JR, qu’est-ce que Thomas vous a répondu lorsque vous l’avez invité sur ce nouveau volet de la Caverne ?
TB : Quand tu m’en as parlé la première fois, je n’avais pas l’impression que tu allais me demander de participer [rires].
JR : La première fois qu’on en a parlé sérieusement, cela a été une très longue conversation. Je m’en rappelle car j’étais dehors dans le froid à New-York et ça a duré très très longtemps [rires]. Thomas m’a dit qu’il irait le plus loin possible dans la réflexion sur le projet, sans être sûr d’aboutir à quelque chose qui fasse sens. On a beaucoup discuté autour des vibrations, des fréquences. Alors que nous faisions des essais grandeur nature à l’aéroport d’Orly, où nous avons pu construire un dixième de l’œuvre, j’ai finalement compris que Thomas allait lui aussi “emballer” le pont d’une couverture invisible. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point la toile sonore sur laquelle il travaillait allait être essentielle et indissociable de l’œuvre.

© Sarah Makharine
Thomas, quel espace créatif êtes-vous venu occuper dans cette création ?
TB : Je n’avais pas du tout envie d’imposer une musique, ou ma propre musique, dans un environnement urbain. Ce type de disruption ne m’intéresse pas. Cette œuvre, qui est à la fois en pierre, avec cet aspect très monolithique, voire géostationnaire, et dont paradoxalement la structure est métallique, mais surtout gonflable, tient au fond de l’illusion, du trompe-l’œil. Et ça m’a amusé d’emballer moi-aussi le pont avec un son, dans une approche ultra-minimaliste. Dans la techno ou les rave, on cherchait finalement un son, une seule matière, minimaliste, mais très radicale. Avec La Caverne, on est également dans quelque chose d’ultra-simple, qui repose entièrement sur le ressenti. Le minimalisme, dans cette époque ultra-saturée, fait du bien.
JR : Cette caverne est ancrée par le son, c’est très fort. Lorsque je pitche un projet à Thomas, il a toujours besoin de comprendre le fonctionnement intégral de l’œuvre avant de s’y insérer, y compris en questionnant des points d’ingénierie qui ne le concernent pas ! Il voit des choses auxquelles on n’a parfois même pas pensé. Avec le temps, j’ai appris qu’il avait toujours raison ! Au sein de nos collaborations, il est extrêmement utile que chacun apporte son regard, cela vient servir tout le projet.