Encre de Chine et gouache sur calque marouflé sur bois : cette Ville utopique, datée de 1958 et conservée au Centre Pompidou, est signée Marino di Teana. Cet artiste italien, naturalisé français, né Francesco Marino, est né en 1920 dans les Pouilles.
Formé à l’architecture en Argentine, où il exerce d’abord comme maçon avant de devenir chef de chantier, il développe une œuvre à la croisée de la sculpture, de l’urbanisme et de la pensée scientifique ; philosophie, physique et mathématiques nourrissent constamment son travail. Cette vision prospective d’une cité idéale, dessinée la même année où Vasarely théorise sa propre « cité polychrome du bonheur« , témoigne de préoccupations partagées par toute une génération d’architectes et de plasticiens de l’après-guerre, engagés dans la mouvance du Groupe international d’architecture prospective (GIAP) porté par Michel Ragon.
Présentée dans l’exposition aux côtés des recherches de Victor Vasarely, Nicolas Schöffer ou Yona Friedman, l’œuvre de di Teana éclaire d’un jour nouveau cette utopie collective d’un urbanisme réinventé par l’art, où la ville de demain devient elle-même œuvre plastique. Une pièce rare, essentielle pour saisir l’ampleur du mouvement dont Vasarely fut l’une des figures majeures.