Né à Saint-Laurent-en-Grandvaux en 1795, Jean-Séraphin-Désiré Besson fut professeur à l’école de dessin de Dole, mais aussi le premier conservateur du musée de la ville, en 1821 et jusqu’à sa mort, en 1864. Cette peinture à l’huile sur toile intitulée Le Goûter à Mont-Roland offre une vision très romantique des lieux. On y observe au premier plan des personnages de la bourgeoisie venus s’offrir sur les ruines du sanctuaire du Mont-Roland, une parenthèse apaisante et propice aux badinages et à la courtisanerie.
Le goûter se tient sous des arbres centenaires (certains sont encore debout). Mais si l’insouciance bourgeoise est symbolisée par la mise en valeur de succulents mets posés par terre, l’arrière-plan évoque une autre réflexion. Besson a choisi de localiser son œuvre devant les vestiges du sanctuaire du Mont-Roland. Un choix loin d’être innocent. Selon différentes études, le mont perché à 313 mètres d’altitude a toujours accueilli les croyances. Dès le IVe siècle, Saint-Martin, évêque de Tour, y aurait élevé une première chapelle à Notre-Dame sur les vestiges d’un temple païen qui accueillait déjà depuis plusieurs siècles des divinités. Quatre siècles plus tard, Roland-le-Preux, neveu de Charlemagne, y fait ériger une seconde chapelle et un monastère. Le Mont-Roland sera associé aux chemins de Compostelle dès le IX e siècle. Mais l’endroit connaîtra aussi destructions et reconstructions.
Un long chemin de croix
Pillée par les Écorcheurs au milieu du XIV e siècle, la chapelle est reconstruite et devient une église grâce aux puissants seigneurs Jean de Vienne et Guy de Pontailler. En 1636, lors du siège de Dole, Louis XIII et son allié suédois, le roi Adolphe, vandalisent l’endroit. À partir de 1649, cinq miracles attestés par le Saint-Siège et attribués à la présence d’une statue byzantine en bois de chêne de la Vierge Marie, renforce sa réputation auprès des pèlerins. À la Révolution, les bâtiments sont vendus et progressivement démantelés, les pierres servant à la construction d’autres édifices. En 1829, le juge de paix du canton de Gendrey, Justin Anatoile Chavelet met un terme à ce saccage et fait reconstruire la conciergerie avant de céder le site aux Jésuites. Ces derniers font construire de 1851 à 1870 l’église par l’architecte Alfred Ducat, qui lui donnera ses traits actuels.
La statue de Roland
Afin de préserver une unité visuelle, notre photographe a « un peu triché » : sur la droite de l’église, on reconnaît la statue de Roland, placée sous une arche (visible également sur la peinture, au pied de la tour), et derrière les arbres, se trouve les bâtiments de l’hôtellerie (aujourd’hui, l’Arche). « Car la statue de Roland a été déplacée de quelques mètres et les lieux légèrement remaniés », confirme Don Xavier Camus, prêtre de la communauté Saint Martin, et recteur du sanctuaire depuis 2023. Ni daté, ni signé, le tableau aurait été peint vers 1858.
Musée des Beaux-Arts de Dole, ouvert tous les jours de 10 à 12 heures et de 14 à 18 heures, sauf les dimanches matin, les lundis et les mardis du 1 er novembre au 31 décembre. Fermé le 1 er mai, le 1 er novembre, et du 25 décembre au 1 er janvier. Entrée libre.