Si le centre de Bélaye autour du Couvent s’avère très fréquenté, notamment pour sa vue exceptionnelle sur la vallée du Lot, on ne peut pas en dire autant des jolies ruelles adjacentes. Et pourtant, à quelques centaines de mètres de là, se trouve une salle d’exposition aussi originale qu’intéressante. Nous y avons rencontré l’artiste Micoud Rouziès (nom d’emprunt de la sculptrice) dans son local de la rue dal Mech (en occitan, la rue du milieu). Elle a répondu à nos questions.

Micoud, vous exposez toute la saison dans une grange ?

Native de Bélaye, j’ai hérité de ma mère cette grange, ancienne mais solide, dénuée d’électricité toutefois ; pour cette raison je ne l’ouvre aux visiteurs que pendant la belle saison. Très vaste, elle me permet d’y installer toutes mes sculptures et autres objets d’exposition. De temps en temps, quand il ne fait pas trop chaud, je m’installe avec mon matériel devant la porte pour y réaliser mes œuvres. Une habitude que je renouvelle depuis quinze ans déjà. J’ai décoré le sol bétonné de volutes mais aussi d’inscriptions d’écrivaines reconnues, comme Virginia Woolf.

Quelle technique utilisez-vous pour la construction de vos statues ?

Parfaitement autodidacte, mais intéressée par l’art dès ma jeunesse, j’ai découvert une manière de réaliser avec une structure métallique, du tissu, de l’argile des œuvres figuratives plus ou moins stylisées : des personnages, des animaux, des végétaux et aussi des jeux d’échecs grande taille. Les visiteurs sont généralement surpris par ce genre de compositions que l’on ne rencontre que rarement. Cela correspond au besoin de m’exprimer autrement que la prise de paroles.

La plupart de vos œuvres représentent des silhouettes ou des visages de femmes ?

Je pense en effet qu’il faut lutter pour faire comprendre que les femmes ne doivent plus être l’objet de domination. Le groupe de statues au centre de la salle, intitulé « Les exilées » représente toutes les femmes d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud fuyant devant les guerres, dont elles sont les premières victimes ; elles subissent « l’appropriation » des vainqueurs, comme des objets. Portées par la puissance du groupe, elles font quand même « un effort de vie ». J’ai réalisé aussi des jeux d’échecs dont les figures sont féminisées : les « guerrières » et les amazones. J’ai accroché au mur également des maillots de peau pour dénoncer la maltraitance sexuelle des enfants (surtout des filles). Une enquête de 2022 prouvant que 16 % des jeunes en ont été victimes.

Ouvert tous les jours, sauf mercredi, de 15 heures à 18 heures jusqu’à la fin août et en fin de semaine pendant le mois de septembre. Contact : 05 65 36 25 62 ou 06 79 23 82 61.