RÉCIT – Couronnée par le prix du public en septembre, la Lyonnaise se produit vendredi à Châtelet. Une première grande scène en solo pour une artiste qui se bat contre les algorithmes qui font et défont les carrières.

Elle rêve de ce moment depuis ses cinq ans. Depuis le jour où son grand-père lui a offert son premier piano. Vendredi soir, Maïté Merlin, 33 ans, troquera les touches de son clavier d’enfance pour les cordes de sa guitare. Environ 400 spectateurs sont attendus aux alentours de 20 heures dans la salle La Place, au cœur du quartier du Châtelet. Ils chanteront, voire danseront, sur les airs de Bordel t’es où et Murmure-toi. La plupart ne connaissent pas cette artiste, même s’ils ont pu la croiser dans les sous-sols de la capitale. À la station République notamment, où la passionnée de rock et de chanson française joue sa musique depuis maintenant deux ans. Il y a cinq mois, au Café de la danse, elle a reçu le prix du public du Tremplin du métro de la RATP, un dispositif lancé en 1997 par le réseau de transports francilien.

Maïté Merlin a été distinguée parmi 300 artistes. Sur scène, le 30 septembre, la Lyonnaise a conquis des dizaines de spectateurs avec une version revisitée d’Amsterdam de Jacques Brel. « Dans l’métro de Paname, il y a des humains qui s’aiment », scandait-elle devant un collège électoral charmé, au sein duquel se trouvaient la chanteuse et journaliste Kareen Guiock Thuram, le directeur des castings de « The Voice » Bruno Berberes, des représentants de la RATP, de la Sacem, et d’autres professionnels de la musique. Ce n’est pas la première fois que la chanteuse passe cette audition. Pour pouvoir se produire dans les souterrains de la capitale, les artistes doivent obtenir une accréditation de la RATP. Maïté l’a décrochée à deux reprises.


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Maïté Merlin – Le virtuel c’est mortel  (2025)

Premières de Johnny Hallyday et Florent Pagny

Elle est loin, pour elle, l’époque de ses débuts. L’époque où elle étudiait les langues étrangères appliquées, avant de se rendre compte que ça ne l’intéressait pas. Autodidacte biberonnée aux sons de Green Day, Piaf, Goldman et Cabrel, la chanteuse se souvient de ses premières scènes. Elle a assuré – et ce n’est pas rien – les premières parties de Johnny Hallyday et Florent Pagny dans le stade de Louhans, sa ville natale, en 2015. « C’était devant 12 000 personnes, raconte-t-elle. Je ne faisais que des reprises et je n’avais aucune composition personnelle à jouer. Je suis allé jusqu’à Liverpool et j’ai recruté des musiciens au Cavern Club, le pub mythique des Beatles. » Comme beaucoup de ses confrères et consœurs, Maïté a décidé de s’évader de la province pour décrocher des opportunités à Paris. « C’est là-bas que tu rencontres des gens », constate-t-elle après deux années de vie dans la capitale.

Johnny, un biopic maudit en quête d’un nouveau héros

La jeune femme vit le quotidien classique d’une intermittente du spectacle. Les matins, elle s’occupe de tout l’aspect administratif : mails, appels, communication, recherche d’événements… L’après-midi, entre deux promenades avec son chien, elle joue sa musique, répète ses concerts et tourne des vidéos pour les réseaux sociaux. « Je dois faire 43 concerts à l’année pour garder mon statut, donc je me produis dans des bars, mais aussi chez des particuliers pour des anniversaires et des mariages », confie Maïté. Depuis son prix fin septembre, la chanteuse s’est principalement concentrée sur l’enregistrement de son nouvel EP, une compilation de chansons. L’objectif ? « Faire découvrir mes nouvelles musiques lors du concert de vendredi », espère-t-elle.

