Ils fleurissent sur les murs du village, et deviennent une véritable curiosité. Comme Paris, New-York, Los Angeles ou Honk-Kong, Aniane possède sa collection de « space invaders ». Mais à sa façon.
Vendredi 14 août, lors de la visite de la sous-préfète dans la commune, on découvre la dernière création : une molaire posée sur la façade d’une maison. « C’est un nouveau pixel, il est là parce qu’il y avait le cabinet d’un dentiste » précise Julie, du service culturel.
Depuis plusieurs mois (voire quelques années), ils sont apparus un peu partout sur les murs du village. Des petits motifs en carreaux de mosaïque qui forment des pixels, hérités des personnages de jeux vidéo. Si l’expérience a commencé il y a plus de 20 ans dans les rues parisiennes, avec un artiste dont le pseudonyme est Invader (qui a inondé les plus grandes villes de la planète avec son nouveau concept de street art), difficile d’imaginer que l’auteur des « space invaders » anianais ne soit pas du cru. Ou alors, il est bien renseigné. Car, incontestablement, celui ou celle qui anime les rues de ses petits motifs connaît bien l’histoire du village.

Devant l’ancienne devanture de la boucherie, le cochon est devenu un ange.
NP
Humour, poésie et références au passé
Il y a les plus évidents : un extincteur pour le centre de secours d’Aniane, une cigogne avec un bébé dans son bec à la crèche, une baleine bleue sur le lavoir. Plus humoristique, un petit fantôme façon Casper devant l’entrée du cimetière, ou un cochon, avec ses ailes et une auréole, au-dessus de l’enseigne de l’ancienne boucherie Caizergues, sans doute pour signifier qu’il a été transformé en fameuse saucisse, emblématique de la maison. Mais il y a des interventions qu’il faut décrypter. Une paire de jumelles au détour d’une rue rappelle qu’il y avait un tabac tenu par les demoiselles Durand. « Elles étaient tout le temps habillées pareil ! On les confondait vraiment. Elles ne se sont jamais mariées, et elles ont toujours tenu à ce qu’on les appelle mesdemoiselles » précise le maire. Sur le boulevard, un crayon et un pinceau en croix signalent l’ancien emplacement d’un magasin de dessin et d’arts créatifs. « C’était magnifique ! Il y avait des papiers cartonnés de toutes les couleurs, des feutres, de la peinture… » détaillent ceux qui l’ont connu. Un peu plus loin, on tombe sur deux personnages identiques, un rouge et un bleu, d’un dessin animé d’enfance : « C’était la maison d’Italo Bettiol, le père de Chapi Chapo » précise Philippe Salasc.

Une petite baleine bleue pour le lavoir.
Robin Arnichand
Un anonymat bien préservé
Mais certaines références sont plus récentes. Sur la façade de la maison d’un pompier bénévole, très connu et apprécié, on découvre un Mario, du célèbre jeu vidéo. Normal, Christian était encore récemment plombier, avant de prendre sa retraite. Des informations que seul un fin connaisseur du village peut avoir. Et forcément, ses pixels de mosaïque prennent un aspect plus nostalgique, teintés de respect et de poésie.
Mais qui est l’artiste qui se cache derrière cette forme de témoignage ? « On ne sait pas, c’est un mystère », répond-on. Certains auraient « peut-être une petite idée », mais ce n’est pas sûr. Ce qui est sûr en revanche, c’est que c’est devenu une véritable curiosité. Chacun essaie d’en dénicher, et à ce jour, il y en aurait officiellement 44. Si on compare les 1467 space invaders répertoriés dans Paris et sa banlieue, le ratio pour Aniane et ses 3000 habitants est largement supérieur !

La molaire, dernière arrivée dans un corpus de plus de 40 motifs
Robin Arnichand
Bientôt une chasse aux pixels urbains
La commune a décidé de s’emparer de ce street art pour créer une activité ludique et originale : « On prépare un livret de tous les motifs en mosaïque pour que les gens sillonnent les rues du village comme une chasse au trésor façon pixel » annonce Cédric Magnes, adjoint chargé de l’attractivité touristique et culturelle. Une manière originale de découvrir Aniane et son patrimoine historique différemment, le nez en l’air. Et peut-être de croiser l’insaisissable artiste…