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Depuis plus d’un an, un institut de recherche biomédicale teste un modèle révolutionnaire traitant l’ADN exactement comme ChatGPT traite le langage humain. Ce modèle est donc capable de prédire le nucléotide suivant dans une séquence d’ADN et donc, d’inventer de nouveaux virus qui n’existe pas naturellement. Quel sont les objectifs de cette innovation sur le plan médical ?
9 000 milliards de nucléotides
L’Arc Institute est un institut de recherche biomédicale à but non lucratif fondé à Palo Alto (Californie) en 2021. Son objectif principal est d’accélérer les découvertes médicales en combinant la biologie de pointe et l’intelligence artificielle. L’un de ses projets phares n’est autre que le modèle Evo, mis au point en collaboration avec Nvidia. Il s’agit d’un modèle de fondation biologique révolutionnaire que l’on surnomme le « ChatGPT de l’ADN ».
En début 2024, sort la première version d’Evo et celle-ci s’est montrée capable de concevoir de petits systèmes biologiques, notamment de nouveaux outils d’édition génétique CRISPR. Depuis février 2025, les chercheurs testent une version massivement améliorée. Celle-ci a intégré l’analyse des 9 000 milliards de nucléotides et élargi ses connaissances aux humains, aux plantes et aux animaux. Le 6 aout 2026, l’Arc Institute publie une étude dans la revue Science, relatant la création par Evo de plusieurs virus viables inédits.
16 virus entièrement pensés par l’IA
Comme l’évoque son surnom, le fonctionnement d’Evo rappelle celui des agents conversationnels générant du texte à partir de l’analyse de milliards de données sur Internet. Le modèle Evo est quant à lui capable d’identifier les nucléotides composant l’ADN, ainsi que les schémas communs à l’ensemble du vivant. Les scientifiques de l’Arc Institute lui ont alors demandé de mettre au point de nouvelles « recettes ».
L’expérience récemment publiée consistait à modifier le génome du virus naturel Phi X-174. Il s’agit d’un virus bactériophage, capable de détruire la bactérie Escherichia coli tout en restant inoffensif pour l’humain. Le modèle Evo a généré des centaines de milliers de variantes de ce virus, avant que certaines séquences soient sélectionnées par les chercheurs pour être récréés physiquement en laboratoire. Au final, pas moins de 16 virus entièrement imaginés par l’IA ont vu le jour et ont détruit les bactéries avec succès. Certains ont même éliminé des bactéries devenues résistantes au virus d’origine.
Crédit : Hie et al., Science., 2026
La nécessité de sécuriser cette technologie
A terme, cette IA pourrait jouer le rôle d’outil de bio-ingénierie ultra-précis dans le cadre de plusieurs applications. Il pourrait notamment s’agir de vaincre les superbactéries, de révolutionner la thérapie génique ou encore, de réinventer la chirurgie de l’ADN. En revanche, l’heure est à la sécurisation de la technologie, dans la mesure où le modèle Evo a été placé en open-source afin de stimuler la recherche mondiale. Ainsi, les scientifiques et les gouvernements mettent actuellement en place une sécurité multicouche pour empêcher la création d’armes biologiques.
Pour éviter les dérives dès la phase d’apprentissage, les créateurs ont volontairement exclu les génomes des virus dangereux pour l’homme de la base de données d’entraînement afin qu’Evo ne puisse pas apprendre à concevoir des maladies mortelles. De plus, les manipulations ont été faites dans des milieux hermétiques et sécurisés. Par la suite, il sera également question de mieux contrôler les commandes de brins d’ADN après d’entreprises spécialisées, ce qui permettra de bloquer celles présentant des risques bactériologiques.
Enfin, les experts recommandent de restreindre l’utilisation des versions d’IA biologique les plus puissantes. Ainsi, seuls les laboratoires officiels, certifiés et surveillés par les Etats-Unis pourront les utiliser, notamment le Johns Hopkins Center for Health Security à Baltimore.