A l’instar du coffret double pavé sur Ralph McQuarrie qui a mis sur papier les idées farfelues de George Lucas pour la Trilogie, il fallait aussi un coffret double pavé sur Doug Chiang qui a remis sur papier les idées farfelues de George Lucas 22 ans plus tard.
Mais l’approche est différente.
Ce sont des français qui s’y sont collés, à savoir Alexandre Poncet & Gilles Penso.
Doug a accepté de jouer le jeu à condition de parler des réussites mais aussi des déceptions et des projets annulés.
On a un volume sur ses projets autre que Star Wars, et un volume sur les films et séries Star Wars auxquels il a été impliqué.
Evidemment, on a de très nombreuses illustrations et dessins.
Comme je suis un faible, j’ai d’abord commencé à dévorer les pages du volume 2 concernant sa vie starwarsienne. Mais, je vais commencer ici par le premier volume.

Quoi qui y a donc dedans ?
On suit son parcours artistique (non Star Wars) de façon chronologique en s’attardant sur les projets cinéma et ses projets personnels. Chaque chapitre correspond à une période de sa vie.
On commence avec sa jeunesse avec le d’où il vient et comment il s’est forgé son tempérament.
Sans surprise, dès son plus jeune âge, il avait un certain goût pour le dessin, et comme pour beaucoup d’artistes, le déclic a été la découverte d’Un Nouvel Espoir et son envers du décor.
Son but était dorénavant de se spécialiser dans le stop-motion mais a vite compris qu’avec l’avènement du digital, il fallait aussi apprendre à utiliser les outils de modélisation 3D.
D’ailleurs, concernant la création de designs ou d’illustrations, tout au long de sa carrière, il a fait en sorte de toujours apprendre de nouvelles techniques, surtout auprès d’autres collaborateurs.
Pendant ses études à l’UCLA (Université de Californie à Los Angeles), il fait des piges pour des journaux papier (et on a quelques photos de ces dessins).
Puis, Il entre dans une société spécialisée dans le digital (Digital Productions). La 3D était à ses débuts et il fallait un temps fou pour obtenir une image détaillée. Il nous parle entre autres de projets annulés pour des publicitaires.
Puis, enfin, il fait partie d’une équipe pour un film : Retour vers le Futur 2, où son job est de designer des accessoires futuristes.
Après le film, il entre à ILM. Le rêve de toujours.


On a un gros chapitre sur son portfolio personnel avec plus de 110 pages d’illustrations en tout genre, utilisant diverses techniques de dessin.
En effet, Pour lui, ce portfolio est important car ça lui permet de voir son évolution dans l’apprentissage des différentes techniques et des divers outils.
On en prend plein les yeux. On découvre des créatures, des aliens, des cartes de Noël, des véhicules futuristes, des paysages, avec des degrés de complexité variables.
Son domaine favori est la Science-Fiction avec les vaisseaux spatiaux et le mélange nature / éléments mécaniques. Il n’est pas du tout à l’aise avec les costumes, les représentations humaines, les environnements.
Il a participé à un jeu vidéo Earth and Beyond en 2002, qui n’a finalement pas vu le jour. Mais pour lui ça a été un régal car il a pu proposer un tas de designs de vaisseaux.

On passe à la période 2005-2010 et son monde digital.
Après les Episodes I et II de Star Wars, Doug part sur d’autres projets dont un très personnel ROBOTA. Mais on y reviendra plus tard.
C’est toujours très intéressant de voir comment se passe le travail artistique en amont pour un film.
En 2004, Doug crée Ice Blink Studio dont le premier projet est la Guerre des Mondes de Spielberg. Puis il se lance dans Beowulf avec sa nouvelle façon de tourner.
Ce sont les débuts du ‘capture motion’ puis de la ‘performance capture’.
Mais cela demande beaucoup de ressources.
Doug ferme alors Ice Blink Studio pour ouvrir ImageMovers Digital en 2006, sous la houlette de Disney, et très vite le nombre personnel atteint plus de 600 personnes.
Malheureusement suite à un changement de direction, Disney ferme l’agence.
C’est une période de doute pour Doug jusqu’en 2012 où Disney rachète Lucasfilm. Et Doug est rappelé pour travailler de nouveau sur Star Wars.


