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16 août 2026 à 12h42
Le ciel s’assombrit et le tonnerre gronde au loin. Quand l’orage approche, il est un Toulousain qui ne les fuit pas. Au contraire, il les traque. Loïc Tripier, photographe de profession et chasseur d’orages, ne cherche pas à se mettre à l’abri quand vient la foudre. Au contraire, il enfile ses baskets, prend son appareil photo et part à sa rencontre dans les rues de Toulouse, en bord de Garonne ou encore sur les hauteurs du quartier Jolimont. Dans quelques minutes, son objectif immortalisera un instant presque hors du temps, celui des éclairs qui déchirent l’horizon.
Avant que n’arrive la foudre
La foudre est devenue l’un de ses sujets de prédilection. Pourtant, bien avant de traquer les orages, Loïc Tripier photographiait déjà ce qui l’entourait. Enfant, il immortalisait à l’argentique les moments familiaux et les souvenirs de vacances. Des années plus tard, devenu photographe professionnel, il continue de capturer les scènes de vie, les paysages et les phénomènes météo qui attirent son regard. Parmi eux, les orages occupent désormais une place particulière.
Une bonne photo de la foudre ne doit rien au hasard. Avant l’arrivée du phénomène météorologique, le photographe passe du temps à préparer sa sortie pour tenter de se retrouver au bon endroit, au bon moment. Une véritable course contre la météo, qui commence bien avant le premier éclair. Une surveillance accrue des alertes et risques d’orages sur la Haute-Garonne. Puis, au fil des heures, il affine ses prévisions pour déterminer au plus précis, où et quand la cellule orageuse pourrait passer.
« C’est l’idée d’un entonnoir : au fur et à mesure que les heures sont comptées, j’affine au maximum la prévision météo », confirme-t-il.
Quelques minutes de retard peuvent tout changer. L’objectif est aussi d’arriver avant la pluie qui peut masquer l’orage, dégrader la lumière et surtout mettre à rude épreuve le photographe et l’appareil. « Il faut éviter de noyer le matériel », résume le chasseur d’orages.

Loïc Tripier est chasseur d’orages depuis 2012. (©Loïc TRIPIER – Pyrros.fr)Un instant hors du temps
Ce qui pousse ce photographe à immortaliser les orages n’a rien d’une chasse à l’adrénaline. Il y préfère le ressenti d’un instant hors du temps lorsqu’il immortalise un de ces phénomènes aux allures presque irréelles.
Des hauteurs de Pech-David aux bords de la Garonne, Loïc Tripier n’est généralement pas le seul à venir observer ou chasser les orages. Il a ainsi déjà croisé une dizaine de chasseurs à Toulouse. Lorsqu’une cellule arrive, il est souvent l’un des derniers à quitter les lieux, alors même que la pluie commence à tomber.
Mais même lorsqu’il n’est pas seul, une fois face à l’éclair, le reste du monde disparaît. Toute son attention se concentre alors sur la scène qu’il cherche à capturer. Et si son téléphone vibre, c’est qu’une alerte lui signale que la foudre est désormais trop proche. Il est alors temps de quitter les lieux.
« Ce que je ressens à ce moment-là, c’est de l’émerveillement et une reconnexion avec la nature sauvage dans toute sa puissance et sa splendeur », décrit-il.
Une recherche esthétique
Dans l’univers des chasseurs d’orages, Loïc Tripier fait partie de ceux qui recherchent l’intérêt graphique. Il prend donc le temps de réfléchir à la mise en scène de l’orage avant même que la foudre ne tombe. Sa sortie du dimanche 9 août 2026 en est un bon exemple. « Je me suis placé devant la typique carte postale de Toulouse, avec l’hôpital La Grave, en espérant que la foudre rentre dans le cadre », raconte-t-il.
Un éclair n’apparaît que quelques dizaines à quelques centaines de millisecondes. Le photographe est donc muni d’une cellule spécifique qui se déclenche automatiquement lorsqu’elle détecte une variation de lumière produite par l’impact de la foudre.
Un outil dont il assume totalement l’utilisation : « La cellule réagit en 0,02 seconde, alors que l’humain a un temps de réaction de 0,2 s : on est donc dix fois trop lents pour faire ce type de photo. »

