Cette même Giorgia Meloni cherche par ailleurs à profiter de la séquence, pour donner le « la » de la politique migratoire européenne, en chœur avec la Première ministre social-démocrate danoise Mette Frederiksen.
Riposte espagnole à l’attaque italienne
L’Espagne avait rapidement repris le contrôle de la situation à Ceuta – les personnes qui avaient traversé la frontière ont été renvoyées au Maroc. Le gouvernement italien, avait pourtant réclamé, en vain, la suspension de l’Espagne de l’espace européen de libre circulation Schengen. Rome a ensuite décidé de rétablir des contrôles d’identité des passagers aériens et de maritimes en provenance d’Espagne. La mesure répond, pour le gouvernement Meloni, à des considérations de politiques domestiques, mais ne repose sur aucun élément concret. Aucune des personnes n’ayant réussi à pénétrer dans Ceuta, le 30 juillet, n’a pu rejoindre l’Espagne métropolitaine. De plus, ni Ceuta, ni Melilla, l’autre enclave espagnole en Afrique du Nord, ne sont, de facto, dans Schengen.
En réponse à la décision de Rome, Madrid a décidé, à son tour, vendredi dernier, d’effectuer des contrôles aléatoires des passagers arrivant d’Italie dans ses aéroports et dans ses ports. « Les autorités espagnoles suivent avec attention l’évolution de la situation migratoire dans l’espace Schengen et, en particulier, la pression migratoire constatée sur la route de la Méditerranée centrale qui affecte la République italienne et ses effets sur différents États membres », a justifié le ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, dans la lettre envoyée à la Commission pour lui signaler le rétablissement des contrôles, utilisant contre l’Italie son propre argument.
Le commissaire européen chargé de la Migration, Magnus Brunner a voulu dédramatiser la situation en indiquant, sur le réseau social X, avoir eu des contacts avec les deux capitales qui l’ont assuré que les contrôles sont temporaires : Rome veut les maintenir jusqu’au 15 août, au moins ; Madrid jusqu’au 7 septembre. Les victimes de la situation sont les personnes qui se rendent d’un pays à l’autre, qui devraient bénéficier de la liberté de circulation.
La dispute entre l’Espagne et l’Italie est présentée, non sans raison, comme un affrontement entre deux dirigeants aux profils idéologiques incompatibles : le socialiste contre la dirigeante d’un parti post-fasciste. Qui seront d’ailleurs, l’un et l’autre, confrontés à des échéances électorales l’an prochain.
Alliance Rome-Copenhague
Néanmoins, le débat européen sur la migration dépasse le clivage politique gauche-droite. Si, comme tous les dirigeants européens, Pedro Sanchez veut réduire les arrivées de migrants dans l’Union, l’Espagne ne fait pas partie des « faucons » en matière de politiques de migration et d’asile. Elle vient de procéder à une vaste opération qui pourrait aboutir à la régularisation de près de 1,2 million de personnes qui séjournent sur son sol. Et Madrid est opposée au projet de hubs de retour, ces centres qui seraient installés dans des pays tiers où seraient envoyés des demandeurs du droit d’asile déboutés en Europe.
À l’inverse, Giorgia Meloni et Mette Frederiksen s’allient pour incarner la ligne dure migratoire. Dans un communiqué commun publié ce lundi, l’Italienne et la Danoise – qui appartient pourtant à la même famille politique que Pedro Sanchez − affirment œuvrer ensemble à fixer le cap d’une « politique migratoire rigoureuse ». Exprimant « être fières de l’héritage culturel chrétien de l’Europe », les deux femmes affichent leur volonté de « le protéger » et de « défendre l’Europe » (sic) contre « l’immigration incontrôlée ». Qui, selon elles, provoque « une augmentation de la criminalité, accentue la pression sur les services publics et érodent la confiance des citoyens ».