Mais Doug ne s’est pas contenté de bosser pour le cinéma, il a utilisé ses talents pour d’autre médias dont les romans illustrés.
Et c’est là qu’on se focalise enfin sur ROBOTA, son projet qui lui a tenu le plus à cœur.
Pour pouvoir s’y consacrer à plein temps, il a demandé la permission à George Lucas de ne pas s’occuper de l’Episode III.
On a plus de 60 pages dessus, et c’est génial. On suit le processus de création avec, comme pour un film, des concepts avant d’arriver à un design final.
Il collabore avec Orson Scott Card (auteur de SF renommé) pour habiller l’histoire qui vient bien de Doug. Ce projet, c’est son bébé.
Et ça se ressent dans ses commentaires au fil des pages.
Ca m’a donné envie de lire ce récit.
On y retrouve une ambiance qu’il affectionne avec de la technologie mécanisée dans des environnements naturels exotiques.
On est sur Orpheus, une planète habitée par des humains qui reçoivent la visite de robots venus les aider en vue d’éviter une catastrophe (Orpheus qui va percuter la Terre dans le futur). Mais les humains vont utiliser la technologie des robots pour d’autres desseins. On y retrouve des humains, des robots, des dinosaures intelligents, des créatures, bref, de la SF quoi.


On a également quelques pages sur un autres projets personnel qui date de 2004 mais qui n’est toujours pas finalisé à ce jour.
FASK que ça s’appelle et le thème est toujours la Nature vs la Technologie.
Puis on termine ce volume avec MECHANIKA.
Il s’agit ici d’un ouvrage éducatif de 2008 où Doug donne des conseils sur les techniques de dessin et de peinture en expliquant chaque étape pas à pas pour arriver à un résultat satisfaisant.
Doug donne quelques secrets. Par exemple, il préconise de commencer par un dessin préliminaire au crayon puis passer au digital pour finaliser les détails, les perspectives, les couleurs …

En résumé, Doug a participé à pas mal de films à succès dont Terminator II, Jumanji, The Mask, la Guerre des Mondes de Spielberg, Forest Gump, Retour vers le futur 2, Death becomes her, Beowulf, Polar Express, …
Il insiste sur le fait qu’il a toujours été timide et qu’il manquait souvent de confiance en lui, mais cela lui a permis de surmonter des challenges.

MAIS

Maintenant, on va se focaliser sur son travail sur Star Wars, avec le volume II.
Là aussi, il y a des choses à dire.

L’Episode I prend beaucoup de place (217 pages), normal car c’est le premier gros projet Star Wars pour Doug Chiang, qui a travaillé en étroite collaboration avec George Lucas.
Et sur ce projet, il a dû changer sa façon de travailler car ici, le résultat doit satisfaire l’œil d’un cinéaste. Il faut que le design soit facilement identifiable. Si au premier coup d’œil, on ne comprend pas ce que l’on voit, alors c’est raté.
Avec l’envers du décor on nous explique le processus de travail, l’évolution de certaines idées.
Par ailleurs, la présentation des illustrations se fait selon l’avancée du scénario et non selon les périodes de travail.
Doug s’est occupé des designs de la Fédération du Commerce (à savoir les vaisseaux, les droïdes, etc …), du vaisseau de la République avec les Jedi (le Radiant VII), de Naboo (architecture, créatures, vaisseau de la Reine, speeders).
Et il devait en même temps gérer des équipes d’illustrateurs qui bossaient sur Coruscant ou encore la course de Pods.
C’est sympa de voir toutes ces itérations du vaisseau argenté de la Reine, des chasseurs N1 et des chasseurs Vulture.
De temps en temps, on a de belles peintures finalisées et en couleur sur une double page montrant un environnement avec un contexte.
La plupart des dessins sont accompagnés de notes donnant des explications ou des précisions sur une technique, un outil ou l’idée qui s’en dégage.
Ce qui est marrant, c’est que même des idées non retenues ne sont pas perdues à jamais.
Par exemple, au départ, Mos Espa était vue comme une ville en hauteur, sur une montagne. Ce concept sera finalement repris pour Jedha dans Rogue One.


