez pour tenir jusqu’au printemps, et nous devrons sûrement faire le choix d’abattre des animaux… », nous indique un éleveur.
« La catastrophe » pour les pommes de terre
Mais ces réserves ne permettent pas d’obtenir des récoltes suffisantes, loin de là. Dans les champs, les conséquences sont concrètes. « En pommes de terre, on peut considérer que c’est la catastrophe, me disent les différents producteurs », rapporte Mathilde Eck, chargée de mission au Collège des producteurs wallons.
De fait, la tubérisation s’est bien déroulée, mais le manque d’eau empêche les pommes de terre de grossir. Or, environ 85 % de la production belge est destinée à l’industrie de la frite surgelée, qui a besoin de gros calibres. « Avec la sécheresse et le manque d’eau, c’est possible que les pommes de terre soient trop petites. Comment va-t-on faire des frites avec des calibres aussi petits ? »
Les légumes souffrent aussi. Contrairement aux betteraves, capables d’aller chercher l’humidité en profondeur, les cultures implantées au printemps ont des racines moins développées et dépendent plus de l’eau. Certains producteurs disposent d’un puits ou de réserves. D’autres doivent utiliser l’eau de ville, avec un coût important. Et l’irrigation ? C’est souvent un risque financier trop important.
Une conséquence inattendue de la sécheresse en Europe : votre future voiture pourrait être livrée en retardTomates, pommes et poires touchées
Les tomates illustrent la situation climatique. Il a fait trop chaud au moment où les fleurs devaient se transformer en fruits. Certaines ont brûlé ou avorté et les pollinisateurs ont été perturbés. Ainsi, « il y a plusieurs étages sur les plants de tomates où on ne trouve rien », explique Mathilde Eck, qui évoque une « grosse, grosse baisse de rendement, alors qu’il s’agit souvent de ce qui rapporte le plus aux producteurs, par rapport à d’autres produits ».
Pour les pommes et les poires, les brûlures restent contenues. Le problème vient surtout de la taille des fruits. « Des calibres plus petits signifient des volumes moindres, mais aussi des prix inférieurs. En criée, passer d’une catégorie à une autre peut faire perdre 10 à 20 centimes du kilo au producteur », précise-t-elle encore.
Que faire, alors ? Attendre avant de récolter n’est pas forcément une solution. Les poires, dont la récolte doit débuter entre le 20 et le 28 août, approchent déjà de leur maturité. Les laisser grossir risquerait de les rendre trop mûres et trop molles pour les acheteurs belges.
Conséquence de la sécheresse, le niveau d’eau de la Lys est au plus bas, la navigation est menacée : « C’est la première fois que la question se pose »Des raisins sains, mais très petits
Une situation qui est donc difficile pour l’ensemble des filiales. Car même la vigne, pourtant friande de soleil et de temps sec, souffre. « Il y a quand même des nuances, prévient Vanessa Vaxelaire, présidente de l’Association des vignerons de Wallonie. Côté sanitaire, le bilan est excellent : l’absence d’humidité limite le mildiou, l’oïdium et le botrytis. Mais le manque d’eau réduit la taille des baies et place les vignes sous stress hydrique. Les baies sont toutes petites. »
Les viticulteurs adaptent donc leurs pratiques, en protégeant davantage les grappes du soleil et en limitant l’enherbement afin de réserver l’eau à la vigne. La qualité du millésime pourrait rester bonne, mais les quantités inquiètent. De la pluie dans la deuxième moitié d’août pourrait encore permettre aux raisins de reprendre du volume. Vanessa Vaxelaire envisageait de commencer les vendanges autour du 1er septembre, mais rien n’est figé. « On va décider ça au jour le jour. »