l’essentiel
Pendant des années, Isabelle Tournier a reçu ses patients dans son local de l’avenue de Nassogne, à Martel. À 46 ans, l’ancienne kinésithérapeute y a changé de vie. Depuis le 8 mai, elle y cuisine des assiettes équilibrées et fait vivre Isaline, un café solidaire et santé où elle veut aussi lutter contre l’isolement.

Pendant des années, les patients ont poussé la porte, avenue de Nassogne à Martel, pour une séance de kinésithérapie. Désormais, on y vient pour déjeuner, boire un café, faire une séance de pilates ou discuter. À 46 ans, Isabelle Tournier n’a pas vraiment quitté l’univers de la santé. Elle a décidé de l’aborder autrement.

Depuis le 8 mai, son ancien cabinet est devenu Isaline, un café solidaire et santé. Une reconversion accélérée par des problèmes à l’épaule qui l’ont contrainte à arrêter plus tôt que prévu un métier exercé pendant vingt ans. « J’avais quand même dans l’idée un jour d’arrêter », explique Isabelle. ‘Et puis, au final, ça s’est fait beaucoup plus tôt que prévu. »

L’idée d’un café avait pourtant commencé à germer avant. Dans son cabinet, Isabelle observait déjà ce qui se passait entre deux exercices. « Il y avait toujours deux ou trois patients qui étaient en train de discuter. » Une convivialité qu’elle ne voulait pas perdre. « J’avais envie de retrouver ce partage, de voir des gens venir se rencontrer, discuter, mais sans avoir forcément un problème physique. »

À 46 ans, Isabelle Tournier a troqué son activité de kinésithérapeute pour une nouvelle aventure. Dans son café Isaline, à Martel, elle veut faire de la santé et du lien social les fils conducteurs du lieu.

À 46 ans, Isabelle Tournier a troqué son activité de kinésithérapeute pour une nouvelle aventure. Dans son café Isaline, à Martel, elle veut faire de la santé et du lien social les fils conducteurs du lieu.
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De la kinésithérapie à l’assiette

Originaire du Lot par sa famille, Isabelle Tournier a étudié la kinésithérapie en Belgique avant de travailler six ans à Lyon. À 30 ans, l’envie de campagne et de nature la ramène dans le département. « J’avais envie de chiens, de chats, de chevaux. Forcément, en ville, ce n’était pas possible. » Martel s’impose comme une évidence.

Isabelle propose des plats équilibrés comme le Poke bowl au poulet coco curry avec légumes frais et légumes marinés.

Isabelle propose des plats équilibrés comme le Poke bowl au poulet coco curry avec légumes frais et légumes marinés.
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Lorsqu’elle acquiert le bâtiment, son projet est alors d’y développer son cabinet. Elle y exerce et y donne des cours de gym senior et, désormais, d’activité physique adaptée.

La santé reste donc le fil conducteur. Mais elle passe maintenant par l’assiette. Depuis vingt ans, l’ancienne kiné s’intéresse aux liens entre alimentation, muscles, articulations et santé. Derrière les fourneaux, elle propose des repas complets composés de protéines, céréales et d’une large part de légumes. Cet été, les pokés ont trouvé leur place au menu, avec riz vinaigré, crudités, légumineuses et poulet. Les desserts permettent aussi de découvrir les graines de chia ou les crèmes végétales. « Ce que je fais, c’est bon pour la santé, mais c’est aussi bon à manger », insiste-t-elle. Une façon de faire découvrir sans donner de leçon. Sa sœur, naturopathe, proposera bientôt des ateliers et des temps d’information autour de l’alimentation.

A Martel, Isabelle Tournier a transformé son ancien cabinet de kinésithérapie en restaurant.

A Martel, Isabelle Tournier a transformé son ancien cabinet de kinésithérapie en restaurant.
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« Qu’elles aient le courage de passer la porte »

Mais Isaline ne se résume pas à son menu. Le mot « solidaire » inscrit sur la devanture est au cœur du projet. Isabelle souhaite maintenir des tarifs accessibles, avec l’objectif de pouvoir déjeuner pour 15 euros maximum avec une boisson. Pourboires et dons doivent permettre de soutenir les Restos du cœur, notamment par l’achat de denrées.

A la carte, Le "Latte Lavande" ou le milkshake fraise banane au lait végétal.

A la carte, Le « Latte Lavande » ou le milkshake fraise banane au lait végétal.
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La solidarité se joue surtout dans les rencontres. « J’aimerais que les personnes aient le courage de passer la porte, notamment celles qui n’ont pas l’habitude d’aller dans des cafés, pour rompre un peu l’isolement. » Venir seul ne doit pas être un frein. « Soit il y aura déjà des gens et le but, c’est qu’on se parle entre nous. Soit il n’y aura personne, mais je serai là pour discuter. »

À la rentrée, le mardi sera tourné vers les seniors, avec un repas adapté et une attention portée aux besoins en protéines. Isabelle compte sur les professionnels médicaux et sociaux du secteur pour faire connaître ce rendez-vous auprès des personnes isolées.

Des collégiens aux seniors

L’ancienne kiné veut faire d’Isaline un lieu intergénérationnel. Les collégiens auront droit à un tarif spécifique et pourront venir attendre leur bus, jouer ou se retrouver après les cours. Le mercredi après-midi, Isabelle souhaite réserver le café aux enfants et aux adolescents, avec un temps consacré au travail scolaire, un goûter sain puis des jeux ou des activités artistiques.

L’espace salon avec des jeux séduit déjà les familles. Une fois le repas terminé, les enfants s’y installent pendant que leurs parents prolongent le déjeuner. Le midi, les travailleurs du secteur commencent eux aussi à prendre leurs habitudes, grâce à la vente à emporter. À côté des assiettes complètes, Isabelle prépare des sandwichs maison, comme une focaccia à la truite fumée, carottes marinées, concombre et fromage frais ou le panini au Rocamadour et miel.

À partir de la rentrée, les vendredis soirs doivent encore élargir cette palette avec des soirées jeux, danse ou apéritifs dînatoires. « Il n’y a pas grand-chose l’hiver. » Alors, elle veut offrir un endroit où commencer le week-end en se retrouvant.

Trois mois après l’ouverture, Isabelle reconnaît que sa nouvelle vie est plus incertaine que la précédente. « Quand on est kiné, on a un emploi du temps fait. Là, le plus stressant, c’est de se dire que je vais faire à manger, mais pour combien de personnes ? » Après vingt ans de kinésithérapie, elle cherche encore comment définir son nouveau métier. Professeure de sport, cuisinière, gérante de café, animatrice d’un lieu de vie ? Elle sourit et tranche provisoirement par « chef d’entreprise ». Le décor et le métier ont changé. Le fil conducteur, lui, reste finalement assez proche : prendre soin des autres, mais cette fois autour d’une table.