Des orages sont prévus ce week-end du 15 août 2026 à Toulouse, Loïc Tripier sera au rendez-vous. (©Loïc TRIPIER – Pyrros.fr) »On se barre et tu devrais faire pareil ! »
Loïc Tripier se souvient encore très bien de la première fois où il s’est retrouvé face à l’orage. Après une journée de forte chaleur en juin 2012, il l’a entendu gronder au loin et s’est décidé à aller à sa rencontre. « J’ai respecté les distances de sécurité. Je me suis mis au pied de l’obélisque et ce soir-là, j’ai fait un joli petit paquet de photos », raconte-t-il.
Depuis, d’autres rencontres ont marqué ses sorties. Pas seulement avec des chasseurs d’orages, mais aussi avec la faune qui l’entoure. Il relate : « Un jour, j’ai rencontré des chevreuils qui couraient à l’arrivée de l’orage. C’est comme s’ils me disaient : ‘Nous, on se barre et tu devrais faire pareil !’ »
Des orages très instables
Pour lui, le plus gros investissement, c’est le temps passé sur terrain, comme il explique à Actu Toulouse : « La météo demande beaucoup de patience et les orages sont toujours très instables : ça peut aller très vite comme très lentement. » Il poursuit : « Parfois tu arrives deux heures avant la première cellule, alors qu’une autre fois, tu n’as même pas le temps d’enfiler tes chaussures que l’orage est déjà sur toi. »
Le photographe privilégie la Ville rose et limite autant que possible les kilomètres parcourus pour traquer les orages. Une démarche qui l’amène aussi à s’interroger sur l’impact d’une quête photographique : « Est-ce que c’est pertinent de parcourir des kilomètres à ne plus savoir quoi en faire, pour aller faire quelques photos ? »
Une activité dangereuse ?
Au cours de l’échange, le parallèle est aussi fait avec les chasseurs d’orages et de tornades américains. Outre-Atlantique, certains cherchent à réduire au maximum la distance avec l’impact de foudre, quitte à prendre davantage de risques.
Une idée qui ne traverse pas l’esprit du photographe professionnel : « Avec les chasseurs d’orages que j’ai rencontrés ici, nous n’avons pas de recherches scientifiques à faire, ni comme mission de nous mettre en danger pour pas grand-chose. »
Au contraire, « l’objectif, c’est que la foudre tombe le plus loin possible de moi. Comme un oignon, j’ai différentes couches de sécurité. Si à un moment je suis en danger, c’est que toutes les couches ont été enlevées et que j’ai fait une grosse erreur. »

Portrait de Loïc Tripier, chasseur d’orages. (© Loïc TRIPIER – Pyrros.fr)
Il compare la photographie à un puzzle, dans lequel chaque réglage est une pièce, la dernière étant celle offerte par la nature. « Beaucoup pensent que faire des photos c’est facile, alors que se retrouver sous l’orage, en faisant un puzzle en même temps, ça complique les choses », prévient-il, toujours posté à une dizaine de kilomètres de la foudre.
Il préconise d’ailleurs aux plus curieux de se renseigner avant, de bien se préparer et de « bien construire son système de protection, sans chercher à se mettre en danger inutilement ».
Loïc Tripier est déjà prêt pour les orages attendus à Toulouse pour ce week-end du 15 août 2026. À la veille du week-end, s’il n’a pas encore choisi son spot, son sac est déjà prêt, ses batteries sont chargées et ses cartes mémoires vidées.
Il pourra peut-être observer des éclairs « spaghettis », ces fils blancs qui tombent du ciel ; des ramifiés, ceux qui ressemblent à des racines d’arbres. Ou bien, pourra-t-il même observer des éclairs « spider » qui ressemblent à des toiles d’araignée « dont la structure semble ramper sur les nuages. »
Plus d’informations sur le site Internet du photographe Loïc Tripier.
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