Le patron du constructeur automobile allemand Opel s’exprime lors d’un entretien avec l’AFP au siège d’Opel à Rüsselsheim, dans l’ouest de l’Allemagne, le 30 juin 2026. (FLORIAN WIEGAND)
S’ils ne peuvent les battre, autant s’allier à eux : alors qu’il mise sur le constructeur chinois Leapmotor pour accélérer dans l’électrique, Opel s’apprête à supprimer près de 40% des postes de son centre d’ingénierie de Rüsselsheim, symbole du recul de la marque à l’éclair sur ses terres historiques.
Illustration des difficultés de l’automobile en Europe, sa maison-mère Stellantis a annoncé en avril la suppression de 650 postes d’ingénieurs sur les 1.650 employés dans son centre de développement en pleine transformation, dans l’ouest de l’Allemagne.
Rebaptisé « Tech Center », le site doit participer au développement d’un nouveau SUV électrique en partenariat avec le constructeur chinois Leapmotor, dont la production est attendue à partir de 2028.
« L’arrivée des constructeurs chinois en Europe est une réalité », justifie auprès de l’AFP le patron d’Opel, Florian Huettl, rappelant qu’ils ont atteint plus de 10% de parts de marché dans l’Union européenne en juin 2026.
Selon lui, le partenariat permettra de combiner le savoir-faire industriel allemand et l’expertise logicielle de Leapmotor « pour créer le meilleur des deux mondes », tout en recentrant les équipes de Rüsselsheim sur leurs compétences clés (châssis, sièges, éclairage, direction, systèmes d’aide à la conduite…).
– Moins de 7.000 salariés –
Les constructeurs allemands multiplient les mesures d’économies face à la faiblesse du marché européen, aux surcapacités dans l’électrique et à la montée en puissance des fabricants chinois.
Volkswagen, Mercedes-Benz, BMW et Porsche ont tous annoncé des programmes de réduction des coûts.
Chez Opel, les difficultés s’inscrivent dans une longue période.
Fondée en 1862 par Adam Opel, l’entreprise a produit des machines à coudre puis des bicyclettes avant de se lancer en 1899 dans l’automobile sur le site de Rüsselsheim.
Longtemps symbole de la puissance industrielle allemande, la marque dominait le marché ouest-allemand dans les années 1970 grâce à des modèles à succès comme la « Kadett » ou la « Rekord ».
Elle a ensuite progressivement décliné sous le contrôle de l’américain General Motors, qui a longtemps limité son développement international afin d’éviter de concurrencer ses autres filiales, avant son rachat par PSA en 2017 puis son intégration à Stellantis.
Les effectifs de Rüsselsheim sont passés de quelque 42.000 salariés à leur pic à environ 6.800 fin 2025.
Opel n’est aujourd’hui plus le premier employeur des habitants de la commune, cette place revenant désormais à l’aéroport de Francfort, situé à quelques kilomètres, souligne auprès de l’AFP le maire conservateur (CDU) Patrick Burghardt.
Ces nouvelles suppressions de postes ont « naturellement une influence » sur la ville, estime-t-il, disant comprendre l’impératif de compétitivité mais inquiet d’une stratégie qui pourrait finir par « (les rattraper) à long terme ».
Aucun salarié contacté par l’AFP n’a souhaité s’exprimer sur l’avenir du site.
– Diversification économique –
Pour Daniel Bremm, responsable local du syndicat IG Metall, le principal risque est celui d’un déclassement technologique, où le centre d’ingénierie deviendrait une simple « station d’adaptation » de véhicules conçus ailleurs dans le groupe ou en Chine.
« En France et en Italie, on recrute, alors qu’en Allemagne, on ne fait que supprimer » des postes, regrette par ailleurs M. Bremm, qui dit avoir l’impression d’un lobbying plus offensif du côté de Paris ou de Rome auprès de la maison-mère.
Les inquiétudes ont été renforcées par le choix de produire le futur SUV développé avec Leapmotor à Saragosse, en Espagne, plutôt qu’à Rüsselsheim.
Un motif de soulagement est toutefois apparu cet été avec la décision de Stellantis d’attribuer à Rüsselsheim la future génération de l’Opel Astra et de la DS4, garantissant l’activité de l’usine au-delà de 2029.
Cette décision s’inscrit dans un plan d’investissement d’un milliard d’euros en Allemagne d’ici 2030, comprenant notamment la construction d’un nouveau siège à Rüsselsheim, le « grEEn-campus ».
La municipalité cherche parallèlement à accélérer sa diversification économique. Opel s’est engagé à céder 140.000 mètres carrés de terrains industriels que la ville souhaite convertir en pôle technologique consacré à l’hydrogène vert.
« Nous avons deux cœurs qui battent dans notre poitrine », confie le maire Patrick Burghardt.
Les suppressions d’emplois sont un processus « difficile » pour les familles, mais constituent selon lui « une chance unique » pour la ville de « se positionner de manière nettement plus saine » et devenir plus « indépendante des crises ».
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