Kim Jong Un promet un soutien « inébranlable » de la Corée du Nord à la Russie, le président biélorusse se rend à PyongyangUn exil

Kim Jong-nam aurait pu être dirigeant de la Corée du Nord, s’il en avait eu l’étoffe. Né en 1971 à Pyongyang du même père que Kim Jong-Un, l’aîné de la fratrie était censé hériter du pouvoir. Il grandit à l’abri des regards mais vit des moments privilégiés avec son père. À l’adolescence, il part étudier à Genève et ne connaît finalement que très peu son demi-frère.

Cependant, en 2001, un événement le contraint à l’exil. Il est arrêté à l’aéroport de Tokyo, en compagnie de deux femmes, un enfant et… un faux passeport. L’homme se fait passer pour un Dominicain et se présente sous le nom de « Pang Xiong ». Quand on l’interroge sur les raisons de ces documents falsifiés, il prétend qu’il voulait simplement emmener ses enfants à Disneyland au Japon en gardant son anonymat. Cette version ne convainc pas, embarrasse le régime nord-coréen et affaiblit sa position d’éventuel successeur de Kim Jong-il.

Kim Jong-NamKim Jong-NamKim Jong-Nam ©AFPKim Jong Un réaffirme son soutien à la « guerre sacrée » de la Russie en UkraineUne humiliation

Après quelques jours de détention, l’homme est libéré, son père est extrêmement mécontent de cette humiliation diplomatique et Kim Jong-nam tombe en disgrâce. Se sentant inadapté au régime nord-coréen, il poursuit sa vie en exil à Macau, voyageant à travers Singapour, la Chine, la Russie et même l’Europe. C’est donc, assez naturellement, que son petit frère Kim Jong-Un est choisi comme guide suprême de la Corée du Nord au moment de la succession, en 2011. À plusieurs reprises, Kim Jong-nam s’exprime sur l’arrivée au pouvoir de son demi-frère dans la presse japonaise : « Je pense que c’est mon père qui l’a souhaité. Je n’ai pas regretté, ça ne m’intéresse pas. Ça m’est égal. Personnellement, je suis opposé à une nouvelle succession dynastique. La dynastie ne fonctionne pas avec le socialisme. »

Cette sortie dans la presse n’est pas appréciée par le leader nord-coréen qui estime que son frère s’exprime de façon un peu trop visible sur le régime de Pyongyang. Kim Jong-nam bénéficie alors de la protection de services étrangers, il a été prouvé qu’il avait des contacts avec la présidente de la Corée du Sud, Park Geun-Hye. On le soupçonne également d’avoir des liens avec la CIA. Tout cela ne plaît pas à Kim Jong Un.

In this photo provided by the North Korean government, its leader Kim Jong Un, back third left, offers his condolences in front of the coffin of Kim Yong Nam at an undisclosed location in North Korea, early Tuesday, Nov. 4, 2025. Independent journalists were not given access to cover the event depicted in this image distributed by the North Korean government. The content of this image is as provided and cannot be independently verified. Korean language watermark on image as provided by source reads: "KCNA" which is the abbreviation for Korean Central News Agency. (Korean Central News Agency/Korea News Service via AP)In this photo provided by the North Korean government, its leader Kim Jong Un, back third left, offers his condolences in front of the coffin of Kim Yong Nam at an undisclosed location in North Korea, early Tuesday, Nov. 4, 2025. Independent journalists were not given access to cover the event depicted in this image distributed by the North Korean government. The content of this image is as provided and cannot be independently verified. Korean language watermark on image as provided by source reads: Kim Jong-Un devant le cercueil de son demi-frère, Kim Jong-namCorée du Nord: Kim Jong Un ouvre un congrès crucial du parti, un « tournant historique »Le procès

Suite à la mort de Kim Jong-nam, l’aéroport international de Kuala Lumpur est nettoyé de fond en comble afin de ne laisser aucune trace du poison VX, qui, inodore et incolore, est extrêmement puissant. Les deux femmes arrêtées sont incarcérées jusqu’à leur procès en 2018. Lors de celui-ci, la Cour de Kuala Lumpur doit trancher : sont-elles de simples boucs émissaires du régime nord-coréen ou de véritables tueuses ? Celles-ci prétendent avoir été dupées. Elles affirment qu’elles étaient persuadées de participer à un jeu dans le cadre d’une caméra cachée diffusée sur internet. Si cette version ne passe pas et qu’elles sont reconnues coupables, les deux jeunes femmes risquent la peine de mort. Quatre Nord-Coréens ont également été filmés par les caméras de surveillance de l’aéroport au moment des faits et sont soupçonnés d’être les cerveaux derrière cette opération. Ceux-ci n’ont cependant jamais été incarcérés et ne participent pas au procès.

Verdict

Si tout dans cette histoire est assez mystérieux, l’une des plus grandes interrogations demeure le verdict du procès. Aucune des deux femmes n’a finalement été condamnée pour le meurtre de Kim Jong-nam, elles ont été libérées par les autorités malaisiennes, deux ans après l’assassinat. Les quatre hommes nord-coréens n’ont pas été jugés. Le parquet n’a jamais donné de raison claire à ces décisions de justice. Si le juge a reconnu qu’il pourrait s’agir d’un assassinat politique, il a estimé que les éléments disponibles pour juger cette décision n’étaient pas suffisants.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un réélu sans surprise à la tête du Parti des travailleurs

Si Kim Jong-Un n’a jamais revendiqué l’assassinat, beaucoup pensent qu’il se cache derrière les faits. La journaliste spécialiste de la Corée du Nord, Juliette Morillot, explique à nos confrères du média Brut : « En Corée du Nord, il y a ce qu’on appelle la culpabilité par association. À partir du moment où une personne dans une famille est soupçonnée de trahison, son entourage et sa famille sont eux aussi coupables ». Quelques semaines après la mort de son père, le fils de Kim Jong-nam a publié une vidéo sur les réseaux sociaux. Il y montre son passeport et affirme qu’il espère que les choses vont « rapidement s’arranger ». Il demeure dans une situation de danger depuis 2017. Il vit aujourd’hui encore de manière anonyme à l’étranger dans la crainte d’un attentat nord-coréen.