Nouvelle enseigne, halle couverte : que peut devenir l’ancien C&A, dont le bâtiment est à vendre ?
Une nouvelle enseigne à la place du C&A, ou bien plusieurs au sein d’une « halle couverte » ? – David Claes

Par Cedric Lobelle
Publié le 17/08/2026 à 19:17
L’ancien C&A dispose d’un atout rare en plein centre-ville : sa taille. L’immeuble comprend un rez-de-chaussée commercial, deux étages et un quai de déchargement. « C’était vraiment un outil superbe pour une enseigne comme C&A. C’était un très, très beau bâtiment », estime Pauline Trémerie (MR), échevine du Commerce.
Le bâtiment appartient au fonds d’investissement Cibus, avec lequel elle assure être régulièrement en contact. « Leur première porte sur la vente du bien, idéalement à un acquéreur susceptible de porter un projet de redéveloppement durable. »
Le bâtiment pourrait également être divisé si un futur acquéreur le souhaite et obtient les autorisations nécessaires.
Primark ? « Rien d’officiel ou de concret »
Et pourquoi pas une nouvelle locomotive ? Le nom de Primark a circulé sur les réseaux sociaux. « Une rumeur », répond l’échevine. « Je l’ai vue aussi sur les réseaux. Il n’y a rien d’officiel, rien de concret, ni d’assuré par rapport à ça. »
L’hypothèse en soi n’est pourtant pas rejetée par Christophe Morais. Sans prétendre que Primark serait intéressé, le permanent du SETCa y voit l’exemple d’une enseigne locomotive. « Quoi que l’on pense de ses produits, elle serait susceptible d’amener du monde et de créer un flux pouvant ensuite bénéficier à d’autres enseignes, notamment plus qualitatives. Mais ce n’est pas à nous à dire si Primark peut ou ne peut pas s’installer. »
Ironie du débat : Jean-Luc Calonger cite précisément les enseignes « style Primark » parmi celles qui ont fragilisé C&A et son positionnement de milieu de gamme.
Une halle couverte ?
Christophe Morais invite aussi à réfléchir autrement qu’en termes de grandes chaînes. Il évoque notamment une halle couverte, inspirée de ce qui existe dans le sud de l’Europe, notamment en Espagne ou au Portugal.
« Boucherie, boulangerie, fruits et légumes et autres commerces pourraient s’y côtoyer. Avec le changement climatique, un espace couvert pourrait fonctionner toute l’année et surtout générer un flux régulier de clientèle », estime-t-il.
Jean-Luc Calonger refuse, lui, de désigner sur papier le commerce idéal. « Il ne faut pas dire : ‘’Tiens, je voudrais tel type de magasin parce que ça va attirer des gens.’’» La démarche devrait être inverse : « déterminer quel est le potentiel de la zone » et qui pourrait réellement « vouloir s’implanter là ».
La Ville n’a de toute façon pas les mains libres puisque le bâtiment est privé. « On n’a pas vraiment de pouvoir sur la destination finale du lieu », reconnaît Pauline Trémerie. « L’espoir de la Ville, c’est effectivement qu’une enseigne puisse reprendre ce bâtiment. On n’est pas en mesure de faire la fine bouche sur tel ou tel nom. »
« Les locomotives, c’est de la poudre aux yeux » : le plaidoyer d’Alexandre Bertrand pour des petits commerces indépendants

Par Cedric Lobelle
Publié le 17/08/2026 à 19:26
Alexandre Bertrand, consultant BEL21 – D.R.
Remplacer C&A par une autre grande enseigne ? Alexandre Bertrand, formateur et accompagnateur de projets entrepreneuriaux chez BEL21, se méfie de cette solution.
« Je pense que les locomotives en centre-ville, c’est de la poudre aux yeux. » Cet habitant de la région du Centre, qui se présente comme « expert en entrepreneuriat à impact et relocalisation de l’économie » assume un regard différent sur l’avenir commercial de La Louvière. Son modèle repose davantage sur « le cumul de petites initiatives entrepreneuriales », indépendantes et à visage humain.
Le risque : des « centres-villes clones »
Car multiplier les grandes enseignes présente selon lui un risque : celui de fabriquer des « centres-villes clones », où le consommateur retrouve les mêmes magasins d’une ville à l’autre. À l’inverse, les commerces indépendants participeraient davantage à l’identité et à la diversité d’une ville.
Il conteste aussi l’argument de l’emploi souvent associé aux grandes implantations. « À chiffre d’affaires identique, plusieurs petites structures génèrent proportionnellement davantage d’emplois, tandis que leurs chaînes d’approvisionnement sont souvent plus locales. »
Un « appel d’air entrepreneurial »
La fermeture d’une grande enseigne peut-elle alors devenir une opportunité ? Avec une précaution essentielle : « C’est tragique pour les familles concernées », insiste Bertrand. « Mais certains petits entrepreneurs, notamment dans le textile ou l’alimentation locale et biologique, hésitent à s’installer à proximité de grandes chaînes face auxquelles ils peuvent difficilement s’aligner sur les prix. Leur disparition peut donc, à moyen terme, créer un appel d’air entrepreneurial ».
Pas question pour autant de laisser simplement faire le marché. « Il faut réunir autour de tables rondes la Ville, les structures d’accompagnement, entrepreneurs, artisans, artistes, producteurs, transformateurs, syndicats ou encore acteurs de l’économie sociale. »
De la mode durable à l’économie circulaire
Et les idées ne manquent pas. Alexandre Bertrand imagine, en centre-ville notamment, un pôle consacré à la mode durable. Il dit avoir observé dans la région louviéroise l’émergence d’une communauté d’indépendants actifs dans la « slow fashion », le textile éthique, le réemploi créatif ou la création de vêtements plus durables.
Il évoque également les circuits alimentaires locaux, l’économie circulaire et l’économie sociale, susceptibles de générer des emplois locaux et non délocalisables. « Autant de pistes qui demanderaient davantage de patience que l’arrivée d’une grande enseigne. Mais l’objectif devrait justement être de tendre vers un plus haut potentiel culturel lié à l’entrepreneuriat, qu’il soit individuel, collectif ou associatif. »