Suivis pendant des décennies, plus de 1 200 Suédois ayant atteint 100 ans partagent un même type de prise de sang. Ces biomarqueurs sanguins des centenaires bousculent nos idées sur ce que signifie bien vieillir.

Chez 1 224 Suédois et Suédoises qui ont fini par souffler leurs 100 bougies, tout a commencé par une prise de sang de routine. Entre 1985 et 1996, leurs analyses, réalisées alors qu’ils avaient entre 64 et 99 ans, ont été conservées. Devenues des biomarqueurs sanguins des centenaires, elles dessinent un profil biologique particulier, très différent de celui des personnes qui n’ont pas atteint cet âge.

Ce profil ne ressemble pas à un sang « parfait », mais plutôt à un équilibre sans excès : glycémie plutôt basse, fonction rénale préservée, acide urique modéré, cholestérol total et fer un peu plus hauts mais loin des extrêmes. Des travaux en Chine, aux États-Unis et ailleurs, utilisant des approches plus fines sur les lipides, le système immunitaire ou l’inflammation, retrouvent la même idée centrale : le sang des très âgés porte des signatures répétitives qui pourraient éclairer la manière de mieux vieillir.

Des études au long cours sur les biomarqueurs sanguins des centenaires

Dans la cohorte suédoise AMORIS, présentée en 2023 dans GeroScience, des biomarqueurs mesurés entre 1985 et 1996 ont été reliés au devenir des participants pendant jusqu’à 35 ans. Parmi eux, 1 224 sont devenus centenaires, dont 84,6 % de femmes, ce qui a permis de comparer en détail leur profil de sang à celui de dizaines de milliers d’autres personnes. Des programmes comparables existent, comme la New England Centenarian Study aux États-Unis ou les études de longévité de la région chinoise de Lishui, confirmant que ces comparaisons nécessitent des suivis longs et des effectifs importants.

Les biomarqueurs sanguins des centenaires les plus faciles à mesurer

Les biomarqueurs étudiés dans AMORIS sont ceux d’un bilan standard : glucose, créatinine, acide urique, enzymes hépatiques, cholestérol total, fer ou encore albumine. Chez les futurs centenaires, ces valeurs se situaient plutôt dans le bas de la normale pour le sucre, le rein et l’acide urique, tandis que le cholestérol total et le fer étaient légèrement plus élevés que chez les non centenaires. Les auteurs décrivent un profil « sans extrêmes », compatible avec une meilleure santé métabolique et rénale au fil du temps. Ils rappellent aussi qu’il s’agit de corrélations : rien ne justifie de relever volontairement son cholestérol ou son fer, l’enjeu restant d’éviter les excès chroniques d’un côté comme de l’autre grâce au suivi médical.

Au-delà du bilan standard : lipides, immunité et horloges du vieillissement

Les approches de métabolomique plasmatique complètent ce tableau. Dans l’étude de Lishui publiée en 2025, 211 métabolites différaient chez 65 centenaires par rapport à des adultes plus jeunes, avec une baisse marquée de plusieurs familles de lipides, en particulier des lysophospholipides comme les LysoPC, LysoPA et LysoPE. Côté système immunitaire, une analyse en single-cell RNA-seq financée par les National Institutes of Health, intégrant plus de 102 000 cellules provenant de 66 personnes, a mis en évidence chez les centenaires davantage de cellules B productrices d’anticorps et moins de lymphocytes T helper qu’aux autres âges, une signature présentée comme spécifique.

Pour traduire ces différences en outils cliniques, certaines équipes conçoivent de véritables horloges biologiques. L’horloge inflammatoire iAge, construite à partir du profil immunitaire sanguin de 1 001 personnes âgées de 8 à 96 ans, s’associe à la longévité exceptionnelle et illustre le concept d’inflammaging. Une vaste étude de protéomique plasmatique menée sur 44 498 participants de la UK Biobank, avec 2 916 protéines mesurées, montre que le sang peut refléter l’âge biologique d’organes comme le cerveau ou le système immunitaire et signaler un risque accru de maladie. Pour l’instant, ces signatures restent confinées à la recherche, mais elles renvoient toutes à des leviers connus, à discuter avec son médecin : contrôle de la glycémie, protection des reins, gestion des lipides, lutte contre l’inflammation par l’alimentation, l’activité physique, le sommeil et l’arrêt du tabac.