À l’heure où le travail s’arrête, le cerveau, lui, continue d’exiger des défis. C’est pour cette raison qu’un passe-temps en particulier durant la retraite est plus que bénéfique.
Quand on imagine la retraite, on pense vite aux voyages, aux grasses matinées et aux moments avec les petits-enfants. Après des décennies de rythme soutenu, l’idée de ralentir séduit, surtout quand le corps réclame un peu de repos et que le calendrier se vide enfin. Mais derrière cette image paisible se cache une autre réalité : le cerveau, lui, ne prend pas sa retraite. « La retraite n’est pas seulement une transition financière, mais aussi psychologique, explique le psychologue Ernesto Lira de la Rosa à Parade. On passe des années à planifier sa retraite, mais pas toujours assez de temps à réfléchir à ce à quoi elle sera consacrée. » Une question revient alors : quel passe-temps après la retraite nourrit vraiment le cerveau et la santé mentale ?
L’importance du choix d’un passe-temps
Le travail impose au cerveau une gymnastique constante : réunions, décisions, imprévus. « Des échéances, des noms, des problèmes à résoudre, des personnes à gérer, énumère le Alexander Zubkov, neurologue. À la retraite, ces contraintes disparaissent du jour au lendemain. Le cerveau, lui, en a toujours besoin. Les patients qui s’y préparent à l’avance s’en sortent bien mieux que ceux qui attendent que leur mémoire commence à flancher. » Le risque de déclin cognitif augmente quand les journées deviennent trop passives.
Les chercheurs rappellent pourtant que la neuroplasticité reste active tout au long de la vie : le cerveau continue à créer et renforcer des connexions si on le stimule. Une grande étude publiée dans la revue Neurology menée sur près de 2 000 adultes de 53 à 100 ans a montré que ceux qui avaient multiplié les activités intellectuellement stimulantes développaient la maladie d’Alzheimer en moyenne cinq ans plus tard, malgré des lésions cérébrales similaires. « On peut le considérer comme la ‘capacité de secours’ du cerveau, construite tout au long de la vie grâce à l’éducation, à l’apprentissage, à l’engagement social et aux expériences mentalement stimulantes. Même si la réserve cognitive ne prévient pas les maladies du cerveau, une réserve plus importante peut aider les personnes à mieux faire face aux changements liés à l’âge », explique la neurologue Smita Patel. Pour renforcer cette réserve, certains loisirs sont plus puissants que d’autres.
Apprendre un instrument de musique : le passe-temps idéal
Les neurologues et les psychologues convergent sur un point : apprendre un instrument de musique après la retraite fait partie des meilleurs passe-temps pour le cerveau. Le Dr Zubkov rappelle que cette pratique fait travailler plusieurs zones en même temps : audition, vue, coordination des mains, mémoire de travail. Il résume ce qui se joue dans la tête : « L’hémisphère gauche penche vers la logique et le langage, les échecs et le sudoku. L’hémisphère droit se tourne vers la créativité et le ressenti, la peinture et la danse. » Puis il ajoute : « La musique se situe au milieu. Vous comptez le rythme d’une main et vous façonnez l’émotion de l’autre. » Cette activité multimodale augmente la réserve cognitive et solidifie les réseaux neuronaux.
Sur le plan psychologique, les bénéfices sont tout aussi nets. « J’aime recommander la musique parce qu’elle mobilise tellement de parts de nous en même temps, déclare le Dr Ernesto Lira de la Rosa. Vous écoutez, vous faites attention, vous coordonnez vos mouvements, vous vous souvenez de motifs, vous résolvez des problèmes et vous vous exprimez sur le plan émotionnel. »
Sanam Hafeez, neuropsychologue, insiste sur l’impact identitaire : « Beaucoup de personnes ont l’impression de perdre une partie de leur identité lorsqu’elles arrêtent de travailler, observe-t-elle. Apprendre un instrument leur donne un nouveau rôle dans lequel grandir. » Elle ajoute que l’état de flow est fréquent : « Cela aide à apaiser les inquiétudes et maintient l’esprit pleinement dans le moment présent. Beaucoup de retraités regrettent le sentiment de concentration et d’accomplissement que le travail leur apportait, et l’état de flow peut combler ce manque. »
Reste la peur d’être « trop vieux » ou « pas doué ». Pour Ernesto Lira de la Rosa, ce blocage est classique. « La valeur vient du fait de rester curieux, d’essayer quelque chose de nouveau et d’apprécier le processus, souligne-t-il. Paradoxalement, quand on arrête de s’inquiéter d’être parfait, l’apprentissage devient souvent beaucoup plus amusant. » Installer dix à quinze minutes quotidiennes d’activité musicale devient alors un socle discret mais puissant pour garder un cerveau vif.