En Russie, à l’approche des élections à la Douma d’État prévues cet automne, la lutte pour le pouvoir s’intensifie. Début août, le parti nationaliste Rodina a saisi la Cour suprême russe pour faire disqualifier Iabloko, le plus ancien parti libéral du pays, de la course électorale. Son argument tient en une accusation à peine voilée, celle d’être un agent de l’étranger œuvrant contre le pays. Le chef de Rodina, Alexei Journavliov, n’a d’ailleurs pas mâché ses mots devant la presse, affirmant que le mouvement ennemi est « plein de traîtres », « de gens qui travaillent pour l’Occident et qui portent des valeurs occidentales ».

Les autorités du Kremlin semblent avoir suivi ce raisonnement sans sourciller. Quelques jours plus tard, le 10 août, la Cour suprême a officiellement interdit à Iabloko de participer au scrutin du mois prochain. Un épisode révélateur en soi, puisque les élections russes sont devenues, ces dernières années, des exercices formels, « savamment mis en scène » pour garantir le résultat souhaité par le pouvoir tout en préservant une apparence de pluralisme, rappelle le magazine Forbes, lundi 17 août.

Une cible prioritaire pour le Kremlin

Iabloko reste, par ailleurs, une force politique marginale depuis des années. Incapable, donc, de représenter une réelle menace pour le parti Russie unie de Vladimir Poutine. Alors pourquoi s’acharner sur un tel adversaire ? La réponse semble venir de l’Ukraine. L’invasion à grande échelle du pays voisin, qui entre désormais dans sa cinquième année, commence à peser lourdement sur le quotidien des Russes.

Les drones ukrainiens à longue portée ont intensifié leurs attaques contre les raffineries, les pipelines et les infrastructures énergétiques du pays, provoquant des pénuries de gaz suffisamment sévères pour entraîner un rationnement dans plusieurs régions et la colère populaire.

Sur le plan économique, le conflit a également plongé le territoire dans un déclin prolongé, avec une inflation galopante et des pénuries de main-d’œuvre. Le Fonds du bien-être national (NWF), autrefois considéré comme la réserve d’urgence du pays, a été largement vidé pour financer l’effort de guerre, au point qu’une étude de la Banque de Finlande a conclu, en début d’année, que « le trésor de guerre de la Russie, s’il a jamais existé, est depuis longtemps vide ».

Un référendum hautement symbolique

À cela s’ajoute la question (sensible) des effectifs militaires, alors que des rumeurs persistantes évoquent une nouvelle mobilisation massive prévue une fois les élections passées. Peu à peu, l’ensemble de ces tensions fragilise le pacte tacite qui a jusqu’ici soutenu la popularité de Vladimir Poutine : celui d’une guerre censée rester lointaine et sans conséquence sur la vie quotidienne des citoyens.

Les élections de septembre s’annoncent, donc, comme un véritable référendum symbolique sur le conflit et sur le leadership du président russe, d’autant que Iabloko avait justement fait campagne sous le slogan « Pour la paix et la liberté ». Un message qui s’opposait frontalement à la politique de conquête menée par le président russe en Ukraine.