Comment une commune de 2 800 habitants comment Pont-Aven (Finistère) est-elle devenue l’une des principales cités d’art de Bretagne ? Avec une soixantaine de galeries et d’ateliers d’artistes, elle doit une partie de sa réputation à Gauguin, mais également à une politique culturelle développée plus récemment.
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En 1886, l’année où Gauguin arrive à Pont-Aven, les artistes se retrouvent sur le pont pour une photo qui restera dans l’Histoire. | MUSÉE DE PONT-AVEN
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En 1886, l’année où Gauguin arrive à Pont-Aven, les artistes se retrouvent sur le pont pour une photo qui restera dans l’Histoire. | MUSÉE DE PONT-AVEN
Depuis les années 1960, la municipalité loue trois salles à des artistes qui exposent pendant quinze jours raconte Catherine Puget, ancienne conservatrice du musée. À l’issue de l’exposition, le peintre doit léguer une œuvre à la ville. Les élus avaient une idée derrière la tête : si jamais il y a un deuxième Gauguin, on ne va pas le rater ! sourit-elle. Ils ont rapidement pris conscience de l’importance de Pont-Aven dans l’histoire de l’art. Et le terme École de Pont-Aven se répand même s’il est difficile de dater son usage. Employé tout d’abord par le peintre Maxime Maufra, Charles Chassé l’aurait repris dès les années 1930.
L’amorce, les peintres se passent le mot
Les peintres sont enchantés par les ventes, la demande est forte. De plus, la Société de peinture organise un grand prix : le gagnant se voit offrir deux semaines en pension complète à l’Hôtel des Ajoncs d’Or, le deuxième, une semaine. Le succès et ces récompenses attirent beaucoup de candidats ! Le bouche à oreille fonctionne poursuit-elle. Dans ces années-là, Michelin installe deux panneaux Cité des peintres.
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Les panneaux Michelin installés dans les années 1960 sont toujours présents. | OUEST-FRANCE
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Les panneaux Michelin installés dans les années 1960 sont toujours présents. | OUEST-FRANCE
Les artistes se font tirer le portrait près de cette signalisation routière et touristique. Non seulement les demandes affluent mais les peintres reviennent en été et louent des garages, des anciens commerces alimentaires, des rez-de-chaussée, certains s’installent définitivement et ouvrent leur atelier. En 1975, sort le film devenu culte « Les galettes de Pont-Aven », mais c’est une autre histoire…
L’explosion, le musée ouvre
Vingt ans après, la ville se retrouve propriétaire de 400 tableaux. L’idée d’un musée se concrétise et Catherine Puget est recrutée pour la mettre en œuvre. La première exposition, en 1983, n’a ouvert qu’au printemps et en été. Ensuite, on a ouvert l’automne, puis toute l’année. À l’époque, il n’y a que trois galeries à Pont-Aven se souvient l’ancienne conservatrice. Les salles destinées au musée (actuellement Le Pavillon) font l’objet de travaux, en alternance, jusqu’en 1986, date à laquelle les deux ailes ouvrent au public. Claire Denis, la petite-fille de Maurice Denis m’a dit : maintenant que le musée a deux ailes, il peut voler ! s’amuse-t-elle.
Et plus le musée ouvre, plus le nombre de galeries augmente. 20, 30 40… L’essor est rapide. Le musée a été une véritable locomotive, il précède l’essor des galeries et le favorise. Avec l’autorisation d’ouvrir le dimanche, Pont-Aven devient un lieu de balade et de découverte artistique. Catherine Puget fait la distinction entre les galeries généralistes qui représentent et soutiennent plusieurs artistes, les artistes qui travaillent à Pont-Aven et vendent souvent dans leur atelier et ceux qui vendent un travail qu’ils ont produit ailleurs.
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Payer les ardoises en tableaux
Mais alors que les galeries et ateliers d’artistes se développent, les anciennes traditions perdurent jusque dans les années 1970. Julia et Nicole Corelleau de l’Hôtel de la poste sont les filles spirituelles des bonnes hôtesses qu’étaient autrefois Julia Guillou et Marie-Jeanne Gloanec. Payer en nature est une tradition. J’ai connu un dentiste qui affichait ses tarifs aussi en tableaux ! Pour le commerçant, c’était mieux que rien ! Et des tableaux, il y en avait partout à Pont-Aven, jusque dans les fermes. La population n’était pas riche mais très tolérante et très ouverte. Il y a ici un vrai intérêt pour la peinture », conclut-elle.