Et pour cause : le virus, qui touche essentiellement des personnes non vaccinées, poursuit inexorablement sa propagation. Au point d’atteindre des niveaux records. Au 6 août, 2 465 cas avaient été recensés depuis le début d’année, selon les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), agence chargée de la surveillance et de la lutte contre les virus. Le nombre de cas dépasse désormais le total enregistré en 2025 et constitue le niveau le plus élevé observé depuis 35 ans. Avec la rentrée scolaire qui approche, il pourrait continuer de grimper.
Un juge suspend la refonte de la politique vaccinale américaine imaginée par Robert Kennedy« Une véritable catastrophe »
« Pour les professionnels de santé qui œuvrent à la protection des populations, la perte du statut d’élimination serait une véritable catastrophe qui contribuerait à leur épuisement général », estime Melissa Nolan, professeure associée d’épidémiologie et directrice de l’Institut de recherche translationnelle sur les maladies infectieuses de l’Université de Caroline du Sud (USC).
L’experte est aux premières loges de ce retour de la rougeole. Avec plus de 600 cas dénombrés au 6 août, la Caroline du Sud est l’État le plus touché. La crise est partie du comté de Spartanburg, un territoire qui compte historiquement des communautés religieuses isolées, où la majorité des écoles affichent des taux de vaccination contre la rougeole inférieurs au seuil de 95 % généralement considéré comme nécessaire pour prévenir les épidémies.
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Le cas de ce comté est loin d’être isolé. Ces dernières années, le taux de vaccination pédiatrique dans l’ensemble du pays est tombé sous ce plancher d’immunité collective, atteignant 92,4 % en 2025-2026. Au cours de cette période, la proportion de parents ayant invoqué une raison non médicale – religieuse, philosophique ou autre – pour bénéficier d’une exemption vaccinale, droit offert par presque tous les États américains, a atteint son plus haut niveau : 4,6 % des enfants en maternelle sont concernés, d’après des statistiques publiées lundi par les CDC – contre 3,6 % l’an dernier et 2,2 % en 2020-2021.
L’ombre de RFK
Ces évolutions ont été accélérées par la pandémie de Covid-19 et la montée en puissance, dans l’espace public, de personnalités vaccino-sceptiques, comme l’actuel ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr.
Celui-ci a été critiqué pour sa gestion de l’épidémie de rougeole. Tout en encourageant les Américains à se faire vacciner, il a mis en doute l’efficacité de cette protection et recommandé des traitements dont l’intérêt est contesté par des professionnels de santé, comme la vitamine A ou l’huile de foie de morue. « Je n’ai rien à voir avec cette épidémie », s’est défendu le ministre lors d’une audition parlementaire tendue en avril, soulignant que le Mexique et le Canada avaient enregistré davantage de cas.
En août, l’administration Trump a proposé de dissocier le vaccin ROR, qui protège contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, en trois injections distinctes, tout en suggérant à tort un lien entre le sérum et l’augmentation des taux d’autisme. « Cela rendra la vaccination plus contraignante pour les parents et les enfants, puisqu’elle nécessitera plusieurs injections au lieu d’une seule », regrette pour sa part Melissa Nolan.
Une perspective d’autant plus inquiétante que la rougeole, en particulier, provoque une « amnésie immunitaire » qui peut durer jusqu’à dix ans après la guérison, affaiblissant considérablement les protections naturelles du corps. « Ainsi, les enfants qui guérissent du virus tombent ensuite beaucoup plus souvent malades que ceux qui n’ont jamais contracté la maladie », dit-elle.
La crise actuelle intervient alors que l’administration Trump a réduit la voilure des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). D’après le quotidien The Guardian, près de 80 % des postes de direction sont toujours vacants ou sans titulaire permanent, tandis que 25 % à 30 % des effectifs ont disparu. Les menaces sanitaires, elles, sont toujours là.