Jeudi matin encore, lors de la communication en ligne organisée avant l’ouverture des bourses, les résultats de Syensqo furent jugés « décevants », sans plus. Les perspectives pour l’exercice en cours apparaissaient en revanche « inquiétantes ». Depuis plusieurs trimestres, la chimie évolue dans un environnement international difficile. À neuf heures, le cours de Bourse allait céder quelques pourcents. C’était acté. Mais personne n’avait anticipé la violence de la réaction boursière. Moins 36 % en deux séances.

Syensqo chute de plus de 30%, la Bourse de Bruxelles trébuche avec

Les actionnaires familiaux sont sidérés. Certains ne peuvent s’empêcher de penser à la débâcle boursière de Fortis, même si les fondamentaux économiques et financiers n’ont absolument rien de comparable. Mais la brutalité des pertes subies est là. « Quel choc, on ne s’y attendait pas du tout », nous confient plusieurs membres de la galaxie Solvay.

Ilham Kadri, une icône désormais questionnée

Ce choc ravive des interrogations latentes. Le départ de l’ancienne CEO, Ilham Kadri, revient au centre des conversations, et avec lui une série de ressentis contrastés. Arrivée à la tête de Solvay en 2019, elle avait d’abord été saluée pour son redressement du groupe et sa capacité à créer de la valeur organique. Plusieurs indicateurs de performance avaient été améliorés plus rapidement que prévu, nourrissant l’image d’une dirigeante capable de transformer l’entreprise.

Mais le contexte actuel modifie la lecture de son passage, et surtout de son départ. Les circonstances de celui-ci suscitent des questions, voire des rancœurs. La polémique autour de sa prime exceptionnelle de 12 millions d’euros refait surface, alimentant un réel malaise. La surmédiatisation de la dirigeante – comme son apparition en une du magazine ELLE – soulève aujourd’hui nombre de critiques. « C’est indécent ! », lâche un actionnaire familial, écœuré.

Entre fidélité et frustration

Pour les familles Solvay, la valeur d’un titre ne se mesure pas seulement en séance, mais sur plusieurs générations. Sur le fond, la confiance en la société n’est pas rompue. De nombreux actionnaires familiaux continuent de croire aux promesses de la scission du groupe, qui devait permettre de mieux valoriser les différentes activités. Beaucoup n’ont pas envie de vendre leurs parts, en raison d’un attachement historique et de la tradition de généreux dividendes.

Des primes très confortables pour la CEO de Syensqo Ilham Kadri: « Irrationnel »

Le malaise est cependant plus marqué dans la jeune génération qui observe – depuis plusieurs années – les marchés créer de la valeur dans d’autres secteurs. La comparaison nourrit une frustration croissante.

Malgré un contexte sectoriel peu lisible, le nouveau CEO, Mike Radossich, n’a d’autre choix que de restaurer la confiance des actionnaires historiques. Car chez Solvay, la crise n’est plus seulement boursière : elle touche désormais la confiance, ce capital invisible qui lie depuis des générations une entreprise à ses actionnaires historiques.

Qui sont les administrateurs familiaux de Syensqo?

Le conseil d’administration de Syensqo est actuellement composé de dix membres, dont trois d’entre eux représentent l’actionnariat familial (regroupé dans Solvac). Il s’agit de Françoise de Viron (professeur émérite à l’UCLouvain), Edouard Janssen (un des trois fils de Daniel Janssen et actuellement CFO de D’Ieteren Group) et de Mary Meaney. Cette dernière a une expérience de consultante et est également administrateur chez GBL (le holding de la famille Frère). Elle a été choisie par une des branches familiales actionnaires pour la représenter.

La présidence du conseil d’administration est assurée par Rosemary Thorne (72 ans) qui a fait une grande partie de sa carrière dans la finance.

Le CEO Mike Radossich vient de la société américaine Cytec qui avait été rachetée par Solvay en 2015 du temps où le groupe belge était dirigé par le Français Jean-Pierre Clamadieu. Cytec constitue une grande partie des activités actuelles de Syensqo. Solvay avait payé à l’époque 5,5 milliards de dollars (soit quasi le niveau de la capitalisation boursière actuelle de Syensqo). Le but était de renforcer sa position dans les matériaux composites avancés, notamment pour le secteur aéronautique. AvC