Des élus centristes lui reprochent un « autoritarisme » et « un manque de leadership ». Off the record, certains se déchaînent. « Il n’y a pas de ligne claire. L’administration ne sait plus à quel saint se vouer », déplore un mandataire. « On n’arrête pas de tourner en rond. L’administration est épuisée. Claire ne sait pas quoi faire : elle ne sait pas décider et court comme une poule sans tête », entend-on dans le rang mayoral.
« La population de Jette se paupérise, et la situation va s’aggraver »: exsangue et privé de subsides fédéraux, le CPAS tire la sonnette d’alarmeDécevante victoire de 2024
Chez les centristes jettois, l’amertume de 2024 reste en travers de la gorge. Pour rappel, Hervé Doyen a transmis le flambeau mayoral à Claire Vandevivere en 2022. « Sans guerre de succession », rappelle-t-on. Le challenger, l’échevin Benoît Gosselin, s’étant lui-même retiré.
Mais lors des élections qui ont suivi, ce fut une décevante victoire pour la Liste de la Bourgmestre. Certes les centristes restent la première formation, mais avec cinq sièges en moins et des scores personnels frustrants. « Forcément, cela crée des rancœurs », conclut un observateur jettois.
À ces déceptions politiques s’ajoute le licenciement de l’ancien chef de cabinet, proche de l’ancien bourgmestre. Geste jugé « autoritaire » et qui revient sans cesse dans les discussions. Jeudi dernier, on apprenait, via Le Soir, qu’un médiateur avait été envoyé par Les Engagés à Jette, ainsi qu’à l’échevinat de Didier Wauters à la Ville de Bruxelles. Une procédure inutile aux yeux de certains, tant les discordes interpersonnelles sont profondes.
À Jette, il est en effet de notoriété publique que les relations entre la bourgmestre et la présidente du CPAS, Nathalie Vandenbrande, sont « glaciales ». « Elles se détestent », entend-on. Parmi les voix les plus critiques de la bourgmestre en interne, on retrouve deux autres poids lourds de la politique jettoise : l’échevin Benoît Gosselin et l’ancien bourgmestre Hervé Doyen. Contactés, tous se refusent à commenter la situation.
La bourgmestre de Jette, Claire Vandevivere, dans la tourmente : les Engagés ont envoyé un « médiateur » dans la commune« Hervé Doyen savait siffler la fin de la récré »
Au balcon, les partenaires de la majorité Engagés-MR-Écolo assistent, médusés, à cette querelle fratricide des centristes. Ni les libéraux ni les écologistes ne remettent de l’huile sur le feu. Mais d’aucuns confirment le dysfonctionnement du collège échevinal, en pointant la bourgmestre.
« Hervé Doyen avait un côté rond. Il savait donner à chacun son espace. Mais par moments, il savait aussi siffler la fin de la récré », pointe un mandataire qui regrette l’indécision de la bourgmestre et l’ancienne mandature. L’exemple le plus cité : l’avenue Broustin. Dans ce chronophage dossier de mobilité, la commune a plusieurs fois changé d’avis. « Claire est une girouette », s’agace un élu. « C’est oui, non, peut-être… On discute, on discute, on discute encore. Ça va toujours dans tous les sens. »
Accord trouvé pour l’avenue Broustin : un permis délivré avec deux accès rouverts côté Jette et Ganshoren« Elle n’a pas la carrure », dénonce un centriste
Deux ans après les élections, on sent que certains centristes attendent désormais le clash, condition nécessaire pour ensuite ouvrir une nouvelle page en vue de 2030. « Si on continue comme ça, on est morts politiquement. La LB, c’est fini », attaque un élu.
À Jette, la concurrence politique s’est corsée. L’ambiance « village » du conseil communal est de l’histoire ancienne. L’opposition, autrefois relativement amorphe, compte désormais trois députés (Fouad Ahidar, Leila Agic, Jan Busselen). « C’est plus politique qu’avant », glisse un observateur.
Au sein de la LB, une voix qui porte en interne espère la démission de la bourgmestre. « C’était une bonne échevine, mais elle n’a pas la carrure ni les compétences pour être bourgmestre. Quand on n’arrive pas à faire quelque chose, il faut pouvoir dire stop. Si elle était restée échevine, tout se serait bien passé. Mais elle a eu l’ivresse du pouvoir. » En revanche, un farouche opposant de la mayeure estime qu’il s’agirait d’un scénario peu souhaitable et d’une mise à mort des humanistes à Jette. « Mais elle doit absolument changer de logiciel. Pour ça, elle doit d’abord accepter l’idée que les choses ne vont pas. Elle doit sortir de ce déni et de sa paranoïa. »
La bourgmestre réagit
Contactée quant aux multiples critiques à son égard, la bourgmestre Claire Vandevivere refuse, par écrit, de mettre de l’huile sur le feu. « Les critiques sont bien entendu subjectives et chacun aura ses propres perceptions. Je trouve inadéquat de parler de personnes dans la presse, par respect. Je dirais simplement qu’en tant que bourgmestre, c’est normal de faire l’objet de critiques. Pour autant, je m’efforce d’allier leadership et management participatif. Et l’on peut toujours s’améliorer », nous indique-t-elle dans la même réponse qu’au Soir.
Quant à la mission de médiation de la part des Engagés : « L’accompagnement se poursuit, de manière positive et constructive. »