Écouter mes chansons revient à discuter avec moi toute une soirée

Maïté Merlin au Figaro

Elle est retournée à Lyon, en novembre, pour enregistrer plusieurs morceaux aux côtés de ses musiciens Julien Mailland, à la basse, et Nicolas Ammollo, à la batterie. Ils forment un trio inséparable. Maïté les accompagne à la guitare. Sa fidèle acolyte. La bande a déjà publié deux extraits : Le virtuel c’est mortel et À ma place. Comme tout le reste de sa discographie, Maïté y évoque des thèmes qui lui tiennent à cœur. « Ça peut être un trop-plein d’émotions qui doit être extériorisé, confie-t-elle. Le plus souvent, c’est quand je vis quelque chose de douloureux, sur lequel j’ai besoin de mettre des mots pour guérir. Ça va donc des histoires d’amour, positives comme négatives, à des thèmes plus traditionnels comme la liberté ou l’espoir. Écouter mes chansons revient à discuter avec moi toute une soirée. » 

En novembre, Maïté Merlin est retourné à Lyon pour enregistrer en studio les chansons de son prochain EP.
Maïté Merlin

« Le métro, c’est un peu comme les réseaux sociaux »

Fidèle à ses habitudes, Maïté est retournée jouer avec son ampli et sa guitare dans les couloirs du métro parisien tout au long de ces cinq derniers mois. Pour attirer davantage de monde à son concert vendredi soir, elle a installé une grande pancarte invitant les passants à s’y rendre. « Le métro, c’est un peu comme les réseaux sociaux, remarque l’artiste lyonnaise. C’est le même principe que le “scroll”. Les gens passent et s’ils aiment, ils restent. Il faut les accrocher, leur donner envie de rester. » Les lieux les plus stratégiques sont les stations de Bastille, République, Châtelet et Gare de Lyon, là où il y a le plus de trafic. « Ce sont aussi des emplacements où on peut entendre la musique de loin, donc ça nous donne plus de temps pour convaincre », remarque Maïté. Avant d’ajouter : « Des gens me disent qu’ils sont heureux d’avoir loupé leur train et de m’avoir découvert. » 

Mohamed Lamouri, du métro parisien aux salles de concert


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En parallèle de ses mini-concerts en tant que « Musicienne du métro », la jeune femme se produit sur scène régulièrement. Le 15 décembre, elle a joué au Solo, à Paris, devant une quarantaine de personnes. Un premier échauffement pour le concert de vendredi. Jeudi soir, elle a ajusté les derniers réglages dans le Jura, lors d’un concert à la salle Entre Deux. La chanteuse remarque un certain engouement depuis son prix du jury. « La RATP accompagne les gagnants dans les mois qui suivent le concours, note Maïté. On échange beaucoup et l’ambiance est cool. Elle nous offre aussi de la visibilité sur leur site et nous aide à organiser le concert. »

Maïté Merlin joue dans la salle La Place vendredi soir devant 400 personnes.
Maïté Merlin

Sur les pas de Zaz et Claudio Capeo

Maïté a du mal à identifier si les nouvelles personnes qui la suivent aujourd’hui l’ont découvert par le biais du Tremplin du métro ou par la dure loi de l’algorithme des réseaux sociaux. Aujourd’hui, son projet musical touche beaucoup plus de monde. Principalement des gens de son âge qui partagent ses sentiments ou des amateurs de chanson française. « Participer à cette aventure était la meilleure des décisions, car j’ai reçu beaucoup de soutien et j’ai pu continuer à faire ce que j’aime, de la musique en live », se réjouit Maïté. Après le concert de vendredi, la chanteuse espère décrocher des opportunités et vivre pleinement de sa musique. Elle le sait bien, le succès est « comme un château de sable » : « Demain, il peut passer un coup de vent et il n’y a plus rien, donc je ne fais aucun plan sur la comète. »

Peut-être suivra-t-elle les pas de ZazBen Harper et Claudio Capeo, tous les trois passés par le tremplin du métro. Peu importe la suite, Maïté et sa guitare comptent continuer d’« échanger avec le public ». « L’avantage avec l’expérience du métro, c’est qu’on a été habitué à jouer devant personne, devant un public parfois intéressé, donc peu importe le retour on se donnera toujours à 200 % », conclut la chanteuse. Et quand on a vibré toute son enfance au rythme du rock’n’roll, cette flamme est éternelle.