Une taquinerie bien dans son style, mais qui en disait long sur une évolution du métier qui ne l’agréait pas. « Le journalisme humoristique n’est pas vraiment du journalisme !, Il transite par des journaux, c’est une tendance mais certainement pas un genre journalistique. Le Petit Journal, ce n’est pas du journalisme. Le journaliste est un intermédiaire entre l’actualité et le consommateur d’information, pas un humoriste. J’ai 65 ans de presse écrite derrière moi, j’ai fait tous les métiers, de garçon de courses à grand reporter, directeur de journal, rédacteur en chef. Le Tour de France, les soirées, les chiens écrasés, j’ai tout fait. Et les éditoriaux aussi. Et pour moi, un édito, ce n’est pas ça le journalisme. C’est le bâton de maréchal qu’on donne aux vieux professionnels, c’est bien car ça peut servir de canne, mais c’est quelque chose d’à part car on ne donne la parole qu’à soi-même. Or le journaliste recueille prioritairement l’avis des autres. »
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Quelles ont été les plus grosses évolutions pendant votre carrière ?
« Cela a énormément changé. Déjà d’un point de vue technique. Quand j’ai commencé, la radio était balbutiante et la télé n’existait pas. La peopolisation est aussi devenue envahissante. Avant, on mettait en valeur des talents, aujourd’hui, des poitrines. Économiquement, j’ai aussi connu la fin de l’âge d’or de la presse. Dans les années 60 à 70, les journalistes étaient des seigneurs. Aujourd’hui, ce sont des tâcherons sous-payés. Et je le déplore. »
Comment l’expliquez-vous ?
« À l’époque, les journalistes étaient des notables. Aujourd’hui, on leur fait des politesses quand on a besoin d’eux mais on leur ferme la porte si ce n’est pas le cas. Ce ne sont plus des personnes auxquelles on accorde encore beaucoup de considération. Mais est-ce que la presse people est éminemment respectable ? Est-ce que la presse d’opinion l’est aussi ? Les journalistes ont souvent la vocation, mais ce qu’ils font n’est pas nécessairement un exemple d’honnêteté et de culture. Très souvent, je me suis retrouvé coincé entre mes idéaux et ce qu’on m’imposait. Par exemple, pour ma chronique dans Le Figaro, j’ai voulu écrire en vers. J’aime bien trousser l’alexandrin et cela m’amusait. Au bout de la deuxième, on m’a demandé d’arrêter. On nous dit toujours que le lecteur n’aimera pas ça, mais alors qu’il existe des sondages instantanés en télé et en radio, ils sont très rares dans la presse écrite. C’est étrange, non ? »
Quels sont vos critères, alors ?
« De la même façon que les cinéastes font les films qu’ils voudraient voir et que les chanteurs chantent ce qu’ils voudraient entendre chanter, on écrit tous les articles qu’on voudrait lire. On est tous notre premier public. Mais ça ne veut pas dire que le vrai public partage nos goûts. Il faut se méfier. Moi, j’essaie d’avoir un peu d’humour. Donc je souris intérieurement en espérant faire sourire à l’extérieur. »
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Comment avez-vous vécu l’arrivée d’Internet ?
« Tout ce qui nous faisait choisir ce métier en dehors vraiment de la vocation, tous les avantages, comme les voyages ou les rencontres, ont disparu à cause d’Internet. Ce qui tue le sérieux aussi, le fait de balancer les informations sans les vérifier, mais ça, c’est la rançon de la concurrence et de la rapidité. »
Vous lisez encore beaucoup la presse ?
« Non, à cause de mes problèmes de vision. J’écoute sans arrêt la radio, je regarde la télé, on me lit les journaux et on me donne des notes en gros caractère que je peux quand même lire. Je suis quand même surinformé. Mais plus de la même façon qu’avant. Moi, je ne fais que travailler. Je n’ai pas de dérivatif. Je ne connais pas les week-ends ni les vacances. Ce n’est pas un mode de vie que je recommande pour autant mais il se trouve que c’est celui que j’ai adopté. »
Et quil a gardé jusqu’à son dernier souffle.