Les services secrets russes utilisent la frontière norvégienne pour envoyer des espions en EuropeAlliance entre l’armée et l’Église
Dimanche, l’église de Grense Jakobselv, à quelques mètres de la ligne frontalière, ne désemplissait pas : uniformes militaires et habits ecclésiastiques s’y côtoyaient, rapporte le média numérique norvégien The Barents Observer. Baptisée « chapelle du roi Oscar II » en souvenir d’une visite du monarque suédois (1829-1907), l’édifice a été construit en 1869, soit plus de quarante ans après la signature de l’accord frontalier. Aux côtés des dignitaires militaires et religieux se tenaient quelques-uns des soldats chargés de surveiller au quotidien cette frontière.
L’alliance entre l’armée et l’Église est elle-même presque aussi ancienne que le traité. Dès la délimitation de la frontière en 1826, les négociateurs russes avaient exigé qu’une chapelle orthodoxe du XVIe siècle, située sur la rive ouest de la rivière Pasvik, soit rattachée à leur territoire.
Un pays de l’UE tire la sonnette d’alarme : la Russie aurait fortement augmenté ses capacités dans un domaine stratégique, de quoi menacer l’Europe ?Militarisation de l’Église russe
Quelques jours avant cette commémoration, au bord de la frontière, l’Église orthodoxe russe avait loué les soldats russes combattant en Ukraine lors d’un office, affirmant qu’ils ont « Dieu de notre côté ». C’est cette dérive belliciste que la cérémonie norvégienne a tenue à condamner. « Il n’existe pas de guerre sainte », a estimé l’évêque président Olav Fykse Tveit. « Nous devons simplement condamner leur usage de la rhétorique belliqueuse. Ce n’est pas le rôle de l’Église. […] Nous devons dire clairement que ce n’est pas une manière chrétienne de se comporter. »
Dans son allocution, John Olav Fuglem, chef de la brigade du comté de Finnmark, en cours de constitution, a affirmé que « pour nous, dans les forces armées, la frontière est sacrée. Nous la patrouillons tous les jours, toute l’année. Et nous la gardons comme si c’était la chose la plus précieuse que nous ayons. »
Le patriotisme religieux de l’Église orthodoxe russe, un petit coup de pouce à la propagande de guerre de PoutineCalme relatif sur le terrain
« High North, Low Tension », soit « Grand Nord, Faible Tension » : l’adage local résume traditionnellement l’ambiance qui règne le long de cette frontière, même si les échanges s’y sont nettement raréfiés depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.
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Lorsque nous rencontrons nos collègues russes le long de la frontière, nous le faisons avec respect, tout en étant très clairs sur notre position.
Le brigadier Fuglem assure qu’un calme relatif continue de prévaloir sur le terrain, malgré des tensions par ailleurs élevées. Il a décrit une relation avec l’armée russe empreinte de respect mutuel : « Lorsque nous rencontrons nos collègues russes le long de la frontière ou lors de réunions officielles, nous le faisons avec respect et une compréhension de la mission que nous partageons, tout en étant très clairs sur notre position. »
Dissuasion réciproque
Réduits mais bien réels, les contacts entre les deux armées se poursuivent ainsi, notamment autour des activités de pêche, de l’intervention d’urgence et du contrôle aux frontières. Un seul poste continue d’ailleurs de relier les deux pays : Kirkenes, point de passage historique entre l’Otan et la Russie, resté extrêmement sensible. En témoignent les exercices militaires que chaque camp y organise régulièrement, dans une logique de dissuasion réciproque.
« Les relations entre la Norvège et la Russie ont traversé des périodes très différentes », a rappelé John Olav Fuglem. « Alors que nous commémorons désormais les 200 ans depuis l’accord frontalier, nous soulignons l’importance de comprendre notre histoire et notre culture. »

Frontière entre la Norvège et la Russie. ©IPM Graphics