Touristes entassés sur une crête, randonneurs coincés dans les chemins, queues à rallonge pour accéder à un refuge… Cet été, des centaines de vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent l’envers du décor des Dolomites, massif montagneux du nord de l’Italie.

Longtemps prisées par les Italiens eux-mêmes, les Dolomites sont depuis plusieurs années une destination très appréciée des visiteurs étrangers. Aujourd’hui, le massif accueille plusieurs millions de touristes chaque année, une fréquentation boostée par les récents JO d’hiver.

Cet afflux grandissant de visiteurs inquiète dans les vallées, autant qu’il contribue à leur économie. « Ce tourisme qui s’installe un peu partout dans le Val Badia nous fait un peu peur, car ça risque de contraindre les jeunes comme nous à devoir partir pour des raisons financières », explique Marco, 29 ans, originaire de la région.

Avec son frère Samuel, 32 ans, pharmacien dans la vallée, ils ont vu les prix dans les villages de leur enfance grimper en flèche, et des locaux contraints de quitter leurs terres. « Il faut que l’on réussisse à préserver notre communauté, sinon ça devient un peu comme une belle boîte, mais vide. »

« Pourquoi vous parlez cette langue ? Parlez italien, non ? »

La communauté dont parle Samuel, c’est la communauté ladine. Environ 30 000 personnes, localisées dans cinq vallées des Dolomites, dont les deux frères, Samuel et Marco, font partie. Des Italiens, qui parlent à la fois allemand et italien, mais aussi ladin, l’une des plus vieilles langues d’Europe.

À l’école, à la maison, au travail, dans la bouche des locaux, c’est le ladin qui vient naturellement en premier. « Si tu es avec des Ladins, tu parles ladin. S’il y a un Italien au milieu, tu essayes de parler italien, ou allemand. Tu fais cinq minutes en italien, puis tu repasses au ladin. Et pour l’Italien… Pas de chance, il faut qu’il apprenne ! », rigole Fabian, un fromager et ami d’enfance de Samuel.

Dans les vallées ladines, cette langue est majoritaire, et peu compréhensible pour les touristes, même italiens. « Dans certains restaurants ou hôtels, ils ont des menus en ladin. Donc il y a ceux qui se demandent ce que c’est, des gens qui viennent ici depuis des années qui n’ont parfois même pas connaissance de l’existence du ladin. Et puis il y a des gens qui s’énervent et qui disent : ‘Pourquoi vous parlez cette langue ? Parlez italien, non ?’ « , raconte Samuel.

Du rap pour faire vivre cette langue vieille de 2 000 ans

Si le ladin occupe une place aussi importante dans le quotidien des Sud-Tyroliens, c’est grâce au statut d’autonomie accordé à la région, en 1972. En plus de garantir le bilinguisme italien/allemand du Sud-Tyrol, le décret insiste sur l’apprentissage de la langue ladine. « Le ladin est utilisé dans les écoles maternelles et est enseigné dans les écoles primaires des localités ladines », peut-on lire dans ce texte. Dans les vallées ladines, il existe donc un système d’écoles trilingues, déjà en place depuis 1948, où les cours sont dispensés en italien et en allemand, et où le ladin est utilisé comme langue du quotidien. 

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« Tous ceux qui sont nés avec cette langue s’en préoccupent, et essaient de la perpétuer. » Samuel est un fervent défenseur de sa langue maternelle. Avec un groupe d’amis, il a monté il y a plusieurs années un groupe de rap, la Cooperaziun Planta. « Faire du rap en Italie, ça aurait juste été une passion. Mais, comme on est Ladins, le faire en ladin, c’est quelque chose d’un peu spécial. »

Si les rimes sont plus compliquées à trouver en ladin qu’en italien, Samuel et son groupe mettent un point d’honneur à ne chanter qu’en ladin. Un moyen, selon le jeune rappeur, de contribuer à sa survie. « La meilleure arme pour maintenir une langue en vie, c’est d’en profiter. »

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