« Le fait que le moment de grâce soit passé ne signifie pas qu’un artiste ne pourra plus jamais produire une œuvre importante, devise-t-il. Cela ne signifie pas qu’il ne pourra plus faire des choses intéressantes ni que ce qu’il a à dire perdra son intérêt. Simplement, il y a pour chacun un moment très particulier, extrêmement précieux. »

Ce moment de grâce, il l’a connu lors de son passage à la tête de la maison Vuitton. À l’époque de sa nomination, plusieurs maisons européennes respectables font le choix de mettre leur destinée entre les mains de créateurs américains : Michael Kors est alors chez Celine et Narciso Rodriguez chez Loewe. Marc Jacobs tiendra plus longtemps que ses compatriotes.

Lorsqu’il quitte le malletier en 2013, il fait un pari immense sur sa propre marque : et si Marc Jacobs pouvait devenir une marque aussi importante que Louis Vuitton ? « On pensait qu’il deviendrait le nouveau Ralph, le nouveau Calvin, glisse Vanessa Friedman, directrice de la mode au New York Times. Il représentait le grand espoir de la mode américaine. » Mais le sort en décidera autrement.

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VISIONNAIRE Marc Jacobs, ici en 2009, assure qu’un défilé ne rapporte pas d’argent. Le but est de produire un spectacle « qui plaira, stimulera et inspirera les gens qui travaillent avec Marc Jacobs, les journalistes et les professionnels de la mode. C’est fait pour donner de l’énergie. »

Randy Brooke/WireImage/Getty Images

Pour l’industrie du luxe, confier une maison prestigieuse est la récompense ultime du talent. Pourtant, les créateurs ainsi couronnés se retrouvent parfois dans une prison dorée, et n’ont plus l’énergie de se consacrer à ce qui leur avait permis de percer : leur propre marque. Ainsi, tout comme Alexander McQueen ou John Galliano, également employés par LVMH tout en conservant la direction de leur propre label, Jacobs s’est retrouvé pris dans ce champ de forces contraires.

Sa ligne plus accessible, Marc by Marc Jacobs, qui rencontre un immense succès et attire un public fidèle, illustre ces difficultés. « Lorsque Marc by Marc existait, on y retrouvait tout ce que les gens associaient à l’esprit Marc Jacobs », juge-t-il. Mais avec le temps, la ligne est devenue autre chose. Selon lui, les responsables merchandising des grands magasins ont progressivement pris le dessus et trahi l’esprit d’origine de la marque. Marc by Marc Jacobs est finalement intégrée à la ligne principale en 2015. « C’était une fin assez triste, reconnaît-il. Depuis, nous avons continué à proposer des sacs et des vêtements à des prix plus accessibles, mais nous avons constamment eu du mal à trouver la bonne formule. » Cette même année, son associé de longue date Robert Duffy quitte ses fonctions au sein de l’entreprise. Aujourd’hui, il n’y joue plus aucun rôle. Morris Goldfarb, lui, me confie qu’il souhaite relancer Marc by Marc Jacobs. « Nous considérons cela comme essentiel », affirme-t-il, avant de se raviser : « Je crois que je suis en train de vous en révéler davantage que ce que savent encore certaines personnes de ma propre équipe. Je vous parle de choses qui ne sont pas encore gravées dans le marbre. »