Même si le studio qu’elle a créé il y a huit ans, Idaë, est officiellement basé à Paris, Isabelle Daëron est résolument morbihannaise : née à la clinique du Ter, à Plœmeur, elle a habité Lorient jusqu’à son bac, avant de partir faire des études de design à Nantes, Reims puis Paris. Elle y a d’ailleurs toujours un pied à terre. « Je reviens très régulièrement ici. J’en ai besoin pour me ressourcer », précise Isabelle.
La Bretagne : une source d’inspiration
L’eau dans l’espace public, sa consommation, sa préservation et comment limiter son utilisation sont des thématiques primordiales pour la designeuse. Avec des projets développés aussi bien dans la capitale française – comme ce dispositif de rafraîchissement public économe en consommation d’eau dans le XXe arrondissement – qu’à l’international (Japon, États-Unis, Royaume-Uni, Italie…), l’équipe 100 % féminine d’Idaë tient cependant à travailler en Bretagne.
Enfant, j’ai beaucoup observé et dessiné les paysages bretons et je pense que ça a infusé toutes mes inspirations futures.
« Enfant, j’ai beaucoup observé et dessiné les paysages bretons et je pense que ça a infusé toutes mes inspirations futures : l’importance du milieu aquatique dans mon travail en découle sûrement. Je porte en moi cet attachement au territoire lorientais », explique la Bretonne.
À titre d’exemple, Idaë a scénarisé le parcours de visite du public d’un éleveur d’huîtres à Pénestin (56), Breizh Coquillages, afin de valoriser son savoir-faire et de retranscrire sa production. « Il y a un vrai intérêt du grand public, surtout en France, pour découvrir la manière dont sont fabriquées les choses que l’on consomme », ajoute Isabelle Daëron.
En parallèle du studio de design, elle exerce aussi une pratique artistique en son nom et, à ce titre, elle a notamment réalisé, pour la Direction départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) et du Morbihan, à Vannes, une fresque représentant les amers.
Des esquisses aux visuels finaux : tout un travail d’équipe
L’appel à projet de la Banque centrale européenne (BCE) pour la conception graphique des futurs billets de banque portait sur deux thématiques, nées d’une consultation publique : « Culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ».
En toute logique, celle qui a grandi au bord de la rade s’est tournée vers la seconde.
Après une première étape de candidature, pour laquelle les cinq filles du studio Idaë ont mis en avant leurs nombreuses réalisations, elles ont appris, en novembre 2025, que leur projet était présélectionné. La phase de recherche visuelle a alors commencé pour Isabelle Daëron, Pauline Avrillon, Eléna Hervé Caro, Julie Deloraine et Nina Capron. Autour des six oiseaux choisis par la BCE pour illustrer les billets tout d’abord : tichodrome échelette, martin-pêcheur, guêpier d’Europe, avocette, cigogne et fou de bassan. Mais aussi autour des cours d’eau à faire figurer sur les billets, ainsi que tous les autres éléments graphiques nécessaires.
C’est une sacrée reconnaissance si Idaë est lauréat. Un design vu par 450 millions de personnes, cela n’arrive qu’une fois dans sa vie !
« Toute l’équipe a travaillé plusieurs mois, de la réalisation des premières esquisses au dépôt de la proposition finale, en avril 2026. Au quotidien, nous échangeons déjà beaucoup, cela fait partie du processus du design de mettre des mots sur une proposition, de rebondir, de modifier ; et cela de nombreuses fois, pour essayer d’atteindre la proposition la plus juste possible », commente la directrice de studio.
Le cahier des charges graphique était très précis et il fallait faire figurer différents bâtiments de l’UE et, surtout, réussir à incarner les valeurs de l’Europe.
Le design des billets en euros proposés par le studio Idaë. (Planche Studio Idaë)À la fin, il n’en restera qu’un
Mi-juillet, quand Isabelle apprend qu’Idaë fait partie des dix équipes présélectionnées, elle ressent une joie immense. Mais pour trancher et choisir le design final, trois étapes restent encore à franchir : une consultation publique citoyenne, qui permet de voter en ligne, jusqu’au 21 septembre (ici : https://surveys.ecb.europa.eu/10b/neweuro/), le sondage, parmi un panel d’Européens, effectué par une agence et, enfin, l’avis final de la BCE.
L’équipe gagnante sera annoncée à la fin de l’année et les nouveaux billets de banque sortiront a priori en 2030.
« C’est une sacrée reconnaissance si Idaë est lauréat. Un design vu par 450 millions de personnes, cela n’arrive qu’une fois dans sa vie ! Rien que de faire partie des dix dernières équipes en lice, je me sens déjà immensément fière », conclut la Lorientaise.