Sans contester les faits, une programmation peut à bon droit s’interroger sur le fil qu’elle tend entre le public et les ensembles invités. L’édition de cette année ne gomme pas la carte : elle en brouille les frontières. Les compositeurs n’y sont plus les pièces dociles d’un jeu d’échecs, mais les agents d’une circulation des styles, des partitions et des idées.
Le festival entend montrer que la musique a évolué de manière rhizomatique : les courants ont dialogué, se sont influencés, tandis que leurs employeurs se défiaient parfois ; les compositeurs eux-mêmes ont pu être espions, agents de subversion, assassins ou traîtres. Bref, en musique, rien n’a poussé droit comme dans un jardin français.
Parmi les concerts à venir, plusieurs valent particulièrement le déplacement. Petit avertissement : on va à Laus Polyphoniae le cœur ouvert, car la découverte y est la règle. S’il est bien un festival qui ne table pas sur le mainstream de la musique ancienne, c’est celui-ci.
Naples en mer Baltique
Cap sur Naples, ce lundi, avec le jeune ensemble Comet Musicke, qui éclaire l’art de Pomponio Nenna dans l’ombre immense de Carlo Gesualdo. Il n’allait pourtant pas de soi que ces deux-là s’entendissent. Gesualdo, dans l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire de la musique, fit assassiner son épouse et l’amant de celle-ci, Fabrizio Carafa, dédicataire du premier livre de madrigaux de Nenna. Quelques années plus tard, Nenna entra néanmoins au service du meurtrier. Par-delà ce crime, atroce et incontournable, la proximité musicale qui se noua entre les deux hommes n’en est que plus troublante.
Surtout, on ne manquera pas le vol vers Copenhague proposé par l’ensemble belge Scherzi Musicali de Nicolas Achten. On y rencontre un Anglais que sa très gracieuse reine n’avait pas jugé bon d’employer. « À la cour du Danemark, le plus mélancolique de tous les maîtres du luth trouve reconnaissance, liberté et un souverain qui le rémunère généreusement. » John Dowland à Copenhague, c’est ce mercredi à 22 h. Et Borgen à Bozar, la saison prochaine ?
Laus Polyphoniae, à Anvers, jusqu’au 29 août. Infos et réservations : https://amuz.be/