La maison de Sandy, à La Louvière, n’est pas beaucoup plus grande. Et elle aussi devra mettre la main au portefeuille. Presque 300 €. »Pour une partie, on s’y attendait car on a remplacé une véranda par une annexe en dur. Mais ça n’a pas beaucoup agrandi la maison. La commune a l’air de penser que 300 €, ce n’est pas grand-chose mais c’est très impactant pour un ménage parce qu’il y a d’autres dépenses. »
Les Belges n’arrivent plus à payer leur précompte immobilier : ces communes où la facture explose
C’est notamment le cas de Delphine, qui est propriétaire de son cabinet médical à Boitsfort, et d’un appartement à Auderghem. Résultat : un double précompte immobilier à payer d’ici l’automne. Pour près de 600 € d’augmentation par rapport à l’année dernière. « Le précompte immobilier est une taxe assez injuste, estime-t-elle. Parce qu’à l’achat du bien, on est déjà taxé. Et une fois qu’on l’a acheté, on est à nouveau taxé. Et cela sans que le service proposé par la commune soit revu à la hausse. Je ne dis pas que les propriétaires ne doivent pas être taxés mais quand je vois que certaines entreprises parviennent à éluder l’impôt, je trouve cela injuste. Il est grand temps qu’on aille chercher l’argent dans les caisses des entreprises qui, jusqu’ici, ne participent pas à la collectivité. »
Un sentiment partagé par Béatrice. Maman solo habitant à Wavre, elle devra débourser 2.500 € en précompte immobilier. « J’ai relevé mon courrier il y a dix jours, ça a été le choc. Ça représente 60 % de mon salaire. Ok, j’ai fait le choix de conserver la maison après mon divorce, mais ce n’est pas un manoir non plus. »
Pour Béatrice, pas le choix, il faudra faire des sacrifices. « Je dois payer 500 € de plus qu’il y a un an. Et en septembre, je devrai aussi supporter la hausse du minerval à l’université pour mes deux enfants. C’est costaud. Je serai contrainte de faire une croix sur certains loisirs. Et mes prochaines vacances vont à coup sûr en pâtir. Je me demande vraiment comment font les familles les moins bien loties. »
Pour Philippe, qui habite Wavre également, la hausse n’est pas encore connue. « Mais selon mes calculs, elle devrait tourner autour des 450 €. Ça s’annonce d’autant plus douloureux que ce n’est pas la seule hausse. À Wavre par exemple, le coût de l’électricité est l’un des plus élevé de Wallonie (NDLR : Wavre a sa propre régie dont les coûts de fonctionnement ont explosé) et que la vie de tous les jours (courses, carburants, mazout,…) est de plus en plus chère. C’est insupportable et chaque année qui passe plonge de plus en plus de personnes dans la précarité. »
Ymer confirme : il devra payer 600 € de plus pour son immeuble. « Je ne suis pas à plaindre, c’est un immeuble de rapport et je loue, avec un petit loyer, 4 appartements. Mais 600 € d’augmentation en un an, ce n’est pas négligeable. D’autant qu’en tant que propriétaire-bailleur, on a des responsabilités. On doit maintenir l’immeuble en bon état, on doit isoler,… Tout ça a un coût. Les gens pensent qu’être propriétaires, c’est pour les riches. Mais c’est loin d’être le cas car il y a beaucoup de responsabilités et énormément de taxes à payer. »
Pour beaucoup un sentiment d’injustice commence à naître dans leur esprit. « Avec ma compagne, on essaie d’anticiper en mettant chaque mois un peu de côté, indique Louka. Mais chaque année, on nous prend un peu plus. Et rien n’augure que ça va diminuer dans les prochaines années. »
Et tous déplorent que ces hausses du précompte soient une conséquence du manque de vision à long terme des communes mais aussi du report du coût des exclus du chômage sur les communes, via le CPAS. « Et comme d’habitude, c’est toujours la classe moyenne qui trinque », déplore Louka. Philippe appuie : « Il serait temps que les communes fassent davantage preuve de prudence avec les finances communales. Et qu’elles analysent tous les coûts, notamment indirectes, des grands projets qu’elles prévoient. Les propriétaires et citoyens en général ne peuvent pas être indéfiniment les vaches à lait où ponctionner de l’argent lorsque les caisses sont vides. Il faut aussi rationaliser d’urgence les dépenses et se limiter à l’essentiel : l’humain. »