Après 24 ans d’existence, la galeriste Marie-Caroline Allaire-Matte a fermé les portes de son espace associatif du Plan du Palais. Retour sur l’aventure d’un laboratoire d’art contemporain engagé, libre et profondément humain.

« Je quitte le lieu, mais je ne quitte pas les artistes. » Après 24 ans d’existence, la galerie AL/MA, gérée par Marie-Caroline Allaire-Matte, a fermé ses portes fin juin dernier. Pour l’occasion, le dernier accrochage a mis en avant une soixantaine d’artistes qu’elle a côtoyés et soutenus. Une fête collective pour dire merci aux créateurs et célébrer 24 ans de passion libre et joyeuse. « On a souhaité faire cette dernière exposition de manière très conviviale pour rassembler tous les artistes […] et en faire un dernier rendez-vous qui soit plus une fête, confie Marie-Caroline. Ne surtout pas être dans le désenchantement et considérer que, jusque-là, j’ai eu beaucoup de chance. »

Un laboratoire de création au service exclusif des artistes

Si cette ex-fonctionnaire territoriale pour la Ville de Paris, arrivée à Montpellier au début des années 2000, tire le rideau, c’est autant pour s’aligner sur un calendrier familial et évacuer de la charge mentale que pour se recentrer sur le commissariat d’exposition, qui lui laissera plus de temps. Fonctionnant sur un modèle associatif et engagé – pour ne pas dire sans salaire –, Marie-Caroline Allaire-Matte a pensé AL/MA non comme un commerce, mais comme un pur laboratoire de création au service exclusif des artistes. La galerie a eu plusieurs adresses : d’abord rue de la Valfère (2002-2007), puis rue Aristide-Olivier les dix années suivantes, avec un espace de 150 m² partagé avec les Éditions Méridiennes, et enfin un lieu plus intime au 5 rue du Plan du Palais. Une histoire indissociable de l’aide qu’elle a reçue des pouvoirs publics, et notamment de la Ville de Montpellier.

Plus de 200 expositions en deux décennies

Au fil de ces deux décennies, ce sont plus de 200 expositions qu’elle a organisées avec des artistes récurrents comme Miles Hall, Suzy Lelièvre, Nicolas de Bannes ou encore l’étonnante Mona Young-Eun Kim. Au rythme de 6 à 7 expositions par an, AL/MA aura défendu une ligne exigeante, oscillant entre la non-figuration, l’art conceptuel et la jeune création.

L’art au cœur d’une vie, la suite hors les murs

Marie-Caroline Allaire-Matte a toujours côtoyé l’univers artistique. Entrée aux Beaux-Arts de Paris à seulement 18 ans (« la plus jeune de sa promo »), elle a ensuite suivi des études d’histoire de l’art. Elle en a tiré un constat fondateur : « J’ai adoré ce que j’ai fait, mais je ne suis pas artiste. » Pendant un long moment, elle a mené de front sa carrière de fonctionnaire territoriale et le développement de sa galerie à Montpellier. Elle est intarissable sur les artistes. Quand on l’écoute en parler, on sent autant un attachement qu’une grande sensibilité et une érudition qui parviennent à vous faire aimer n’importe quelle œuvre. « Tout ce qui a été fait a été fait d’abord très librement, et avec beaucoup de plaisir à venir travailler avec les artistes », confie Marie-Caroline, sans aucune amertume sur la galerie qu’elle vient de fermer. La suite s’écrira hors les murs, à travers de nouveaux projets de commissariat déjà en préparation pour la rentrée.