En l’état, c’est un chat du jeu et de la souris que le chat ne peut pas gagner.

Les studios américains s’attaquent au streaming illégal en Belgique : Disney, Warner Bros., Universal…Proximus, Orange and co dans l’obligation de bloquer des dizaines de sites

Retour sur la genèse des événements.

Le 3 juillet 2026, l’ordonnance RR/26/00058 du tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles ordonne le blocage de dix plates-formes de téléchargement illégal, dont les francophones Wawacity et Zone-téléchargement. Sont visés : des sites web et leurs clones. L’identité des requérants qui ont saisi le tribunal en référé est gardée secrète.

Bras armé du tribunal à l’heure de faire appliquer l’ordonnance, le service « anti-piracy » du SPF Économie rend sa décision le 10 juillet 2026, la publie le 15 juillet 2026 (à lire ici).

En substance, cinq fournisseurs d’accès à Internet (Proximus, Orange, Telenet, Mobile Vikings, Digi) sont sommés de bloquer à partir du 17 juillet 2026 l’accès à 113 sites web. 37 sont affiliés à Wawacity, 36 à Zone-téléchargement.

Selon le principe du suivi dynamique, le service « anti-piracy » ajoute à cette liste 26 sites web le 29 juillet 2026, 46 sites web le 6 août 2026. 7 ciblent Wawacity, 6 Zone-téléchargement.

Blocage d'un site de streaming illégal.Blocage d'un site de streaming illégal.Voici l’écran qui apparaît quand un fournisseur d’accès à Internet bloque un site web de streaming illégal suite à une ordonnance du Tribunal de l’entreprise de Bruxelles. ©Capture d’écranLes deux sites de piratage génèrent des clones la veille de l’entrée en vigueur des blocages

Peu importent ces mesures de rétorsion, Wawacity et Zone-téléchargement poursuivent leur petit bonhomme de chemin en appliquant une vieille recette : changer de nom de domaine de premier niveau et générer des clones.

Exemple : le blocage à partir du 17 juillet 2026 de l’adresse https://wawacity.click avait été contré la veille, avec l’arrivée de la nouvelle adresse https://wawacity.poker

Pire, les annonces de Wawacity et Zone-téléchargement sur la messagerie instantanée Telegram montrent que les deux plates-formes anticipent systématiquement les blocages belges, en lançant de nouvelles adresses la veille de l’entrée en vigueur mesures judiciaires.

9 juillet 2026. Nouveaux noms de domaine annoncés sur Telegram, en prévision du blocage judiciaire.10 juillet 2026. Publication de la décision du service « anti-piracy » du SPF Économie.28 juillet 2026. Nouveaux noms de domaine annoncés sur Telegram, en prévision du blocage judiciaire.29 juillet 2026. Mise à jour de la liste des sites web bloqués sur le site du service « anti-piracy » du SPF Économie.Des mesures qui épargnent des acteurs essentiels du web

Bref, cette tentative de blocage de Wawacity et Zone-téléchargement est un échec. À qui la faute ?

Aux mesures provisoires de l’ordonnance du tribunal de l’entreprise francophone de Bruxelles, qui se focalise sur les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et ignore d’autres acteurs essentiels, comme les moteurs de recherche, les hébergeurs, les résolveurs DNS, les gestionnaires de noms de domaine, etc.

On peut imaginer que les requérants n’ont pas exprimé cette demande qui, dans des dossiers similaires récents, a provoqué une levée de boucliers.

La futilité d’un blocage aisé à contourner légalement

Exiger que Proximus et consorts barrent l’accès à ces sites est une mesure illusoire à un second titre. Il reste possible d’accéder aux sites web bannis en faisant appel, en toute légalité, à un résolveur DNS alternatif.

Explication. Quand vous encodez l’URL d’un site web (exemple : www.google.com), votre navigateur doit demander à un résolveur DNS à quelle adresse IP correspond cette URL (142.251.151.119). Le résolveur DNS est un annuaire qui associe URL et adresse IP.

Quand Proximus et consorts bloquent l’URL https://wawacity.click, ils bloquent l’association avec l’adresse IP du site wawacity.click et vous renvoient à la place vers une page web qui vous annonce que le contenu est bloqué.

Ignorer le résolveur DNS de votre fournisseur d’accès à Internet au profit d’un résolveur DNS alternatif est une opération courante et simple.