À 82 ans, bientôt 83, Serge Sire affirme avec modestie : « Je me sens beaucoup moins artiste que technicien. » Cet ancien enseignant de formation technique explore pourtant la peinture, la bande dessinée, la poésie et, depuis peu, la sculpture. Son monde singulier est aujourd’hui à découvrir au 12, à Saverdun.

Son goût pour la création est né très tôt, dans un environnement familial où l’art était absent. « Sur les murs, il n’y avait que le calendrier des PTT », se souvient-il. En découvrant chez des camarades des toiles représentant une biche ou un coucher de soleil, il s’est demandé : « Pourquoi pas moi ? » Il achète de la peinture et des pinceaux. Les débuts sont maladroits, reconnaît-il, mais il persévère jusqu’à couvrir, selon son expression, « des kilomètres carrés ».

Pour ses tableaux, l’artiste-peintre reste fidèle à l’huile, qui lui permet de travailler les nuances et les dégradés. Il réserve l’acrylique au neuvième art, mieux adapté aux aplats. Son imagination s’exprime aussi dans des dessins humoristiques et des poèmes en espéranto. Il contribue à plusieurs revues dans cette langue, encore trop méconnue à son goût.

Son univers surréaliste est né en partie sur les côtes bretonnes. Incapable de rester sans rien faire sur une plage, il s’allongeait dans les rochers et observait les nuages. Dans leurs formes changeantes apparaissaient monstres, animaux et personnages. Il a ensuite transposé ce jeu sur le papier, avec des taches d’encre qu’il transformait selon ce qu’elles lui inspiraient.

La sculpture est venue récemment. Le créateur récupère des racines, du bois, des coquillages ou du métal. Chaque élément lui évoque une silhouette ou une histoire. Il le taille pour en accentuer la forme, puis l’assemble à d’autres objets. Rien n’est véritablement planifié : l’œuvre prend forme au gré des rencontres entre les matières. Tronçonneuse, outils à bois et matériel destiné au travail des métaux deviennent alors les instruments de sa créativité.

Ses créations en trois dimensions, comme « Gare au gourou », mêlent personnages, éléments détournés et humour. Sous leur apparente fantaisie se révèle une construction minutieuse. Chez l’octogénaire, la précision du technicien et la liberté du rêveur ne s’opposent jamais : elles travaillent ensemble.