L’Episode II est moins volumineux (78 pages), Doug devenant de plus en plus un coordinateur et responsable d’autres équipes, il a alors moins de temps pour dessiner lui-même.
Au début, le Méchant de l’histoire devait être une femme cybernétique. Cette partie cybernétique servira de base pour le Général Grievous.
Pour ce film, des designs non gardés serviront pour d’autres projets comme un test pour le droideka qui deviendra le grand droïde d’attaque vu dans The Book of Boba Fett (le Scorpenek Annihilator Droïd).
Il a fallu créer de nouveaux mondes tel que Geonosis mais des lieux connus ont été retravaillés comme Coruscant. En effet, il a fallu faire évoluer les ‘rues’ de Coruscant, les allées du Temple Jedi, le bureau de Palpatine, les véhicules dans le traffic, etc …
Tout ça pour se rapprocher de l’esthétique de la Trilogie Classique.
Ici aussi, on peut admirer quelques jolies fresques sur 2 pages.
Comme déjà dit plus haut, Doug n’a pas participé à l’Episode III pour se consacrer à son projet solo ROBOTA. Mais il ne quitte pas le bateau Lucasfilm pour toujours.


En effet, après le rachat par Disney en 2012, il est rappelé pour travailler sur les futurs projets Star Wars, que ce soit au cinéma (Postlogie, Rogue One, Solo) ou sur Disney+ avec des séries (The Mandalorian), ou pour des parcs d’attraction (Galaxy’s Edge).
Malgré son poste de superviseur, il trouve un peu de temps pour fournir quelques designs ça et là.
Les débuts ont été difficile car il â dû apprendre à connaitre et à utiliser les nouveaux logiciels de modélisation 3D plus performants.
Fini le crayonnage, maintenant il faut faire plus de rendus finalisés en moins de temps.
Il était le moins performant de tout le groupe dans ce domaine (relativement parlant bien sûr), Il a fallu que l’apprentissage se fasse rapidement. Et ça, il sait faire. Comme déjà dit, cela a toujours été un point fort dans sa carrière de découvrir et maitriser les nouveaux outils mis à sa disposition.
Ainsi, les illustrations sont en 3D, plus détaillées, en couleur (même si parfois la colorisation se fait encore à la ‘main’ et non automatiquement), et on peut carrément mettre les designs en scène avec divers autres éléments autour.
Ce qui a de bien, c’est que Doug n’hésite pas à montrer des résultats avec des erreurs. Par exemple pour un destroyer impérial crashé sur Jakku, on voit que les réacteurs ne sont pas purement circulaires (on a de petites facettes), il ne s’en est pas rendu compte sur le moment.
Perso, je trouve ça intéressant.
Concernant l’Episode VIII, j’aime bien ses idées sur l’allure de Luke dont un portrait qui se rapproche d’Obi-Wan version Alec Guinness.
En terme de planches, Doug a préféré donner plus d’attention sur Rogue One que sur Les Derniers Jedi où il n’a produit que peu d’illustrations dont le fameux X-Wing dans l’océan.
D’ailleurs, sur Rogue One, plus de 780 dessins ont été faits avant de trouver le bon design du U-Wing.
On nous dit qu’au début de la pré-production de ce premier Star Wars Story, une fin heureuse avait été suggérée.
Doug a travaillé au début de l’Episode IX, puis est parti sur la série The Mandalorian quand JJ Abrams a repris les rênes du film.
On note quand-même, du temps de Colin Trevorrow, une recherche sur des design des destroyers du Dernier Ordre avec une approche originale.


On finit l’ouvrage avec un portfolio (non Star Wars) contenant des illustrations tout en digital issues de la période d’apprentissage des nouveaux outils de modélisation 3D.
Le but est de chercher à retrouver malgré tout un résultat avec un aspect comme si cela avait été fait sur papier.
Les idées lorgne évidemment très souvent vers la Science-Fiction et font parfois très starwarsiennes mais ne concernent pas un projet spécifique.
Doug se fait plaisir avec encore et toujours des véhicules en tout genre.

 

Voilà.
C’est un plaisir de tourner les pages et découvrir toutes ces idées sur des créatures, d’environnements, de vaisseaux, d’engins mécaniques.
On a énormément d’illustrations de designs dont des premiers essais et des idées non retenues.
Concernant les films Star Wars, surtout la Prélogie, on découvre bien plus de choses que dans les ‘Art of’ correspondant, vu qu’on s’attarde uniquement sur son travail.
Et c’est un régal.
Allez comme point négatif, j’avoue que le découpage du texte n’est pas génial par moment. En effet, une phrase peut être coupée en fin de page et il faut aller plusieurs pages plus loin pour lire la suite. Ce n’est pas agréable.
Alors oui, on a affaire à un coffret onéreux mais il est volumineux et c’est un bel objet pour les collectionneurs.

Dougement vôtre.

Voici le lien vers la Fiche SWU.