« Labyrinthe », le disque le plus engagé de Feu ! Chatterton: « Une sorte de psychanalyse personnelle »

On vous a vu aux Francofolies d’Esch/Alzette où rien ne s’est déroulé comme prévu. Et pourtant, ce fut grandiose. Explications ?

Arthur Teboul : Nous n’avions aucun retour « son » sur scène. Rien ne sortait des claviers. On était en retard sur l’horaire, c’était la panique autour de nous. Les techniciens nous ont dit : « Vous êtes sûr de vouloir faire ce concert ? Vous êtes en droit d’annuler, la panne ne sera pas réparée à temps. » Je pense que 90 % des groupes auraient renoncé. Nous, on a choisi d’expliquer la situation aux 20 000 spectateurs et d’improviser. Et c’est devenu rock and roll…

Sébastien Wolf : Rien que d’évoquer ce concert, j’ai les yeux embués. Il s’est passé quelque chose de magique à Esch. Le public était solidaire de notre détresse et ce truc complètement foireux s’est transformé en un moment inoubliable.

Feu! Chatterton aux Francofolies d'Esch 2026Feu! Chatterton aux Francofolies d'Esch 2026Feu! Chatterton aux Francofolies d’Esch 2026 ©Jonathan SAMSON

Dans un secteur de la musique live hyper-cadré, avez-vous plus que jamais besoin de ce genre d’accident pour vous rappeler pourquoi vous faites ce métier ?

A.T. : Déplacement en bus, loges/containers qui se ressemblent toutes, timing serré… C’est difficile de ne pas échapper à la routine en tournée. Avec Feu ! Chatterton, on a la chance d’avoir accumulé les expériences scéniques depuis nos débuts. On peut s’adapter à n’importe quelle situation. Mais ta question a du sens. C’est quand rien ne se déroule comme prévu que l’essentiel refait surface : Feu ! Chatterton, c’est cinq potes qui font de la musique. C’était vrai le premier jour, ça l’est toujours.

Feu! Chatterton - Mille vagues - YouTube thumbnailWatch

Dix mois après la sortie de votre quatrième album « Labyrinthe » », quelle chanson a pris le plus d’ampleur sur scène ?

S.W. : « Mille vagues ». Elle ne devait même pas figurer sur l’album. On l’a écrite juste après avoir vu pour la dernière fois, au funérarium, la dépouille de notre mentor Jean-Philippe Allard (leur directeur artistique, disparu le 18 mai 2024 à 67 ans, des suites d’une maladie fulgurante, NdlR). « Mille vagues » était une lettre intime et amicale que nous adressions. Elle nous permettait de faire notre deuil et de communiquer entre nous. Nous avons finalement décidé de l’enregistrer pour en garder une trace et elle s’est retrouvée sur Labyrinthe. Dès que nous jouons « Mille vagues » sur scène, c’est le silence.

A.T. : En concert, on la dédie « à tous les absents ». Chaque spectateur peut y puiser ce qu’il veut, mais c’est souvent quelque chose de lumineux. Cette chanson est devenue et demeurera l’une des plus importantes de notre répertoire.

 Feu! Chatterton, très bon et sympa! Le chanteur a payé de sa personne. Feu! Chatterton, très bon et sympa! Le chanteur a payé de sa personne. Feu! Chatterton, très bon et sympa! Le chanteur a payé de sa personne. ©ÉdA

Stress, routine, fatigue, frustrations, lassitude, tentation des excès… Comment faites-vous pour ne vous cramer sur la route ?

A.T. : Ce sont des sujets moins tabous dans notre génération. En parler permet d’anticiper. Je crois que nous sommes plus raisonnables que nos aînés. Dans Feu ! Chatterton, nous sommes devenus parents. Nous avons une famille, des amis en dehors de la sphère musicale, une vie sociale… Même si nous adorons la scène, nous avons choisi de moins tourner. Il faut trouver le bon équilibre. C’est aussi une question de santé mentale.

S.W. : On adore Bruxelles. Si on avait fait cette interview il y a cinq ans, je t’aurais proposé d’aller boire un verre après dans le centre-ville. Là, je vais juste reprendre mon Eurostar pour retrouver les miens à Paris.

Feu ! Chatterton : « Que ce soit un poème de Prévert, Yeats ou Apollinaire, il n’y a jamais d’intellectualisation prétentieuse ou pédante »

Vous avez néanmoins ajouté une date à votre tournée. Le 14 février, vous revenez à Forest National.

A.T. : Le Botanique, l’Ancienne Belgique, Forest National où nous avons donné en février dernier l’un des meilleurs concerts de notre tournée… Depuis nos débuts, la Belgique occupe une place à part. On a enregistré nos deux derniers albums aux studios ICP, à Ixelles. Et puis, il y avait la frustration de ne pas jouer cet été chez vous. Alors, on a ajouté une date à Forest National, le jour de la Saint-Valentin. C’est beau non ? Ce sera la dernière de la tournée.

Feu! Chatterton - Ce qu'on devient (clip officiel) - YouTube thumbnailWatch

Votre histoire a débuté sur les bancs du lycée. Auriez-vous pu imaginer qu’elle vous emmène si loin ?

A.T. : Nous avons toujours été des grands rêveurs. Mais si je te faisais écouter nos premières maquettes de ces « années lycée », tu comprendrais pourquoi certains nous disaient : « Vous n’y arriverez pas, c’est nul. Trouvez un vrai métier ». On a eu raison de ne pas les écouter. Sinon, on ne serait pas là. Beaucoup d’adultes continuent à revoir leurs potes de lycée pour parler des enfants, de leurs problèmes, de leur vie… Nous, on a la chance de nourrir cette relation dans le cadre de Feu ! Chatterton et d’en faire des chansons. C’est un cadeau.

Miki et Feu! Chatterton annoncés aux Francofolies d’Esch-sur-Alzette 2026

S.W. : Je ne sais pas si on rêvait de jouer dans des grandes salles. Mais il y avait, par contre, cette certitude de vouloir s’engager dans quelque chose qui ne ressemblait à rien d’autre. Et ce truc-là, ça nous guide encore aujourd’hui.

Le 21/8, Cabaret Vert, Charleville-Mézières.

Le 14/2, Forest National, Bruxelles.