Présenté en première mondiale au Festival du Film de Locarno dans la catégorie jeunesse, le premier long métrage documentaire du cinéaste animalier suisse Vincent Chabloz offre une immersion poétique et viscérale au cœur de la célèbre vallée valaisanne.
« Derborence, c’est un écrin de nature où le temps s’écoule librement. Un lieu pour réapprendre à s’émerveiller et laisser résonner notre part d’animalité ». C’est par ces mots que s’ouvre l’invitation au voyage de ‘Derborence, le temps des animaux’, un documentaire signé Vincent Chabloz qui sortira sur les écrans romands le 28 octobre prochain et qui vient de vivre son baptême du feu au 79e Festival de Locarno, sélectionné pour la première édition des Kids Awards.
Pour le réalisateur suisse, ce projet est l’aboutissement d’un long cheminement intime. Tapissier-décorateur de formation, il voue une passion sans bornes à la nature depuis son plus jeune âge. « Lorsque j’étais enfant, on nous prêtait un chalet là-bas [à Derborence] et on y passait les deux premières semaines d’août », confie-t-il dans l’émission Forum du 7 août. « C’est là que j’ai commencé à explorer ce monde incroyable des oiseaux et de la nature ».
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Un travail vertigineux
Rendu célèbre par les tragiques éboulements du XVIIIe siècle et immortalisé par la plume de Charles Ferdinand Ramuz, le site de Derborence est un territoire à part, un lieu de légendes. Une vallée difficile d’accès, où la route carrossable n’est arrivée qu’à la fin des années 1950. Cet isolement géographique, particulièrement en hiver où le lieu devient interdit et dangereux, a permis à une faune d’une richesse rare de s’épanouir à l’abri des regards.
Pour capter cette vie secrète au fil des quatre saisons, le cinéaste a consacré huit ans à ce projet, dont quatre années de tournage particulièrement intenses. « Cela fait 35 ans que je fais des images animalières. (…) Avant tout, il y a une connaissance de l’animal à avoir (…) qui nous permet de l’approcher suffisamment près pour le capter », explique le réalisateur.
Une image du film ‘Derborence, le temps des animaux’ de Vincent Chabloz. [Vincent Chabloz – Derborence Le Temps des Animaux, 2026.]
On prend le temps, on se met en situation pour vivre au temps des animaux, c’est-à-dire un temps bien moins stressant et rapide que celui que l’on vit.
Vincent Chabloz, réalisateur
Le résultat est vertigineux: 230 heures de rushes accumulées pour un montage final d’une heure et vingt-trois minutes. Un travail de titan mené par le monteur Thomas Queille. L’univers sonore du film, d’une fidélité scientifique absolue, a été entièrement recréé en post-production par Noémie Delaloye et Etienne Curchod.
>> A écouter, l’interview de Vincent Chabloz dans l’émission Vertigo : 79e Festival du Film de Locarno : Vincent Chabloz pour Derborence, le temps des animaux / Vertigo / 23 min. / le 6 août 2026 Inverser le regard
La force du documentaire réside dans son parti pris narratif: inverser la perspective habituelle. Ce n’est plus l’homme qui traque la bête, mais la nature qui observe l’agitation humaine. Lorsque le printemps revient et que les randonneuses et randonneurs investissent la vallée, le film parle poétiquement du « début de la transhumance humaine ». « C’est vraiment là le but premier de ce film, c’est de se mettre à la place de l’animal. C’est le regard de l’animal sur l’humain », souligne Vincent Chabloz.
À travers ce film, il souhaite ainsi reconnecter un public de plus en plus urbain à son environnement: « Ce film est là pour rappeler aux gens: attention, vous n’êtes pas tout seuls. Il y a des petits yeux qui vous regardent un petit peu partout », conclut le réalisateur.
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert, Rafael Wolf et Mehmet Gultas
Adaptation web: ld
‘Derborence, le temps des animaux’ de Vincent Chabloz. Sortie au cinéma prévue le 28 octobre 2026.
A consulter, notre dossier consacré au Festival de Locarno