Vous évoquez aussi l’intelligence artificielle comme le prochain grand défi éducatif…

Oui, je pense que l’IA va nous obliger à nous interroger collectivement sur les valeurs que nous voulons préserver. Ce thème doit être encadré au niveau européen et mondial, le plus vite possible. Certains spécialistes estiment qu’on a déjà perdu en partie le contrôle sur la manière dont l’IA « consomme » les contenus des entreprises. Il faudra lui donner un cadre, parce qu’elle peut nous « manger » tout entier. Je veux dire « manger » nos ressources. Il faudra mieux la cadrer encore à l’école. La meilleure manière de la cadrer est certainement de protéger nos jeunes des réseaux le plus longtemps possible. Sans cela, cette charge va encore incomber aux professeurs. Ils sont déjà submergés. Nos professeurs ne peuvent pas être la solution à tout.

Où en est-on dans la réforme des télévisions locales ?

Le projet initial prévoyait de passer de douze à six structures, on s’oriente désormais plutôt vers huit structures faîtières. Cela permettrait de conserver les marques locales tout en renforçant la gouvernance et la couverture territoriale. Un élément essentiel, selon moi, à la démocratie locale. Par ailleurs, la nomination du futur CEO de la RTBF est attendue en novembre : trois noms sont sur la table, et le Parlement formulera ensuite des recommandations pour le contrat de gestion.

Quelles priorités portez-vous pour le futur contrat de gestion de la RTBF ?

Je souhaiterais renforcer sa dimension d’incubateur : que la RTBF ne soit pas un service public isolé et qu’elle travaille davantage en synergie avec les médias de proximité, le secteur privé et les producteurs indépendants – un secteur qui me tient particulièrement à cœur, ayant moi-même construit toute ma carrière comme indépendante.

Vous qui êtes aussi autrice, cette vie créative vous manque-t-elle ?

Elle est incompatible avec mon mandat en tant que tel, mais je ne l’ai pas totalement abandonnée. Cet été, en vacances, j’ai recommencé à travailler sur un nouveau projet d’écriture. Je ne sais pas s’il aboutira, mais il occupe mon esprit, comme un jardin secret nécessaire.

Vous insistez beaucoup sur la notion de temps…

Le temps figurait dans le manifeste des Engagés. J’ai moi-même besoin de beaucoup de temps pour me ressourcer. Prendre le temps, dans la société d’aujourd’hui, cela reste un acte essentiel. Il ne faut pas avoir peur d’oser prendre un peu de temps pour soi et ses proches.

Pour vous, les mots utilisés sont importants…

La simplification du langage, portée par les réseaux sociaux, appauvrit progressivement la pensée collective, parce que les mots façonnent la pensée. Il faut y être vigilant comme parent.