Roger Edgar Gillet (1924-2004) est dans les années 1950 un peintre à la mode, qui vend ses toiles, rapporte Claire Lignereux, commissaire d’exposition. Il est représenté par la même galerie que Pierre Soulages, expose avec Georges Mathieu. Mais dans les années 1980, alors que la tendance est au minimalisme, à la vidéo, à l’art conceptuel, cet artiste resté fidèle à la peinture est vu comme dépassé. Il perd le soutien de critiques et galeries et va tomber dans l’oubli.

Les Fusillés, de Roger Edgar Gillet, musée Estrine. | FABRICE LEPELTIER
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Les Fusillés, de Roger Edgar Gillet, musée Estrine. | FABRICE LEPELTIER

Paysages urbains fantasmagoriques, portraits terrifiants ou grotesques, satires sociales… Profitant du renouveau de la peinture, le musée des Beaux-arts de Rennes lui consacre une exposition rétrospective à travers 90 toiles. Né à Paris, Roger Edgar Gillet s’est formé à l’école Boulle en gravure sur médaille ce qui lui donnera le goût du travail bien fait »,avant de se consacrer à la peinture.

Et si au cours de sa carrière il effectue des allers-retours entre abstraction et figuration, il gardera jusqu’au bout ce goût pour la pâte picturale épaisse, granuleuse qu’il travaille au couteau, une gamme de couleur réduite qu’il met au service d’une peinture sombre, ironique, tragicomique. C’est un artiste d’une grande maitrise technique, qui pose un regard désenchanté sur la société.

Claire Lignereux, commissaire de l’exposition Roger Edgar Gillet au musée des Beaux-Arts de Rennes, devant la toile dont la famille a fait don au musée. | OUEST-FRANCE
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Claire Lignereux, commissaire de l’exposition Roger Edgar Gillet au musée des Beaux-Arts de Rennes, devant la toile dont la famille a fait don au musée. | OUEST-FRANCE

Roger Edgar Gillet adore fréquenter les musées et se confronter à travers ses œuvres à l’histoire de l’art, à la Renaissance italienne comme avec « La Cène », tableau conservé à New York qui n’a pas été montré en Europe depuis 1987, ou aux nus féminins, un idéal esthétique qu’il transforme en peignant des corps malmenés, avec la férocité qui le caractérise.

Le peintre finira sa vie à Saint-Suliac (Ille-et-Vilaine) où il est longtemps venu en vacances avant de s’y installer en 1990. Il aime peindre la Bretagne dans la tempête. L’un de ces tableaux, où l’on reconnaît les brise-lames de la plage de Saint-Malo, donné par la famille, va rejoindre les collections du musée rennais qui possède déjà trois tableaux de cet artiste fascinant.

Au musée des Beaux-Arts de Rennes, Exporama, jusqu’au 20 septembre 2026.