À partir du 15 juin, le téléphone n’a pas arrêté de sonner au secrétariat du Dr Rudy Caillet, médecin coordinateur du Centre spécialisé de l’obésité (CSO) Alsace. « Il y avait les patients déjà suivis qui souhaitaient bénéficier du remboursement, ceux qui avaient interrompu leur traitement faute de moyens et tous ceux qui voulaient le débuter. » Son agenda, entre Strasbourg et Colmar, est complet jusqu’à la fin de l’année. Les créneaux pour 2027 ne seront ouverts qu’en septembre.
Le même engorgement gagne toute l’Alsace. À Mulhouse, la Dre Jelena Ilic affiche jusqu’à dix-huit mois d’attente. Aux Trois-Épis, le prochain rendez-vous avec le Dr Thomas Leroi est annoncé en février. À l’Ugecam d’Illkirch-Graffenstaden, la Dre Diane Ruillier a vu son délai passer d’un mois et demi à cinq mois, malgré l’ouverture de consultations supplémentaires.
Une trentaine de médecins habilités
Cet afflux est né d’une bonne nouvelle. Depuis le 15 juin, Wegovy et Mounjaro sont remboursés à 65 % par l’Assurance maladie. À Colmar, Fabienne respire enfin. La retraitée de 65 ans prend du Wegovy depuis 2022, après en avoir bénéficié gratuitement dans le cadre d’un dispositif d’accès précoce. Elle a perdu 30 kilos et a enfin pu être opérée des deux genoux. Mais cette prise en charge a pris fin le 31 décembre 2025. Ne pouvant assumer environ 300 euros par mois, elle avait espacé ses injections. « C’était un soulagement. J’étais tellement inquiète. Aujourd’hui, je suis sereine. »
Un traitement en seconde intention
Fabienne avait justement rendez-vous avec son spécialiste en juin. « Je fais partie des chanceuses », mesure-t-elle. Pour les autres, l’accès au remboursement se heurte à des mois d’attente.
La prise en charge est réservée aux adultes dont l’IMC initial atteint 40, ou 35 avec une comorbidité prévue par l’arrêté. Elle n’intervient qu’après l’échec d’un accompagnement nutritionnel sur six mois incluant activité physique adaptée et suivi psychologique. Un formulaire rempli par le prescripteur doit accompagner l’ordonnance.
Tous les médecins peuvent prescrire ces traitements hors remboursement. Mais la première prescription remboursable est réservée notamment à certains endocrinologues-diabétologues-nutritionnistes, médecins compétents en nutrition et chirurgiens bariatriques exerçant dans un CSO, un CHU ou une structure de soins médicaux et de réadaptation spécialisée. Le médecin traitant peut ensuite renouveler l’ordonnance.
Les médecins généralistes non habilités
À Ribeauvillé, Nicolas, 53 ans, a déchanté. « J’ai passé une dizaine de coups de fil pour trouver un médecin habilité. Quand j’en ai trouvé un, impossible d’avoir un rendez-vous avant février 2027. » Il a écrit à un sénateur et à un député pour dénoncer des délais qui pénalisent, selon lui, les plus modestes.
Une dizaine de médecins pouvaient établir cette prescription en Alsace au lancement du dispositif. Ils sont désormais 33. Pour élargir ce réseau, le CSO a élaboré une charte destinée aux EDN qualifiés exerçant en lien avec lui. Elle prévoit deux formations annuelles et une collaboration pour les situations complexes.
« Nous sommes une discipline sous-représentée. Nous ne sommes pas assez nombreux pour répondre à la demande », constate Rudy Caillet. Alors que selon ses estimations, près de 100 000 Alsaciens pourraient remplir les critères du remboursement.