C’est une grande première sur Mars. En mission sur la planète rouge, et quatrième de notre système solaire, depuis février 2021, le rover Perseverance a fait l’année passée une découverte à laquelle les scientifiques ne s’attendaient pas. Alors qu’il analysait avec son laser des roches claires, presque blanches, éparpillées dans le cratère Jezero, ce robot de la taille d’une voiture a détecté du corindon. Encore jamais observé au milieu de ces paysages désertiques, ce minéral constitue un véritable trésor sur Terre.

Le corindon, deuxième minéral le plus dur après le diamant, est à l’origine de la formation des rubis et des saphirs. Bien qu’il soit incolore sous sa forme pure, comme à première vue ici sur Mars, des traces de chrome, l’élément qui confère aux rubis leurs teintes caractéristiques allant du rouge au rose, y ont été décelées par le petit explorateur de la NASA. « L’analyse par l’instrument SuperCam de trois blocs rocheux riches en plagioclase, situés sur le bord du cratère, a révélé des signatures claires de corindon contenant du chrome », peut-on lire en préambule d’un rapport publié mardi 11 août dans la revue Geophysical Review Letters.

Une présence difficilement explicable

Une équipe de chercheurs dirigée par la géochimiste Ann Ollila, du Laboratoire national de Los Alamos (États-Unis), a été chargée de l’analyse de ces signatures. Ils ont fini par mettre en évidence, « de manière inattendue », des similitudes frappantes entre le signal martien et celui de pierres précieuses terrestres. Si ces scientifiques sont si surpris, c’est parce que les conditions nécessaires sur Terre à la formation du corindon sont difficiles à retrouver sur Mars. Cette forme cristalline de l’oxyde d’aluminium apparaît généralement dans des environnements riches en aluminium et pauvres en silicium.

Or, les trois roches martiennes étudiées par Perseverance sont principalement constituées de plagioclase, un minéral qui contient justement de l’aluminium, mais aussi du silicium, rendant difficile à comprendre que du corindon y soit présent.

Bientôt un échantillon rapporté sur Terre ?

Baptisés Hampden River, Coffee Cove et Smiths Harbour, les trois échantillons sont des morceaux de roche détachés de leur formation d’origine, ou blocs erratiques. En mars, avril puis juillet 2025, Perseverance les a examinés avec le SuperCam, un instrument de spectroscopie qui excite avec un laser les atomes au sein des minéraux, puis analyse la lumière qu’ils émettent. Les trois roches ont produit les « mêmes signatures caractéristiques du corindon contenant du chrome », exposent les chercheurs.

Ces spectres ont ensuite été comparés à ceux obtenus avec des rubis et des saphirs terrestres. Deux pics de luminescence, à 692,7 et 694,1 nanomètres, correspondaient notamment à ceux observés lorsque des atomes de chrome remplacent certains atomes d’aluminium dans le corindon, comme dans le cas de la formation d’un rubis.

Alors comment ce minéral a-t-il pu apparaître sur Mars ? Plusieurs scénarios sont possibles, dont l’un lié au magma ou aux interactions d’anciens fluides chauds avec les roches. Les chercheurs privilégient toutefois l’hypothèse de l’impact qui a donné naissance au cratère Jezero, il y a plusieurs milliards d’années. Un tel événement aurait libéré suffisamment de chaleur et de pression pour modifier profondément les roches.  »Les indices sont indirects, mais convaincants », notent-ils. Les grains de corindon ont été trouvés en différents endroits au bord du cratère, près de roches considérées comme des brèches d’impact, elles-mêmes formées lors d’une collision.

Si Perseverance réussissait à ramener dans ses bagages un fragment, des analyses approfondies pourraient être réalisées depuis la planète bleue. Mais le rover a déjà beaucoup à faire.

Les trois échantillons sont des morceaux de roche détachés de leur formation d’origine.

Les trois échantillons sont des morceaux de roche détachés de leur formation d’origine.

© Ollila et al., Geophys. Res. Lett., 2026