Pour John Robert Cardillo, passer au jeûne 22/2 ne serait qu’une affaire de quatre jours d’adaptation. Entre promesse éclair et signaux d’alerte médicaux, le débat s’enflamme.
Un ancien champion de culturisme, John Robert Cardillo, jure que le jeûne 22/2 est « facile » à vivre. Selon lui, il suffirait de quatre jours pour que le corps s’habitue à ne manger qu’une fois par jour, dans une petite fenêtre de deux heures. De quoi intriguer tous ceux qui rêvent de perdre du poids vite, sans passer leur journée à penser aux repas.
Derrière cette promesse se cache pourtant l’une des formes les plus extrêmes du jeûne intermittent, souvent appelée OMAD pour « One Meal A Day ». Cardillo affirme, dans un entretien relayé par Generation Iron à partir d’une interview donnée au média spécialisé BarBend, qu’au cinquième jour ses clients ne ressentiraient déjà plus la faim au moment du dîner. Une expérience de terrain qui ne remplace pas les avis médicaux, ni les données des études cliniques.
Jeûne 22/2 : comment fonctionne cette version extrême d’OMAD ?
Le principe est simple sur le papier : rester à jeun 22 heures, puis concentrer tous ses apports caloriques sur une fenêtre alimentaire de 2 heures, souvent sous la forme d’un unique gros repas. Pendant la phase de jeûne, seules les boissons sans calories sont en général tolérées, comme l’eau, le café ou le thé non sucrés. Le schéma est bien plus strict qu’un 16/8, où l’on mange sur huit heures, déjà considéré comme exigeant.
Dans la littérature scientifique, ce type de schéma entre dans les approches de « time-restricted eating » poussées à l’extrême. Mark Mattson, chercheur en neurosciences à Johns Hopkins Medicine, décrit le jeûne intermittent comme une alternance structurée entre périodes d’apport énergétique et de restriction, censée aider l’organisme à mieux gérer la glycémie et les graisses. Le 22/2 se situe tout au bout de ce continuum, avec très peu de marge en cas de coup de fatigue ou de vie sociale chargée.
« En 4 jours c’est plié » : que vaut vraiment le témoignage de John Robert Cardillo ?
Dans ses échanges rapportés par Generation Iron, John Robert Cardillo explique avoir mis en place le 22/2 avec des clients pour optimiser leur composition corporelle tout en préservant leur masse musculaire. Il assure que la phase la plus difficile se limite aux quatre premiers jours, marqués par une forte envie de manger à l’heure habituelle du dîner. Passé ce cap, les signaux de faim diminueraient et la routine deviendrait, selon lui, presque automatique.
Selon Johns Hopkins Medicine, qui a mis à jour sa fiche sur le jeûne intermittent le 7 avril 2026, l’adaptation au changement de rythme alimentaire peut pourtant prendre entre deux et quatre semaines, avec au début des épisodes de faim, d’irritabilité ou de maux de tête. La diététicienne Julia Zumpano, de la Cleveland Clinic, rappelle aussi que les méthodes très restrictives exposent à la fatigue, aux difficultés de concentration et à des fringales intenses pouvant déboucher sur des épisodes de compulsions alimentaires. Se forcer à « tenir coûte que coûte » sur quelques jours peut masquer des signaux d’alerte importants.
Ce que disent les études sur 1 repas par jour et les risques à surveiller
Une petite étude publiée le 11 janvier 2022 dans la revue scientifique Frontiers in Physiology, menée par Meessen et son équipe, a suivi 11 adultes pendant deux périodes de 11 jours : une avec trois repas par jour, l’autre avec un seul repas pris entre 17 h et 19 h. Le protocole, proche d’un 22/2, a montré une baisse du poids et de la masse grasse, une hausse de l’oxydation des graisses à l’effort et aucune baisse de la force ou de la capacité aérobie. En revanche, le LDL-cholestérol, souvent surnommé « mauvais » cholestérol, était plus élevé en mode un repas par jour.
Une analyse observationnelle publiée dans le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics a de son côté retrouvé qu’un seul repas quotidien était associé à un risque de mortalité toutes causes augmenté de 30 % (HR 1,30) et de mortalité cardiovasculaire accru de 83 % (HR 1,83), par rapport à trois repas. Il s’agit d’associations, pas d’une preuve que l’OMAD est responsable, mais le signal incite à la prudence. La Mayo Clinic, dans une mise à jour du 8 mars 2025, souligne que les effets à long terme du jeûne intermittent restent flous et mentionne des effets possibles sur la fatigue, la constipation, l’humeur ou le cycle menstruel. L’institution classe parmi les publics à éviter ce type de pratique les personnes ayant des troubles du comportement alimentaire, les femmes enceintes ou allaitantes, les adolescents, ainsi que certains patients diabétiques sous traitement, pour lesquels un avis médical personnalisé est indispensable.