« On pousse les familles dans la précarité »: les Belges en difficulté financière à cause du précompte immobilierWavre décroche la palme en Wallonie
Sur les 565 communes belges, 86 ont relevé cette année leurs centimes additionnels au précompte immobilier.
En Wallonie, Wavre décroche la palme avec une hausse de 20,65 % à Wavre. Suivent Ramillies(+14,35 %), Lasne (+12,13 %), Esneux (+11,48 %) et Daverdisse (+10,35 %). A Bruxelles, Saint-Josse-ten-Noode frappe le plus fort avec une hausse de plus de 20,42 %, devant Koekelberg (+25,88%), Ganshoren (+19,75 %), Auderghem (+18,44% %) et Bruxelles-Ville (+15,33%), cette dernière compensant intégralement cette hausse aux propriétaires occupant leur bien.
Explosion des demandes d’étalement de paiement
Face à ces hausses, de plus en plus de propriétaires n’arrivent plus à honorer la taxe. L’an dernier, Bruxelles Fiscalité a reçu pas moins de 73.000 demandes d’étalement de paiement, soit 18% de la totalité des propriétaires. En Wallonie, 71.966 demandes ont été accordées tandis qu’en Flandre, 17.381 demandes ont été recensées en 2024.
Cette année encore, face aux fortes hausses du précompte immobilier dans de nombreuses communes, les autorités s’attendent à voir les demandes exploser. Les chiffres des dernières années ne font que confirmer la tendance. À Bruxelles, près de 73.000 contribuables ont demandé en 2025 un délai ou un étalement pour payer leur précompte immobilier, contre environ 65.000 en 2024 et 58.000 en 2023.
A Bruxelles, l’impact de l’augmentation des centimes additionnels au précompte immobilier dans plusieurs communes se fait déjà fortement ressentir au sein de l’administration fiscale. Entre le 1er juillet de cette année – date des premiers envois aux contribuables – le 15 août, le nombre de demandes de plans de paiement a augmenté de 35,9 %, informe Bruxelles Fiscalité. 9 220 Bruxellois ont déjà rentré une demande alors que les envois de l’administration s’étalent jusqu’au début du mois d’octobre. Du jamais vu. L’an passé sur la même période, ils n’étaient que 6 781 à avoir demandé un plan de paiement contre 6 549 en 2024, toujours entre le 1er juillet et le 15 août.
Après dix ans, le précompte immobilier va augmenter à Uccle
L’octroi des plans de paiement varie selon les années, et les hausses imposées par les communes. Ainsi, en 2021, 26 348 Bruxellois avaient bénéficié d’un plan de paiement contre 19 280 l’année précédente (+ 36,66%). En 2023, la hausse atteignait 26,73 %, 12,71 % en 2024 et 10,76 % l’année passée. 42 061 propriétaires bruxellois ont bénéficié d’un tel plan.
1,25 milliard d’euros en 2025 à Bruxelles dont 75% reversés aux communes
A Bruxelles, la règle prévoit qu’un contribuable peut demander à payer en quatre fois. Des dérogations sont possibles même si elles sont rares. « Une dérogation à la règle du paiement en quatre fois peut être accordée, à titre d’exception et sur demande, après analyse individuelle de la situation du redevable », explique l’administration fiscale. « La demande doit être motivée et démontrer que le plan proposé constitue une solution de paiement réaliste. Les situations de précarité financière, de chômage, d’invalidité, de charges familiales importantes ou encore les dossiers accompagnés par des services sociaux font notamment partie des éléments pris en considération. L’objectif est de trouver un équilibre entre la capacité de paiement du citoyen et le recouvrement de la créance fiscale. » En 2024, 9 % des dossiers demandant un étalement de paiement supérieur à quatre tranches ont été acceptés (3588 contribuables). L’an dernier, seulement 3 % (1229 contribuables) ont su convaincre Bruxelles Fiscalité.

Taux de taxation des 19 communes bruxelloises pour 2026. ©IPM GRAPHICS
Prélevé par l’administration régionale, le fruit de ce précompte va pour sa plus grande partie dans les poches des 19 communes. L’an dernier, la région a perçu 1,252 milliard d’euros de précompte immobilier, 933,3 millions d’euros ont été reversés aux 19 communes bruxellois. Soit quasi 75 %.
Bien plus fréquent en Wallonie et à Bruxelles
En Wallonie, le SPW Finances indique 71.966 plans de paiement accordés en 2025, contre 63.792 en 2024 et 70.131 en 2023. Le SPW précise par ailleurs qu’il a enregistré un peu moins de 64.000 demandes en 2024 et anticipait environ 20.000 demandes supplémentaires en 2025.
Pour la Flandre, les dernières données détaillées portent sur 2024 : 17.381 demandes introduites par des personnes physiques pour un plan de paiement du précompte immobilier, dont 16.716 ont été acceptées et 665 refusées.
Le recours à l’étalement du précompte immobilier semble donc nettement plus fréquent à Bruxelles et en Wallonie qu’en Flandre. Si l’on rapport ces chiffres à la population des différentes régions, on constate qu’un Bruxellois sur environ 17 introduite une demande d’étalement ou de report de paiement, contre un Wallon sur environ 52 et un Flamand sur environ 393.
Une révision qui pourrait faire mal
La hausse des centimes additionnels appliquée par les communes ne fait qu’aggraver la situation, mais une réforme du revenu cadastral datant de 1975 pourrait faire encore plus mal aux propriétaires. Car le précompte immobilier est en effet basé sur le revenu cadastral des biens immobiliers, soit la valeur locative présumée de ce bien.
Or, en 1975, les critères de confort n’étaient pas les mêmes qu’à l’heure actuelle. Et les biens les plus anciens sont toujours enregistrés selon des critères qui ne prennent pas toujours en compte les rénovations et améliorations apportées au bien. La salle de bain, par exemple, n’était pas une écidence telle qu’elle apparaît aujourd’hui lorsqu’on achète un bien immobilier. En revanche, les constructions les plus récentes, dont le revenu cadastral a été calculé après 1975, sont imposées bien plus drastiquement, ce qui crée des discriminations à la hausse comme à la baisse, a déjà dénoncé le Syndicat National des Propriétaires et Copropriétaires.
Mais les communes ont bien perçu tout l’enjeu d’une telle réforme et certaines sont déjà passées à l’offensive afin de savoir si les propriétaires ont effectué des travaux depuis l’acquisition du bien et installé, entre autres, le chauffage et une salle de bain. Des équipements qui peuvent apparaître standardisés aujourd’hui, mais ne sont toujours pas recensés dans le cadastre des biens les plus anciens. Une réforme qui, conjuguée aux hausses répétées des centimes additionnels appliquées par les communes, pourrait bien faire exploser davantage encore les défauts de paiement et les recours aux plans de paiement.
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