L’étude apporte d’autres enseignements très intéressants. Ainsi, l’efficacité des aides auditives semble particulièrement marquée chez les personnes cumulant perte auditive et autres facteurs de risque. Les traumatismes crâniens restent un facteur de risque confirmé et renforcé. Il n’est “jamais trop tôt ni trop tard” pour agir : les interventions en milieu de vie semblent particulièrement importantes, mais des bénéfices existent à tout âge. Enfin, le risque reste modifiable même chez les personnes porteuses d’un risque génétique accru.
Quel plan pour combattre la démence en Belgique ?
“La “réserve cognitive” est la capacité du cerveau à résister aux dommages et à compenser les pertes. Un mode de vie sain et stimulant aide à construire et maintenir cette réserve. Lorsque la réserve cognitive est insuffisante pour compenser les effets d’une pathologie cérébrale, les symptômes de la démence commencent à apparaître”, explique Sebastiaan Engelborghs, de l’UZ Brussel et de la Vrije Universiteit Brussel (VUB). Un bon niveau d’éducation et des interactions sociales riches stimulent le cerveau, augmentant la réserve cognitive, tandis que l’isolement et l’inactivité cognitive la diminuent. Cholestérol, obésité et diabète jouent quant à eux sur un autre plan : ils favorisent l’athérosclérose, qui peut provoquer de petits infarctus cérébraux, réduisant ainsi la réserve cognitive.
On estime à environ 200.000 le nombre de patients atteints de démence en Belgique. Le risque individuel de développer une démence au cours de sa vie est de 1 sur 5. Le conseil principal de Sebastiaan Engelborghs est clair : il est faux de penser que la démence est inévitable. Agir sur les 14 facteurs de risque modifiables par un mode de vie sain est primordial dès 40-50 ans, et ce n’est jamais trop tard pour commencer, même à 70 ans. “L’investissement dans la prévention est non seulement bénéfique pour la santé individuelle, mais aussi un enjeu socio-économique majeur pour la société. ”
Comment la démence est devenue la principale cause de décès en BelgiqueUn coût de 4,1 milliards
En Belgique, le coût sociétal de la démence est estimé à 4,1 milliards d’euros par an, soit environ 1,1 % du produit intérieur brut belge. Près de 60 % de ce montant est lié aux soins non rémunérés assurés par les partenaires, les membres de la famille, les amis et les autres aidants proches — toilette, repas, déplacements, démarches administratives. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude internationale publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease, à laquelle a également collaboré Sebastiaan Engelborghs. Les coûts directs, qui incluent les soins professionnels médicaux et non médicaux, étaient estimés à 1,67 milliard d’euros. L’impact sociétal de la démence ne se limite pas à son coût financier : l’accompagnement prolongé d’une personne atteinte de démence peut également peser sur la santé physique et mentale, la vie sociale et les activités professionnelles des proches.
La maladie d’Alzheimer représente environ 70 % des cas de démence. D’autres formes incluent la démence vasculaire (symptômes dépendant de la localisation des lésions cérébrales), la démence à corps de Lewy (une combinaison de symptômes d’Alzheimer et de Parkinson), et la dégénérescence frontotemporale (qui affecte souvent des personnes plus jeunes, principalement le comportement, en raison de l’atteinte du lobe frontal). La démence n’est pas réservée aux plus de 85 ans : une proportion de plus jeunes, dès la cinquantaine, en sont atteints. “Chez les jeunes, la démence n’est pas plus fréquente qu’avant, mais elle est mieux diagnostiquée. Une proportion plus élevée de ces cas est liée à des formes héréditaires et génétiques. Si certaines mutations génétiques mènent inéluctablement au déclenchement de la maladie, d’autres facteurs de risque génétiques, comme le gène APOE, augmentent le risque sans être suffisants pour déclencher la maladie seuls”, précise Sebastiaan Engelborghs.
Maladie d’Alzheimer en Belgique : 5 chiffres pour comprendre la hausse des cas attendus d’ici 2050Les nouveaux traitements
Deux traitements basés sur des anticorps anti-amyloïdes ont été récemment approuvés en Europe. Ils visent à cibler les plaques amyloïdes qui se développent des années avant les premiers symptômes. Selon Sebastiaan Engelborghs, ces traitements peuvent ralentir la progression de la maladie d’environ 30 %, mais ne la stabilisent pas, ne l’améliorent pas et ne constituent pas une guérison. Ils sont par ailleurs très coûteux — environ 25 000 euros par an et par personne. En Belgique, l’INAMI a suggéré de ne pas rembourser le premier médicament en raison de son coût élevé par rapport à son effet jugé “pas très favorable” ; les discussions sont en cours pour le second.
Une piste prometteuse
En attendant, des chercheurs japonais du Centre national de neurologie et de psychiatrie ont publié en juillet, dans la revue Brain Communications, une découverte majeure sur la maladie d’Alzheimer. On savait déjà que la maladie détruit progressivement les connexions cérébrales via l’accumulation de plaques d’une protéine toxique, la bêta-amyloïde, un processus qui débute environ vingt ans avant les premiers symptômes. Pour la première fois, l’équipe a identifié le déclencheur de ce phénomène : un petit agrégat initial, baptisé “Peak 1 amyloïde bêta”, autour duquel la protéine toxique vient progressivement s’accumuler. Cette avancée n’aura pas d’effet immédiat sur les traitements actuels, encore centrés sur l’élimination des plaques déjà formées, mais elle ouvre une nouvelle piste de recherche : bloquer la formation de ce germe avant même l’accumulation des protéines toxiques.
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