Canicule: notre sélection d’articles à lire sur la vague de chaleur
Une information confirmée par Sébastien Doutreloup, climatologue à l’ULiège. Mais qui nuance : El Niño ne sera pas directement le responsable des précipitations dans nos contrées.
Un épisode El Niño « sévère »
Les prédictions du Met Office ne surprennent pas Sébastien Doutreloup. « Ce n’est pas une grande nouvelle, ça fait déjà quelques mois que l’on commence à voir dans les projections un El Niño sévère, assez important au regard de ce que l’on a pu observer dans le passé. Mais ça n’aura pas d’impact en Belgique. »
La raison est simple : le phénomène ne concerne pas notre partie du globe. « El Nino, rappelle l’expert, c’est un couplage entre une circulation océanique et une circulation atmosphérique. Les alizés, les vents qui soufflent globalement vers l’ouest au niveau de l’Équateur, ralentissent sans qu’on en connaisse la raison. Et en ralentissant, ils arrêtent de pousser les eaux de l’Amérique du Sud vers l’Australie. »
Ce faisant, elles se réchauffent. « Il y a davantage d’évaporation et donc plus de précipitations » en Amérique latine. Et inversement davantage de sécheresse en Australie puisque les eaux se refroidissent.
Le phénomène se produit tous les deux à sept ans. Le dernier s’est étalé entre 2023 et 2024.
L’Europe influencée par le jet stream
Si l’Europe doit s’attendre à subir le même sort que l’Amérique latine, ça ne sera donc pas la faute d’El Niño mais du jet stream. « Les sécheresses et les canicules qu’on a connues sont liées à l’oscillation. »
Certaines années, on s’est retrouvés dans le méandre nord, comme en 2021 ou 2024.
Pour faire simple, l’Europe est balayée par un vent d’ouest venant de l’Atlantique : le jet stream. « C’est une circulation, explique Sébastien Doutreloup. Vous imaginez un grand serpent qui ondule tout le long de l’hémisphère Nord et qui passe sur l’Europe. À cause du réchauffement climatique, ce jet stream ondule. Au lieu d’aller plus ou moins en ligne droite, ce serpent va faire de grands méandres. »
Ces dernières semaines, on s’est retrouvé dans un de ces méandres, « mais orienté sud. On a eu en permanence de l’air chaud qui venait des régions subtropicales avec des anticyclones qui stationnent dans ce méandre sud. Mais certaines années, on s’est retrouvés dans le méandre nord, comme en 2021 ou 2024. On avait des gouttes froides en permanence. »
Deux années particulièrement pluvieuses : 2021 fut marquée par les inondations et 2024, la plus pluvieuse jamais enregistrée en Belgique.
Des eaux en surchauffe
L’Europe n’échappera pas aux pluies cet automne car les dômes de chaleur de l’été ont fait grimper la température du pourtour européen, comme nous vous le rapportions mercredi. « Il faudra plusieurs semaines, mois, pour que l’eau refroidisse. Pour se refroidir, elle a besoin de s’évaporer. » Avant de retomber.
Ce qui est à craindre en Europe, mais plutôt sur le pourtour méditerranéen, c’est ce qu’on appelle des épisodes cévenols
Des précipitations qui pourraient causer de gros dégâts par endroits, prévient le climatologue : « Ce qui est à craindre en Europe, mais plutôt sur le pourtour méditerranéen, c’est ce qu’on appelle des épisodes méditerranéens, des épisodes cévenols, c’est-à-dire de fortes précipitations qui se produisent sur les reliefs méditerranéens, surtout français et espagnols, un peu en Grèce aussi. Il s’agit de précipitations très très très intenses sur quelques heures. »
C’est notamment ce phénomène qui a ravagé en 2024 la région de Valence, en Espagne, et qui a coûté la vie à plus de 240 personnes.